L'Année des Ombres
Lire le chapitre 24: The Forged Letter Return
La pluie martelait les vitraux de la chapelle quand Edward poussa la porte du château. Il était vingt-trois heures, et l'air à l'intérieur sentait le moisi et la cendre froide. Il avait fait le trajet de Paris sans s'arrêter, la lettre scellée de son père dans la poche intérieure de son manteau, trempée par l'orage qui l'avait suivi depuis la gare.
La grande salle était sombre. Il ne prit pas la peine d'allumer les bougies — il connaissait chaque craquement du plancher désormais, chaque courant d'air qui remontait des caves. Il monta directement à sa chambre, les semelles de ses bottes laissant des traces humides sur les marches de pierre.
La porte de sa chambre était entrouverte.
Il s'arrêta, la main sur le chambranle. Il l'avait fermée avant de partir. Il en était certain. Il avait vérifié deux fois, par habitude de citadin, en tirant la clenche en laiton froid.
Il poussa la porte.
Sur son bureau, au milieu des papiers étalés qu'il avait laissés là avant son départ, se trouvait une enveloppe. Il la reconnut immédiatement — c'était celle que le notaire lui avait remise quelques heures avant de mourir. La même enveloppe, le même sceau de cire noire orné de la spirale. Mais il l'avait dans sa poche. Il la sortit et la compara.
Deux enveloppes identiques.
Il laissa tomber celle de Paris sur le lit et s'approcha du bureau. La seconde enveloppe était posée sur une feuille de papier — la lettre forgée, celle que le notaire avait avoué avoir écrite sur ordre de son père, celle qui avait chassé le véritable héritier du château vingt ans plus tôt.
Edward l'avait laissée dans le coffre de la banque à Paris, protégée comme une pièce à conviction.
Il la prit délicatement, comme on touche un serpent endormi. Le papier était sec. Il l'ouvrit. À l'intérieur, les phrases étaient les mêmes — l'annonce de l'héritage, la mise en garde contre les fantômes de Valombre, la signature de son père. Mais l'écriture avait changé.
Ce n'était plus la main appliquée, légèrement tremblante de son père. C'était la sienne.
Il reconnut son propre tracé anguleux, la manière dont il appuyait sur les jambages du « f » et du « t », cette habitude de souligner les mots importants d'un trait sec. Il avait écrit ces mots. Pas son père. Lui.
La date portée au bas de la lettre était celle du lendemain.
Edward recula d'un pas. Sa nuque heurta le montant du lit. Il regarda ses mains — elles tremblaient. Il les serra en poings.
Le château ne se contentait pas de répéter l'histoire. Il la réécrivait. Avec lui. Il n'était pas venu ici pour briser le cycle, il y avait été amené pour le poursuivre. Son père avait forgé la lettre pour chasser l'héritier légitime ; Edward était maintenant en train de devenir l'instrument qui écrirait la prochaine lettre, qui chasserait le prochain héritier.
Il prit la lettre et courut dans le couloir. Il fallait qu'il la brûle. Dans la cheminée de la grande salle, dans les cuisines, peu importe — il fallait que ce texte cesse d'exister avant que le château ne le contraigne à l'achever.
Il descendit l'escalier quatre à quatre. Dans la grande salle, un feu brûlait déjà dans la cheminée — un feu qu'il n'avait pas allumé. Des flammes hautes, presque bleues, qui semblaient l'attendre.
Il s'arrêta au milieu de la pièce. Le feu crépitait. Sur la grande table, dans la lumière dansante, une plume d'oie reposait à côté d'un encrier ouvert. L'encre était encore humide.
Le château savait qu'il allait brûler la lettre. Il avait préparé de quoi en écrire une autre.
Edward lâcha la lettre qui tomba sur les dalles. Le papier fit un bruit mat, presque humain.
« Non », dit-il à voix haute. Sa voix résonna dans la pièce vide. « Non, je ne jouerai pas. »
Il s'accroupit et ramassa la lettre. Ses doigts tremblaient encore, mais sa décision était prise. Il ne la brûlerait pas. Il ne la rangerait pas non plus. Il la garderait sur lui, dans sa poche intérieure, à côté de l'enveloppe de son père et de celle, identique, posée sur son bureau.
Il remonta dans sa chambre. Il prit l'enveloppe du bureau, l'ouvrit — à l'intérieur, rien qu'une phrase, dans l'écriture de son père :
*« Tu as compris. Donne-la à celle qui attend au moulin. »*
Edward relut la phrase deux fois. Il n'y avait pas de signature. Pas de date. Mais les mots résonnaient avec la précision d'une sentence. Son père avait anticipé qu'il comprendrait. Il avait anticipé qu'il reviendrait. Il avait anticipé qu'il trouverait cette lettre — et il lui ordonnait, depuis la tombe, de donner la clé à « celle qui attend au moulin ».
Madame Vauquelin.
Il pensa à la femme du village, à ses yeux clairs qui semblaient tout savoir, à la manière dont elle avait parlé de la rivière et des semelles usées. Elle n'était pas une simple voisine curieuse. Elle attendait. Depuis combien de temps ?
Edward replia la lettre de son père et la glissa dans sa poche, contre la moitié des messages qui le liaient à cette malédiction. Il s'approcha de la fenêtre. La pluie avait cessé. Au loin, au-delà des chênes, la lune éclairait la carcasse effondrée du moulin.
Il pouvait y aller ce soir. Finir tout cela. Donner la clé à Madame Vauquelin et la laisser briser le cycle.
Mais quelque chose le retint. La main sur le carreau froid, il regarda la lettre posée sur son bureau — celle dont l'écriture était désormais la sienne. Elle n'était pas encore terminée. La dernière phrase s'arrêtait au milieu d'une ligne, comme si une autre main avait interrompu sa rédaction.
Il savait, avec une certitude froide qui lui retourna l'estomac, que s'il sortait ce soir pour donner la clé, il trouverait au retour une lettre achevée sur ce bureau. Une lettre adressée à quelqu'un qu'il n'avait pas encore rencontré, annonçant que Valombre avait un nouvel héritier — et qu'il était temps de le chasser.
Le château ne voulait pas que la clé soit donnée. Il voulait qu'elle soit gardée. Encore. Toujours. Par lui.
Edward recula lentement, ôta son manteau trempé et s'assit à son bureau. Il tira une feuille vierge du tiroir et prit la plume encore humide.
Il écrivit une seule phrase :
*« Je refuse. »*
Puis il la signa de son nom, la plia en quatre et la posa sur la lettre inachevée qui portait son écriture.
Il attendrait l'aube. Mais ce soir, pour la première fois depuis qu'il avait franchi les grilles de Valombre, c'était lui qui répondait.
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