L'ATELIER DES OMBRES
Lire le chapitre 12: HUGO NE JOUE PLUS
Hugo disparut pendant quatre jours.
Lorsqu'il revint, il n'avait plus cette élégance soigneuse qui semblait d'habitude faire partie de son uniforme. Il travaillait seul dans l'atelier B, les écouteurs aux oreilles, et ne répondit à aucun message d'Orphée.
Élise entra un dimanche matin.
« Maxime t'a fait sortir de Delaroche ? »
Hugo retira un écouteur.
« Bonjour à toi aussi. »
« Bonjour. Maxime t'a fait sortir ? »
Il posa son pinceau.
« Mon père avait promis deux cent mille euros pour le laboratoire numérique. Puis mes parents ont commencé à divorcer. Il a gelé tous les versements. Maxime a estimé qu'une victoire de ma part, au même moment, donnerait une mauvaise image. »
Élise sentit le froid lui monter le long des bras.
« Il te l'a dit ? »
« Il m'a conseillé de me retirer volontairement. J'ai refusé. Quelques jours plus tard, je suis passé de cinquième à sixième. »
« Et moi de sixième à cinquième. »
« Oui. »
« Je ne savais pas. »
Hugo eut un sourire fatigué.
« Est-ce que ça aurait changé quelque chose ? »
« Oui. »
« Tu dis ça parce que tu as été choisie. »
Élise regarda son tableau en cours. C'était bien meilleur que le couloir d'hôtel de septembre.
« Pourquoi tu ne dénonces pas Maxime ? »
Hugo éclata de rire.
« Avec quoi ? Une conversation privée ? La promesse non payée de mon père ? Un tableau de notes que je ne suis pas censé avoir vu ? »
Élise se figea.
« Comment tu sais pour le tableau ? »
Hugo détourna les yeux.
Elle comprit.
« La photo. C'était toi. »
Il ne répondit pas.
« Tu m'as envoyé Maxime et Kessler. »
Toujours rien.
« Pourquoi moi ? »
« Parce que Lucien te protège. Parce que Solène te sous-estime. Et parce que Maxime déteste les variables qu'il ne peut pas calculer. »
« Tu m'as utilisée. »
Hugo la regarda enfin.
« Bienvenue à Orphée. »
La phrase était cruelle. Elle était aussi exacte.
Élise croisa les bras.
« Qu'est-ce que tu as d'autre ? »
Le visage d'Hugo changea.
Il verrouilla la porte, ouvrit un tiroir et sortit un petit enregistreur numérique.
« Maxime adore les réunions calmes. Il croit que parler doucement rend les choses légales. »
La voix enregistrée de Maxime emplit l'atelier.
« Tu dois comprendre, Hugo, Delaroche n'est pas une question d'équité. C'est une question de stabilité institutionnelle. Ta situation familiale crée un risque. Si Pauline reconsidère sa pondération, c'est qu'elle comprend le contexte. »
Puis Hugo :
« Tu lui as demandé de baisser ma note ? »
Silence.
Maxime :
« Je lui ai demandé de réfléchir à ce que ta candidature apporte à l'école cette année. »
Élise ferma les yeux.
Cette fois, la frontière était franchie.
« Pourquoi tu ne publies pas ça ? »
« Parce que ma mère dépend encore d'un accord financier avec mon père. Parce que ma sœur est dans une école payée par une fiducie familiale. Parce que si mon père apprend que j'ai enregistré Maxime, il ne me frappera pas. Il fera quelque chose de propre, légal et cher. »
Élise ne répondit pas.
Hugo reprit l'enregistreur.
« Tu crois parfois que l'argent rend les conséquences imaginaires. »
« Un peu », admit-elle.
« Il change surtout les outils. »
Elle hocha la tête.
« Tu veux quoi ? »
« Maxime dehors. Sans transformer mon divorce familial en feuilleton national. »
« Donc encore un travail pour moi. »
Hugo haussa les épaules.
« Tu continues à accepter. »
Cette phrase accompagna Élise jusqu'à sa chambre.
Le soir, elle ouvrit son carnet de relations.
Au centre, elle avait dessiné un cercle autour du mot ORPHÉE.
Elle l'effaça.
À la place, elle écrivit :
SAINT-AURÉLIE.
Orphée n'était peut-être pas la maladie.
Seulement l'organe assez arrogant pour conserver les dossiers.
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