Le Chiffre de l'Imprimeur
Lire le chapitre 12: The Trap at the Tower
Le brouillard de la Tamise s’accrochait aux créneaux comme un linceul. Thomas marchait vite, le cœur serré par la rumeur de la ville qui s’éveillait, chaque pas vers la Tour de Londres un poids de plus sur sa conscience. Il avait l’impression que le collier de rubis lui brûlait la poitrine, même caché sous sa chemise. Le pendentif du cœur de la Tour Blanche. La clé.
La guérite de l’enceinte extérieure respirait la routine matinale. Un garde maussade, moitié endormi, leva les yeux de son bol de bouillie lorsqu’il présenta son passe d’apprenti de la maison du Roi. Le sceau de plomb, tamponné de rouge et or, était terriblement usé — son ancien maître le lui avait taillé dans une plaque de cuivre volée, et il avait l’air plus vieux que le véritable. Mais l’homme fit claquer sa langue, nota le nom *J. Weston, clerc aux archives de la Cour*, et le laissa passer sans presque le regarder. Deux autres gardes, debout sous la porte de Byward, lui sourirent d’un air bête comme ils faisaient à tous les valets de bas étage qui allaient au service des officiers.
L’après-midi s’étirait, écrasé par les hauts murs de granit rose et humide. Thomas ne marchait pas vers la Tour Blanche. Pas directement. Il traversa la cour intérieure en sifflotant une mélodie que son père fredonnait le matin, seuls ses yeux balayant les fenêtres aux herses baissées. La Tour Blanche se dressait là, massive, au cœur de la forteresse. On disait que ses murs faisaient quinze pieds d’épaisseur, et que ceux qui entraient n’en sortaient jamais que par les remparts ou le billot.
Il entra par l’aile est, celui des excisiers et des gardiens du Trésor, cherchant le passage vers la crypte du rez-de-chaussée où le Royal Mint frappait la monnaie. Pas d’armures scintillantes, pas de soldats de parade. Trois gars en tablier de cuir, leurs mains noires d’encre et de limaille, transportaient des caisses de plomb dans une salle voûtée.
— Vous, là-bas ! Les archives générales ? demanda Thomas avec une assurance qu’il ne ressentait pas.
Le plus grand des ouvriers s’arrêta, le jaugeant d’un œil méfiant.
— Ici, c’est les balanciers, garçon. Pas les registres. Les archives sont sous le grand escalier. Derrière la porte en chêne.
Thomas remercia d’un signe de tête et pénétra dans le couloir qui longeait le cœur de la Tour. Pongée. Il sentit la poussière et le fer froid de l’architecture séculaire lui mordre la gorge. La crypte centrale, celle que les détenus appelaient « le cœur de la Tour » dans leurs lettres codées, se trouvait au centre exact du donjon principal. Un espace rond, voûté de pierres striées, éclairées par un soupirail fendu au niveau du sol. Il regarda à l’intérieur. Vide. Pas de reliques, pas de trésors. Rien que de la poussière et un large anneau de fer scellé dans le sol, taillé dans un socle carré.
Son rythme cardiaque s’emballa. Un passage de la lettre de son père lui revint, griffonné d’une écriture familière : *« Le cœur se verrouille, le cœur se déverrouille. Ce qui tourne au centre, n’a pas de serrure. »*
L’anneau. Il sortit le pendentif, le rubis vibrant à la lumière chiche du soupirail. Le logement au dos, celui qui pouvait s’ouvrir avec un petit levier, était hexagonal. Il se pencha, poussa l’anneau de fer du bout de sa botte. Il ne pivotait pas. Il poussa plus fort, des deux mains. Le socle entier bougea d’un quart de tour, laissant apparaître une encoche profonde, taillée juste pour le renflement central du rubis.
— Pas mauvais, Finch. Pas mauvais du tout.
La voix venait d’en haut. Thomas leva la tête. Debout sur la galerie de bois en encorbellement qui ceinturait la crypte, le lieutenant de la Tour, un homme sec avec une barbe grise et des yeux de faucon, le regardait avec un froid intérêt. Derrière lui, montant les dernières marches avec un sourire qui contenait toute la cruauté de la Cour, se tenait Sir Geoffrey.
— Le clerc fantôme de ma maison, dit Geoffrey d’un ton doucereux, ses bottes crissant sur les gravats. Vous quittez votre poste sans permission, mon ami. C’est une offense grave.
Thomas fit un pas en arrière, cherchant une issue. Les soldats arrivaient déjà en masse, leurs hallebardes barrant les deux accès de la crypte.
— Je ne vous connais pas, dit-il d’une voix qui lui parut étrangement mince.
— Non ? Vraiment ? fit Geoffrey, descendant les dernières marches et s’arrêtant à dix pieds de lui. C’est curieux. Un homme qui fabrique de faux sceaux et de fausses copies dans les ateliers de la Cour pour s’infiltrer ensuite au cœur du Trésor du Roi. Un homme qui soulève ce qui ne doit pas être soulevé… Ce visage, je l’ai déjà vu dessiné dans les rapports de mes hommes. Le fils de John Finch.
Il parlait lentement, savourant chaque syllabe, chacun un clou dans le cercueil de Thomas.
— Il y a une cellule sous la Tour Lambert, poursuivit Geoffrey, qui n’a pas connu de locataire depuis l’an passé. On y pend les traîtres aux herses intérieures. Et on les laisse remuer longtemps. Voulez-vous en goûter, faux clerc ?
Thomas saisit le pendentif – encore dans sa main, serré au creux des doigts. Sans réfléchir, il le planta dans l’encoche et poussa. Un claquement sourd, un souffle d’air froid. Le sol sous ses pieds s’ouvrit sur une fissure sombre, pas assez large pour lui mais suffisante pour le dire.
— Il faut le rattraper ! cria Geoffrey.
Thomas courut. Il fonça entre les jambes du soldat le plus proche, slalomant vers l’issue de la crypte. Mais derrière les portes, dans la cour intérieure, les gardes avaient été prévenus. Un cor sonnait rue de la Tour. La herse extérieure tomba avec un fracas de fer.
Il ne pouvait pas sortir. La herse s’était refermée derrière lui. Il était tombé dans le piège — fuyant Geoffrey, il s’était enfui au cœur même de la forteresse, prisonnier du périmètre intérieur. Les soldats couraient derrière lui, ressac de bronzes et d’aciers. Il se jeta dans l’ombre d’une tourelle d’angle, le souffle court, yeux brûlant de colère et de peur. Il était piégé dans la Tour de Londres, encerclé par les hommes de Sir Geoffrey, avec pour seule arme un pendentif rubis qui venait d’ouvrir un passage souterrain vers quelque chose qu’il n’avait pas encore osé regarder.
Loin derrière, la voix de Sir Geoffrey résonnait entre les murs de pierre : *Fouillez tout. Je le veux enchaîné avant minuit.*
Thomas ferma les yeux contre la pierre humide. La course ne faisait que commencer.
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