Le Coffre de Fer de Londres
Lire le chapitre 39: The Price of a Secret
La pluie froide de novembre avait lavé les cendres de Londres, mais pas la mémoire de Tom. Il se tenait devant le greffe des archives de la Couronne, le parchemin d'exonération de sa mère serré contre sa poitrine sous son manteau neuf, la cape bleue à phœnix brodé d'or pesant sur ses épaules.
Le greffier, un homme au visage de papier mâché, leva des yeux fatigués.
"Capitaine Thorne. Encore vous."
"J'ai besoin d'accéder aux registres criminels, section des femmes, année 1652."
Le greffier soupira. "Le sceau royal ne vous donne pas autorité sur—"
Tom posa le parchemin sur le bureau. Le sceau de cire rouge du roi, frappé en présence de Sa Majesté elle-même, brillait sous la chandelle.
"Cela me la donne."
Le greffier examina le document, ses doigts tremblant légèrement. Il savait ce qui était arrivé au dernier homme qui avait contesté l'autorité de Tom Thorne devant le roi. Percy Ashcombe avait brûlé avec une flamme que l'eau ne pouvait éteindre.
Deux heures plus tard, Tom tenait entre ses mains le dossier de sa mère. Le papier jauni portait l'accusation : vol d'argenterie chez Dame Margery Whitlock, 1652. La signature du prêtre John Ashcombe en bas, attestant de sa culpabilité.
Il posa le parchemin sur le comptoir. "Je veux que cela soit rayé des registres. Effacé. Brûlé."
"Mais capitaine, la procédure exige—"
"La procédure exige que justice soit rendue." Tom ne haussa pas la voix. Il n'en avait plus besoin. "Ma mère était innocente. Le prêtre a menti. J'ai la parole du roi pour effacer toute trace. Voulez-vous contester la parole du roi ?"
Le greffier avala sa salive. Le parchemin d'exonération était clair : *toute infraction présumée contre Margaret Thorne, née Ellis, est déclarée nulle et non avenue, et son nom sera purgé de tous les registres.*
Le dossier disparut dans les flammes de la cheminée. Tom regarda le papier se tordre, les mots de l'accusation noircir et se consumer. Sa mère ne serait plus jamais une criminelle dans les annales de Londres. Elle serait simplement morte, comme tant d'autres. Mais elle mourrait innocente.
Il sortit dans la rue, la pluie fouettant son visage. L'odeur de fumée persistait encore dans l'air de Londres, des semaines après le grand incendie. La ville n'était que squelette de pierre noircie, mais déjà les charpentiers martelaient, les maçons posaient des pierres, et la vie renaissait dans les tavernes provisoires.
Il trouva l'église Saint-Gilles dans un état pitoyable — la flèche effondrée, les vitraux éclatés. Mais le prêtre John Ashcombe était là, comme il l'avait promis, agenouillé devant l'autel de fortune, priant pour des péchés que Tom connaissait trop bien.
"Père John."
Le prêtre sursauta. Il avait vieilli de dix ans en trois semaines. Ses joues creuses, ses yeux cernés. La peur, pensa Tom, était une maladie qui dévorait plus sûrement que le feu.
"Tom. Je—" Le prêtre se releva, ses mains tremblantes jointes. "J'ai entendu parler de votre... élévation. Le roi vous a fait chevalier."
"Et capitaine de la Phoenix Watch." Tom s'approcha, ses bottes résonnant sur les dalles fissurées. "Mais vous savez ce que le roi m'a aussi accordé ?"
Le prêtre détourna les yeux.
"L'exonération de ma mère." Tom sortit le parchemin. "Ses registres sont purgés. Rayés. Effacés."
"Je suis heureux pour vous."
"Ne me mentez pas, prêtre." La voix de Tom resta calme, mais quelque chose de dangereux s'y glissa. "Vous avez signé une fausse accusation. Vous l'avez envoyée à la potence. Vous avez passé dix ans à servir un homme qui voulait brûler Londres et la reconstruire à son image."
Le prêtre tomba à genoux. "J'étais faible. Percy avait ma sœur. Il menaçait de—"
"Je sais ce qu'il menaçait de faire. Je sais aussi que vous avez choisi de laisser ma mère mourir à sa place." Tom s'accroupit devant lui, leur visage à quelques centimètres. "Je pourrais vous dénoncer au roi. Je pourrais dire que vous étiez complice de la conspiration de Percy. Vous savez ce qui arrive aux complices de trahison."
Le prêtre pleurait, des larmes sales coulant sur ses joues grises. "Je mérite la mort. J'ai prié pour cela chaque nuit depuis que je vous ai vu à Whitehall."
"Je ne vous tuerai pas." Tom se releva. "Je ne vous dénoncerai pas non plus."
Le prêtre leva un visage incrédule.
"Vous allez quitter Londres. Aujourd'hui. Cette nuit." Tom sortit une bourse de sa ceinture et la jeta aux pieds du prêtre. "Ceci vous permettra de voyager. Allez à York, à Édimbourg, où vous voulez. Mais si je vous revois jamais dans cette ville, si j'apprends que vous avez dit un seul mot de vos activités passées, je vous livre aux flammes moi-même."
Le prêtre saisit la bourse comme un homme qui se noie attrape une corde. "Et la lettre de votre mère ?"
Tom marqua une pause. Il l'avait oubliée, dans tout ce tumulte. La lettre d'Alice, la lettre que sa mère lui avait écrite avant de mourir.
"Donnez-la-moi."
Le prêtre fouilla dans sa soutane et en sortit une enveloppe froissée, jaunie par les années. Tom la prit, ses doigts effleurant l'écriture fine de sa mère. Il ne l'ouvrit pas. Pas encore. C'était le dernier vestige d'elle, et il voulait le savourer dans un endroit plus calme.
"Une dernière chose," dit Tom. "Si vous avez la moindre idée de ce qu'il est advenu du lieutenant de Percy, de ce moine, des autres membres de l'Ordre de la Flamme... vous me le dites."
Le prêtre secoua la tête. "Percy était le chef. Sans lui, les autres se sont dispersés. Le moine a disparu la nuit même de la mort de Percy, je l'ai su par un frère qui l'a vu quitter la ville par la porte de Bishopsgate. Je ne sais pas où il est allé."
Tom hocha la tête. Il aurait préféré une réponse définitive, mais il savait que certaines menaces ne s'éteignent jamais complètement. Elles couvent, comme le feu sous les cendres, attendant une étincelle.
"Partez." Tom se tourna vers la porte. "Et ne revenez jamais."
Dehors, la pluie avait cessé. Le soleil perçait à travers les nuages, pour la première fois en des semaines, il semblait à Tom. Il glissa la lettre de sa mère dans sa poche, près du parchemin d'exonération.
Il trouva Martin le fils du boulanger à l'emplacement de ce qui avait été la boulangerie de son père — rien qu'une fosse noircie et un four effondré. Le garçon, seize ans, musclé par des années à porter des sacs de farine, déblayait les gravats avec un pic, les mains calleuses, le visage gris de suie.
"Martin."
Le garçon se retourna, la surprise éclairant ses traits fatigués. "Capitaine Thorne ! Je—je suis désolé, je ne vous ai pas vu arriver."
"Arrête un instant." Tom s'approcha. "Je t'ai cherché."
Martin baissa la tête. "Je sais. Vous étiez au service funèbre. Mon père—" Sa voix se brisa. "Merci d'être venu."
"Ton père était un homme courageux. Il a tenu jusqu'au bout pour porter la nouvelle de l'incendie à Whitehall." Tom posa une main sur l'épaule du garçon. "Sans lui, nous aurions tous été surpris dans notre sommeil."
Martin renifla, essuya son visage avec le dos de sa main, laissant une traînée de suie. "Je ne sais pas quoi faire maintenant. La boulangerie est partie. Je ne sais pas où aller."
"J'ai une proposition." Tom sortit un document plié de sa ceinture. "La Phoenix Watch compte onze hommes. Je veux un douzième."
Martin cligna des yeux. "Moi ? Je n'ai jamais combattu le feu. Je ne suis qu'un boulanger."
"Tu es le fils d'un homme qui a fait preuve de plus de courage que tous les soldats que j'ai rencontrés. Tu es fort, tu es loyal, et tu connais les rues de Londres comme ta poche." Tom tendit le document. "Je t'offre une place dans ma brigade, avec une solde, un logement et une formation. Tu apprendras à lire le feu comme ton père lisait le pain."
Martin prit le document, ses mains tremblant légèrement. "Je ne sais pas lire."
"Je t'apprendrai." Tom sourit pour la première fois de la journée. "La première leçon commencera demain au quartier général, au coin de Cheapside. Tu t'y présenteras à l'aube."
Le garçon leva les yeux, la gratitude et l'incrédulité se mêlant sur son visage. "Pourquoi moi, capitaine ? Pourquoi vous me faites confiance ?"
Parce que j'ai vu ton père mourir pour sauver cette ville, pensa Tom. Parce que je sais ce que c'est que de perdre tout et de continuer. Parce que moi aussi j'ai été un orphelin qui cherchait un but.
"Parce que Londres a besoin de gens qui restent quand tout brûle," dit-il. "Et j'ai le sentiment que tu es de ceux-là."
Martin se redressa, serrant le document contre sa poitrine. "Je serai là, capitaine. À l'aube. Je le jure."
Tom lui serra la main, une poignée ferme, la première de nombreuses, il le savait.
Alors qu'il s'éloignait dans les rues reconstruites, la lettre de sa mère crissant doucement contre sa poitrine, Tom ressentit quelque chose qu'il n'avait pas ressenti depuis des années. Pas la peur, pas la faim, pas la haine. Mais la paix.
Il était Tom Thorne, fils d'un pompier tombé au combat et d'une femme accusée à tort. Il avait volé une boîte de fer dans un manoir en flammes, et cette boîte lui avait donné plus qu'un pardon — elle lui avait donné un avenir.
Il pressa la lettre contre sa poitrine. Il la lirait ce soir, à la lueur d'une chandelle, avec un verre de vin pour trinquer à la mémoire de sa mère.
Londres brûlait, il fallait la reconstruire. Et il serait là pour protéger ce qui renaîtrait de ses cendres.
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