Le Coffre de Fer de Londres
Lire le chapitre 38: The New Beginning
Les flammes mourantes léchaient encore les ruines de la Cité quand le roi Charles II, la barbe grise piquée de cendres, tendit à Tom le parchemin scellé de cire verte. Autour d'eux, Whitehall bruissait d'une aube sale et incertaine, des courtisans qui avaient fui la nuit précédente regardaient le fils de pompier comme on regarde un mirage.
« Philippe Ash, dit-on dans les ruelles. Tom la Puce, dit-on dans les tavernes. Désormais, vous serez connu comme le Capitaine du Phénix. »
Tom prit le parchemin, le lut deux fois. La main qui le tenait était ferme, mais son ventre se tordait. Chaque mot officiel l'éloignait un peu plus de celui qu'il avait été – un homme qui n'avait jamais possédé qu'une corde, un couteau et un nom de voleur.
« Phoenix Watch, répéta-t-il. Une compagnie de pompiers royale. Mes hommes devront être prêts avant le prochain embrasement. »
Le roi inclina la tête, déjà distrait par un conseiller qui lui murmurait des chiffres de pertes. Alice, à ses côtés, portait le regard de celle qui avait vu un homme brûler vif la veille, et qui ne savait plus quoi en faire.
« Venez, dit-elle à Tom en tirant sa manche. Le box. Vous devez le rendre. »
Il s'exécuta. Dans les archives royales, sous une voûte fraîche, Tom posa le coffre de fer sur une table de chêne. Le serrurier du roi, un homme sec aux doigts de cuir, fit jouer trois cadenas neufs. Tom regarda le métal noir et froid – la chose qui avait failli tuer Londres – et éprouva un soulagement étrange, comme si on lui avait arraché une dent gâtée.
Mais il y avait cette autre chose, plus lourde que le plomb : la lettre qui prouvait l'innocence de sa mère. Dans le coffre, sous les parchemins de Percy, elle reposait tel un os enfoui. Le roi avait dit que le coffre serait préservé pour la postérité. Que ses secrets seraient conservés.
Conservés, pensa Tom. Pas révélés. Pas enterrés avec ma mère.
La cérémonie fut brève. Des hommes en haillons, des anciens sapeurs de son père, des volontaires qui avaient combattu le feu avec des seaux et des prières – ils se rangèrent devant lui dans la cour de Whitehall. Onze hommes. Certains boitaient. Tous avaient le visage noirci.
« Capitaine Ash », dit le roi en lui remettant un étendard de toile grossière où l'on avait peint un oiseau de feu orange, les ailes déployées. « Vous formerez ces hommes. Vous recruterez d'autres braves. Londres aura besoin de vous tant que ses cheminées fumeront. »
Tom prit l'étendard. Le tissu sentait l'huile de lin. Il pensa à son père, mort en combattant un incendie qui avait emporté trois rues. Il pensa à sa mère, morte en prison pour un crime qu'elle n'avait pas commis. Il pensa au coffre qui contenait la preuve, scellé sous triple verrou, à vingt pas de lui.
« Sa Majesté est trop bonne », dit-il.
La nuit tomba comme un manteau sale. Les nouvelles recrues dormaient dans l'ancienne écurie qu'on leur avait donnée pour caserne, ronflant sur des paillasses. Tom attendit que le dernier râclement de gorge s'éteigne, puis il se leva.
Alice était assise près de la porte, un châle gris sur les épaules.
« Vous y allez, dit-elle sans le regarder. Pour le coffre. »
Tom s'arrêta. Il aurait dû s'y attendre. Elle avait toujours su lire en lui comme dans un ciel d'orage.
« La lettre de notre mère. Elle est là-dedans. Je n'ai jamais voulu qu'on la garde pour que des archivistes la classent et l'oublient. »
Alice leva les yeux. Dans la lueur d'une chandelle de suif, ses traits étaient tirés, presque vieux.
« Vous êtes chevalier, maintenant. Capitaine. Vous avez tout gagné. Pourquoi risquer tout ça pour une morte ? »
« Parce qu'ils l'ont appelée traîtresse, dit Tom. Parce qu'elle est morte en croyant que je la haïssais. Parce que je veux qu'on efface ce nom du registre des criminels, et qu'il ne reste qu'elle – Rosamund Ash, la femme qui soignait les brûlés de Southwark. »
Alice resta silencieuse un long moment. Puis elle lui prit la main.
« Le serrurier a les clés. Mais il les a accrochées à un clou dans la chambre du greffier. Vieux Segbert a le sommeil profond. »
Tom la dévisagea.
« Vous me connaissez trop bien, Alice. »
« Je connais un voleur quand j'en vois un, dit-elle avec un demi-sourire. Même en habit de capitaine. Allez. Je garderai l'œil sur les hommes. »
Tom traversa le parc de Whitehall en ombre et en silence. Ses doigts connaissaient le chemin des gouttières, des appuis de fenêtres, des toits bas. L'ancien ange gardien – ce frisson familier de la nuit – revint en lui, non plus pour voler les vivants, mais pour rendre justice aux morts.
Le greffier ronflait effectivement, avachi sur un pupitre, une bouteille d'ale vide tombée à ses pieds. Tom prit les clés sans un bruit, enveloppées dans un linge pour ne pas les faire tinter.
Dans la voûte, il défit les trois cadenas. Les gonds du coffre gémirent à peine. Il connaissait chaque couche de ce qui s'y trouvait – il avait tout lu, tout porté, tout craint. Ses doigts trouvèrent le parchemin de sa mère, plus mince que les autres, au fond, contre le métal.
Il le tira. Le referma. Remit les cadenas en place avec le soin d'un horloger.
Dans la cour, il leva le parchemin à la lueur des étoiles. L'encre avait pâli, mais les mots étaient là : *« Je soussignée, Rosamund Ash, déclare que je n'ai jamais eu connaissance des activités de mon époux… »* Une signature maladroite, d'une main qui avait beaucoup travaillé.
Il le replia soigneusement contre sa poitrine, sous sa chemise, là où son cœur battait – juste là où, quelques heures plus tôt, une phiole de feu grec avait reposé.
Il rentra à la caserne à l'aube. Alice dormait assise, la tête contre le mur. Il s'assit près d'elle, le parchemin contre sa peau.
« C'est fait », murmura-t-il. Elle ouvrit les yeux, les frotta.
« Et maintenant ? »
Tom regarda l'étendard du Phénix, accroché à la poutre, qui prenait une teinte dorée dans la lumière naissante.
« Maintenant, je vais laver son nom. Demain, je vais trouver le prêtre – John, celui de Saint-Gilles – et je vais lui dire de quitter Londres avant qu'il ne fasse de la prison un autre domicile. Il sait ce qu'il a fait. Je sais ce qu'il sait. Un échange équitable : sa liberté contre le silence. »
« Et le garçon, le boulanger ? »
« Martin ? Il a du courage. Compagnon de route qui a vu un homme brûler pour la bonne cause – la ville a besoin de gens qui savent regarder le feu en face. Je vais lui donner une place au Phénix. Il mérite mieux que la route. »
Alice hocha la tête, puis se leva, rajusta son châle.
« Vous êtes devenu un homme, Tom Ash. Votre père serait fier. »
Tom ne répondit pas. Il regarda le soleil se lever sur les toits calcinés de Londres, sentit le parchemin de sa mère contre son cœur, et pour la première fois depuis des années, il respira comme quelqu'un qui n'avait plus à courir.
L'étendard du Phénix claqua dans la brise, orange et noir, et Tom sut que le feu qui brûlait en lui désormais n'était plus celui qui détruit. C'était celui qui veille.
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