Le Contrat de Façade
Lire le chapitre 36: The Six-Month Mark
La nuit était douce, presque perfide, quand Theo entra dans l’appartement. Elise était assise au bord du canapé, le téléphone encore chaud dans sa main, les yeux fixés sur un point invisible au-delà des fenêtres.
« Tu es rentré tôt », dit-elle sans se retourner.
Il s’approcha, posa sa veste sur le dossier d’une chaise. Il portait encore son costume de projection, la cravate desserrée, les cheveux en désordre. Il semblait électrique, comme s’il avait couru tout le chemin depuis le studio.
« J’ai vu le message de ton agent. »
Elle pivota. « Tu fouilles mon téléphone maintenant ? »
« Il a appelé le mien. Pour me prévenir qu’ils allaient te faire une offre. Pour s’assurer que je n’allais pas faire d’esclandre. » Il rit, un son cassé. « Comme si j’étais un accessoire à gérer. »
Elise se leva lentement. « C’est une proposition. Rien n’est signé. »
« Los Angeles. Un film de studio, trois mois de tournage, puis une série. Deux ans, Elise. Deux ans à l’autre bout du monde. »
« C’est une chance énorme. La carrière que j’aurais dû avoir avant le scandale. On me la redonne. »
Theo s’avança, mais s’arrêta à deux mètres d’elle. L’espace entre eux semblait s’être élargi depuis la conférence de presse, malgré leurs mains liées devant les caméras. « Et nous ? »
« On a encore cinq semaines de contrat. »
« Je ne parle pas du contrat. »
Elle détourna le regard. « Theo. On sait tous les deux que ce n’est pas si simple. »
« Rends-le simple. Reste. »
« Je ne peux pas abandonner cette opportunité. Pas après tout ce que j’ai perdu. »
Il fit un pas de plus. « Alors je viendrai. J’ai des contacts à LA, je peux— »
« Non. Je ne veux pas que tu sacrifies ta carrière pour me suivre. Tu joues enfin les rôles que tu mérites. Ton film est acclamé. Tu ne vas pas tout planter pour— »
« Pour toi. Je le ferais pour toi. »
Elle leva la main. « Arrête. Arrête de jouer la scène du héros. »
Le silence tomba. Theo la regarda, les yeux plissés, et pour la première fois elle vit une fissure dans sa façade. Quelque chose de brut, d’enfantin, qui ne ressemblait pas à ses performances soignées.
« C’est ce que tu penses de moi ? Que je joue ? »
« Je pense que tu as peur. Peur que je parte, peur de rester seul, peur que tout ce qu’on a construit s’effondre dans l’avion qui m’emmènera à LA. » Elle croisa les bras. « Et je te comprends. Moi aussi j’ai peur. Mais on ne répare pas la peur avec un engagement précipité. »
« Ce ne serait pas précipité. »
« Theo. » Elle soupira, fatiguée. « On n’a jamais vraiment eu une conversation sur nous. Sur ce qu’on veut, hors contrat, hors caméras, hors public. On a sauté d’un mensonge à une confession, d’une performance à une autre. Et maintenant tu veux ajouter un mariage ? »
Il ouvrit la bouche, puis la referma. Ses mains tremblaient légèrement. Il les enfonça dans ses poches.
« Je t’aime, Elise. »
Elle sentit son cœur se serrer. Les mots étaient là, réels, non scénarisés. Mais ils arrivaient trop tard, ou trop tôt, elle ne savait plus.
« Je sais que tu m’aimes. Je crois que je t’aime aussi. Mais je ne veux pas qu’on se marie par peur du vide. Je ne veux pas remplacer un contrat par un autre. » Elle s’approcha enfin, posa ses mains sur son torse, sentit les battements affolés sous l’étoffe. « Il y a quelque chose de vrai entre nous. Je le sens. Mais ce quelque chose ne survivra pas si on le force dans un moule. »
« Et si je te perds à Hollywood ? Si tu rencontres quelqu’un là-bas, un réalisateur, un acteur, quelqu’un qui ne vient pas avec tout ce passé compliqué ? »
Elle sourit, un sourire triste. « Tu ne me perds pas parce que je traverse l’océan. Tu me perdrais si tu continuais à te raccrocher à moi comme à un scénario que tu veux contrôler. »
Il ferma les yeux. Quand il les rouvrit, ils étaient humides.
« Je n’ai jamais eu personne qui reste. Mes parents, mes agents, mes anciennes relations. Tout le monde finit par trouver mieux. Je pensais que si je verrouillais quelque chose, si je le signais, si je le rendais officiel… »
« Tu ne peux pas contractualiser l’amour. On l’a déjà appris à nos dépens. »
Il rit doucement, essuya une larme du revers de la main. « Tu as raison. Tu as toujours raison. C’est agaçant. »
« J’ai appris auprès d’un expert en performance. »
Ils restèrent là, front contre front, dans l’appartement vide. Leurs souffles se mêlèrent, leurs mains se trouvèrent, et pour un instant le reste du monde s’effaça.
Puis Elise recula.
« Je pars dans trois semaines pour Los Angeles. Pour préparer le tournage. On a encore trois semaines, Theo. Et après, on se reverra. Quand je reviendrai, ou quand tu viendras. On n’a pas besoin de tout décider ce soir. »
Il hocha lentement la tête. « Je vais attendre. Je ne jouerai pas de scène. Je vais juste… être là. »
Elle ramassa son téléphone. « Je dois appeler Vivienne. Elle ne sait toujours pas pour la conférence de presse. J’ai déjà assez de mensonges sur la conscience. »
Theo la regarda traverser la pièce, s’arrêter à la porte, se retourner une dernière fois.
« Dis-lui que je suis désolé, aussi. »
« Elle le saura. » Elle hésita. « Theo. Merci. Pour ce que tu as tenté de dire ce soir. Je sais ce que ça t’a coûté. »
« Ce n’est rien. »
« Si. C’est tout. » Elle sortit, laissant la porte entrebâillée.
Theo resta seul, les mains vides, la proposition jamais prononcée pesant encore dans l’air comme un mot retenu trop longtemps.
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