Le Contrat de Façade
Lire le chapitre 37: The Confession
Le silence dans la voiture était devenu une troisième présence entre eux. Elise regardait la ville défiler derrière la vitre — des fenêtres allumées, des vies anonymes qui ne savaient rien du poids qu'elle portait. Sa main reposait dans celle de Théo, mais la chaleur de ses doigts lui semblait soudain lointaine, comme si une distance invisible s'était glissée entre eux au moment même où elle avait prononcé le mot *non*.
Il n'avait pas retiré sa main. Il n'avait rien dit non plus. Il attendait.
« Tu ne dis rien, » murmura-t-elle enfin.
« Je ne sais pas quoi dire. »
Elle se tourna vers lui. Dans la lumière intermittente des réverbères, son visage semblait plus jeune, presque vulnérable — un homme qui venait de tendre quelque chose d'irréparable et qui ne savait pas comment le reprendre.
« Ce n'est pas un rejet, Théo. »
« Ça y ressemble. »
« Je t'ai dit oui pour une raison. La même raison pour laquelle je t'ai dit non, tout à l'heure. »
Il la regarda, les sourcils légèrement froncés. Elise retira sa main doucement et la posa sur son genou à lui, un geste d'apaisement.
« Tu as demandé. Tu t'es jeté. Parce que tu avais peur de me perdre. C'est ça, non ? »
Il détourna les yeux. Un muscle tressaillit dans sa mâchoire.
« J'ai passé cinq semaines à te regarder préparer tes valises dans ta tête, » dit-il. « Et ce soir, quand j'ai compris que tu partais vraiment — pas juste pour un festival, pas pour une semaine — j'ai paniqué. Tu veux que je te mente ? »
« Je veux que tu ne me mentes plus jamais. C'est tout ce que j'ai demandé depuis le début. »
Il s'appuya contre la portière, les bras croisés. La voiture tourna dans une rue plus calme, les façades haussmanniennes défilant comme des témoins muets.
« Alors dis-moi ce que tu veux, » dit-il. « Parce que je ne comprends plus. Je t'ai offert un mariage. Une vraie promesse. Pas un contrat. Et tu me dis non. »
« Parce que ce n'est pas une vraie promesse. » Sa voix était douce mais ferme. « C'est une promesse de panique. Tu ne me demandes pas parce que tu m'aimes, tu me demandes parce que tu as peur. »
Il ouvrit la bouche pour protester, mais elle leva la main.
« Je sais que tu m'aimes. Je le sais. Mais ce n'est pas de ça qu'il s'agit. Si je te dis oui ce soir, dans cet état, nous allons construire notre vie sur une peur que tu n'as même pas commencé à affronter. Et dans un an, dans deux ans, cette peur ressortira sous une autre forme. Tu m'appelleras un autre soir, tu me demanderas de changer un projet, de renoncer à un rôle, parce que tu auras cru me perdre à nouveau. »
Le chauffeur jeta un coup d'œil dans le rétroviseur, puis reporta son attention sur la route. Elise se pencha vers Théo, sa voix presque inaudible.
« Je veux un partenaire, pas un gardien. Je veux quelqu'un qui reste parce qu'il a choisi de rester, pas parce qu'il a peur de me voir partir. »
Le silence s'étira. Théo passa une main dans ses cheveux, un geste qu'elle lui connaissait depuis des mois, depuis les toutes premières séances de photos volées pour la presse.
« Et si je n'arrive jamais à me défaire de cette peur ? » demanda-t-il. « Si elle fait partie de moi ? »
« Elle en fait partie. Elle fera toujours partie de toi. Mais tu peux apprendre à vivre avec elle sans qu'elle te gouverne. » Elle marqua une pause. « Moi aussi j'ai des peurs, Théo. J'ai peur de mon père — de son silence, de son jugement. J'ai peur de reprendre un plateau et de voir mon nom écrasé par les scandales passés. J'ai peur d'être à Los Angeles, seule, dans six mois, et de découvrir que je ne suis personne là-bas. Mais je pars quand même. Parce que rester ne guérirait rien. »
— Elise, dit-il, et sa voix était rauque, presque cassée.
— Je ne pars pas pour fuir. Tu comprends ça ? Je pars pour me prouver que je peux revenir en entier. Et je veux que tu fasses la même chose. Pas pour moi. Pour toi.
Il la regarda longuement. Les phares d'une voiture qui les doublait éclairèrent son visage — les cernes sous ses yeux, la barbe naissante qu'il n'avait pas pris le temps de tailler depuis la conférence de presse.
« Tu veux qu'on se sépare. »
« Je veux qu'on respire. » Elle prit sa main à nouveau, cette fois plus fermement. « Trois semaines, c'est trop court pour que je découvre ce que je suis sans toi. Six mois, c'est long, mais c'est long exprès. Assez long pour que, quand on se retrouvera, on ne soit plus les gens qui se sont accrochés l'un à l'autre dans une voiture après un festival. »
« Tu as déjà tout prévu, » dit-il, mais il n'y avait pas de reproche dans sa voix. Presque de l'admiration.
« J'ai prévu de ne pas te perdre. C'est différent. »
Le taxi s'arrêta devant l'immeuble d'Elise. Le moteur ronronnait, les hommes s'échangeaient des regards dans le rétroviseur. Elise ne bougea pas tout de suite.
« Je ne veux pas que ce soit un adieu, » dit-elle.
« Ce ne l'est pas. » Il la prit dans ses bras, brutalement, comme on protège quelque chose de précieux. Elle respira son odeur — le cuir de sa veste, un reste d'eau de toilette, quelque chose de plus intime qu'elle ne savait pas nommer.
« On se retrouve dans six mois, » murmura-t-il contre ses cheveux. « Où tu voudras. Je viendrai. »
« Tu ne sais même pas où je serai. »
« Ça n'a pas d'importance. Je te trouverai. »
Elle rit doucement — un son étranglé, à la lisière des larmes. « Tu as un plan, c'est ça ? Tu as toujours un plan. »
Il la relâcha lentement, mais garda ses mains sur ses épaules. Ses yeux cherchaient les siens dans la pénombre.
« J'avais un plan. Ce soir, il s'est brisé. Je ne sais pas encore ce que je vais construire à la place. » Une pause. « Mais je sais une chose. Cette peur que j'ai — elle t'a presque fait dire oui à un mariage qui n'aurait pas résisté à la première dispute. Je ne veux plus jamais être cet homme-là. Le mec qui manipule par amour, qui transforme les sentiments en filets de sécurité. »
« Tu n'as pas manipulé. »
« Si. Peut-être pas sciemment. Mais si tu avais dit oui, nous aurions passé des années à nous demander si c'était de l'amour ou de la terreur. » Il baissa les mains, les laissa retomber. « J'ai besoin de temps. J'ai besoin de comprendre pourquoi je ne peux pas me sentir en sécurité sans tenir quelque chose qui s'échappe. »
Elise le regarda. Là, dans la lumière jaune du plafonnier, il était vulnérable d'une manière qu'il n'avait jamais été — pas même devant les caméras, pas même à la conférence de presse. Une fissure dans l'armure qu'il portait depuis des années.
« Alors, » dit-elle, « six mois. »
« Six mois. »
Elle hésita. Puis elle fouilla dans son sac et en sortit un carnet — petit, rouge, couvert de notes griffonnées. Elle l'ouvrit à une page vide et en arracha une feuille. Théo la regardait écrire, la pointe du stylo glissant rapidement sur le papier.
Elle replia la note en quatre et la lui tendit.
« C'est un chemin, » dit-elle. « Si tu comptes vraiment revenir. »
Il la prit sans l'ouvrir, la glissa dans la poche intérieure de sa veste.
« Et si je l'ouvre trop tôt ? »
« Tu ne le feras pas. »
Il esquissa un sourire — le premier de la soirée. « Tu me connais bien. »
« Six mois, » répéta-t-elle. « Et je ne veux pas de messages. Pas d'appels. Pas de contes de fées. On choisit ce chemin ou on choisit autre chose. Mais on ne reste pas dans l'entre-deux. »
« C'est dur. »
« C'est nécessaire. »
Le chauffeur toussa discrètement. Elise poussa la portière, mais s'arrêta à moitié sortie, une jambe sur le trottoir, tournée vers lui.
« Théo. »
« Oui ? »
« J'aurais pu dire oui. » Sa voix était basse. « Si tu m'avais demandé il y a deux mois, j'aurais dit oui sans réfléchir, parce que j'avais besoin de toi pour exister. Ce soir, je te dis non parce que je n'ai plus besoin de toi pour exister. C'est la première fois que je peux aimer quelqu'un sans me noyer dedans. »
Il la regarda, comme on regarde une lumière après une longue nuit. Il ne répondit pas — il n'y avait rien à répondre.
Elise se leva, referma la portière, et resta sur le trottoir tandis que la voiture s'éloignait. La vitre arrière s'était assombrie ; elle ne pouvait pas voir s'il la regardait. Elle resta plantée là jusqu'à ce que les feux arrière aient disparu au bout de l'avenue.
Dans sa poche, son téléphone vibra. Un message. Elle ne le lut pas tout de suite. Elle resta immobile, le froid parisien lui mordant les joues. La nuit qui s'ouvrait devant elle était une page blanche — pas un appel à combler, pas une attente à combler, mais une page qu'elle allait écrire seule.
Elle monta les escaliers de son immeuble. Dans l'appartement vide, elle laissa son sac tomber par terre, puis s'assit sur le canapé sans allumer la lumière. Le téléphone vibra encore une fois.
Cette fois, elle lut le message.
*Six mois. Le chemin dans ma poche. Merci de m'avoir laissé le temps de devenir moi-même avant de t'aimer comme il faut.*
Elle ferma les yeux. Une larme roula, qu'elle ne prit pas la peine d'essuyer.
Dans trois semaines, elle s'envolait pour Los Angeles. Mais pour ce soir, pour cette nuit, elle restait là, les mains vides, le cœur ouvert, et c'était plus qu'elle n'avait eu depuis des années.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.