Le Contrat de Mariage
Lire le chapitre 30: The Trap Laid
Le papier crissa sous la plume, une dernière fois. Eleanor relut la lettre — chaque mot choisi avec la précision d'un scalpel, chaque virgule une petite mort pour son orgueil.
« *Mon cher oncle, après mûre réflexion, je reconnais que mon entêtement n'a servi qu'à compromettre notre famille…* »
Elle s'interrompit, le menton relevé.
— On dirait une vraie idiote.
— C'est le but, dit Vane depuis le fauteuil près de la cheminée. Il faut que ça sonne sincère. Que ça pue la capitulation.
— Ça pue la capitulation. Elle trempa la plume dans l'encre. Mais d'ici quarante-huit heures, il comprendra que c'était un piège.
—À condition qu'il morde à l'hameçon.
Elle signa d'un geste sec, saupoudra le sable, puis tendit la lettre à Vane. Il la parcourut, un sourcil levé.
— « Je suis disposée à considérer une révision du contrat nuptial qui place mes biens sous tutelle conjointe. » Il siffla doucement. Tu lui offres exactement ce qu'il veut.
— En apparence. Eleanor se leva, lissa les plis de sa robe verte. C'est ce qu'il a toujours voulu : me remettre sous coupe masculine. S'il croit que je m'y résigne, il baissera sa garde.
— Et il viendra au bal.
— Il viendra au bal. Elle croisa les bras. Il voudra savourer sa victoire, s'assurer que je signe devant témoins. C'est un homme qui aime les spectacles. Son propre triomphe sera sa perte.
Vane rangea la lettre dans sa poche intérieure. Ses doigts s'attardèrent sur le tissu un instant de trop.
— Je devrais peut-être y aller seul.
— Non.
— Eleanor. Il se leva, s'approcha d'elle. S'il flaire un piège, il tentera de te faire du mal avant de s'en prendre à moi. Tu es sa cible la plus vulnérable.
Elle leva un sourcil.
—Vulnérable ?
— Elle est aussi la plus précieuse. Il marqua une pause. Non pas pour sa valeur marchande — mais pour la femme qu'elle est devenue à mes yeux.
Le feu crépita entre eux. Eleanor sentit la chaleur lui monter aux joues et détourna le regard.
— Gardez tes compliments pour notre stratégie, dit-elle. Nous en aurons besoin.
— Les compliments n'ont jamais été une stratégie. Il lui prit la main, brièvement. C'est une vérité.
Elle retira sa main, plus doucement qu'elle ne l'aurait voulu.
— Alors la vérité, c'est que nous avons une seule chance. Si nous échouons, il nous détruira tous les deux avec ce document. Tu es prêt ?
Vane acquiesça.
— Je suis prêt.
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Le Marchmont Hall se dressait dans la brume du soir, ses fenêtres illuminées comme des yeux vigilants. Eleanor ajusta son masque de velours bleu, écoutant le bourdonnement des invités à travers les portes du vestibule.
—Il est là ? demanda-t-elle à Vane, masque noir et argent sur le visage.
—Déjà installé près du buffet. Il observe les entrées. Il attend.
—Il attend ma soumission. Elle respira profondément. Alors donnons-lui un spectacle.
Ils se séparèrent. Eleanor traversa la salle de bal, saluant les connaissances d'un signe de tête, chaque pas mesuré comme une clause bien rédigée. Elle sentit le regard de son oncle avant même de le voir — une pression dans la nuque, une menace silencieuse.
Il se tenait près d'une colonne de marbre, un verre de madère à la main, ses yeux porcins plissés derrière son masque doré. Il la vit approcher et ses lèvres s'étirèrent en un rictus satisfait.
—Ma chère nièce. Te voilà enfin raisonnable.
—Oncle. Eleanor s'arrêta à trois pas de lui. Assez près pour être menaçante, assez loin pour respirer. J'ai écrit ma position. Vous l'avez lue.
—Je l'ai lue. Et je dois avouer que j'ai cru à une supercherie. Il prit une gorgée de vin. Toi, accepter de partager ton héritage ? Toi, reconnaître que les femmes ne peuvent gérer de telles fortunes ? Il rit, un son épais et gras. On m'aurait dit que le ciel était vert que je l'aurais cru plus facilement.
—Les circonstances m'ont appris la prudence. Eleanor garda la voix basse, calme. J'ai réalisé que mes défenses ne valaient rien face à quelqu'un qui connaît la loi aussi bien que vous.
—Ah. Voilà la vraie Eleanor. Pragmatique. Son regard la parcourut, s'attardant sur sa robe, son décolleté. Tu as dû découvrir que ton fiancé n'est pas l'allié que tu espérais.
Eleanor se tendit.
— Que voulez-vous dire ?
— Juste qu'un homme qui a perdu un frère à cause de ta famille n'est pas exactement un champion désintéressé. Il posa son verre sur un plateau. Mais j'imagine que tu l'as déjà compris.
—Je n'ai pas besoin de comprendre ses motivations, seulement ses actions.
—Et les miennes ? Il se pencha, sa voix devenant un sifflement. J'ai investi vingt ans dans cette famille, Eleanor. Vingt ans à éponger les dettes de ton père, à protéger la réputation de ta mère, à veiller sur les restes d'une fortune mal gérée. Il est temps que je récolte ce qui m'est dû.
—Le bal est-il le lieu de cette discussion ? Eleanor fit un geste vers la foule. Vous voulez que je signe ici, devant tous vos témoins ?
—Je veux que tu signes devant *mes* témoins. Peu importe le lieu.
—Alors ce soir. Après le souper, dans le petit salon à l'est. Eleanor baissa la voix. Vous apporterez le document, j'apporterai le mien. Nous échangerons, et cette affaire sera close.
Une lueur de triomphe s'alluma dans les yeux de son oncle.
—Enfin. Il tendit la main. Tu me donnes une satisfaction que j'attends depuis longtemps.
Eleanor hésita une seconde — puis lui serra la main. Elle était moite, épaisse, et elle dut résister à l'envie de s'essuyer sur sa robe.
Il s'éloigna, disparaissant dans la foule. Eleanor respira, les épaules légèrement tombantes — puis se redressa. Elle chercha Vane des yeux.
Il était près des portes-fenêtres, en conversation avec un homme âgé. Il tourna la tête vers elle, imperceptiblement. Il avait vu. Il savait.
Le piège était en place.
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Le souper dura une éternité. Chaque service, chaque plat, chaque toast — du temps perdu, des secondes qui s'étiraient comme de la mélasse. Eleanor fit semblant de picorer une volaille froide, les yeux fixés sur la pendule dorée au-dessus de la cheminée.
Dix heures. Le souper s'acheva. Les invités se levèrent, refluant vers la salle de bal pour la danse. Eleanor compta les pas menant au petit salon est.
Elle y entra seule. La pièce était sombre, éclairée par une seule bougie sur le secrétaire. Le document de son oncle l'attendait déjà, soigneusement déplié, ses clauses noires sur blanc.
Elle le lut — et son sang se glaça.
Ce n'était pas un simple accord de tutelle. C'était une dénonciation complète, une liste de dettes supposées, de « dettes » que son père aurait contractées auprès de l'oncle lui-même, avec intérêts composés. À la fin, le total réclamé dépassait de loin la valeur du domaine Ashworth.
— Intéressant, n'est-ce pas ?
La voix de son oncle s'éleva de la porte. Il entra, refermant derrière lui.
— Tu as lu. Tu comprends maintenant que cette « tutelle » n'est qu'une façon élégante de dire que tu me dois plus que tu ne possèdes.
Eleanor reposa le papier, le cœur battant.
—C'est un faux.
—C'est un document légal. Il s'approcha, et sa voix devint dure. Avec des témoins qui jureront l'avoir vu signer par ton père en personne. Et une fois que j'aurai ce jugement en main, Eleanor, ton mariage avec Vane ne sera qu'un morceau de papier. Tes biens seront sous ma tutelle, pas la sienne.
—Et vous pensez que je vais signer ça ? Eleanor se leva, les mains à plat sur le secrétaire. Vous pensez que je suis venue ici pour me faire voler ?
—Je pense que tu es venue ici pour survivre. Il sortit un second papier de sa poche. Signe cette reconnaissance de dette, et je serai généreux. Refuse, et ce document ira au tribunal au matin — accompagné de certains autres renseignements sur toi qui seraient très préjudiciables.
Eleanor sentit sa gorge se serrer. Il avait des renseignements. Sur elle. Sur son identité.
Un bruit derrière elle. La porte s'ouvrit, et une silhouette rentra — massive, vêtue de noir, les épaules comme des armoires.
—Maître Corbin, dit l'oncle. Veuillez convaincre ma nièce de la valeur de la coopération.
L'homme s'avança. Eleanor recula — et heurta le secrétaire. Elle n'avait nulle part où aller.
—Un pas de plus, dit une voix glaciale.
Vane se tenait dans l'embrasure de la porte-fenêtre cachée par les rideaux, un pistolet à la main. Son masque était relevé, son visage livide.
—Lord Vane. L'oncle éclata de rire. Un sauveur de théâtre ? Corbin, débarrassez-le de son jouet.
Corbin pivota. Il fonça sur Vane — un mouvement rapide, massif, inévitable.
Le coup de tonnerre du pistolet secoua la pièce. Corbin s'arrêta, les yeux écarquillés, puis s'effondra, une tache rouge s'épanouissant sur sa veste — non pas mortelle, Eleanor le vit, mais bloquant son bras, le neutralisant. Vane jeta le pistolet et se rua sur l'oncle.
—Tu as pensé me piéger, hein ? Vane attrapa l'homme par le col. Tu as pensé que je n'aurais pas de plan de rechange ?
L'oncle essaya de se libérer, mais Vane le projeta contre le mur. L'homme âgé glissa, la tête heurtant le cadre doré d'un tableau, et il s'effondra, inconscient.
Les pas d'Eleanor résonnèrent comme des battements de cœur. Elle contourna le secrétaire et se pencha sur le corps de son oncle.
—Il n'était pas censé l'apprendre comme ça.
— Il était censé l'apprendre tout court. Vane s'essuya les mains, les joues empourprées. J'ai tout entendu. Ses menaces. Ses faux documents. Et… il s'interrompit, la regardant. Il a mentionné quelque chose sur toi. Des renseignements qui seraient préjudiciables.
Eleanor resta silencieuse. Le corps de son oncle reposait entre eux, mais c'était son propre secret qui semblait peser dans la pièce.
— Qu'est-ce qu'il savait ? demanda Vane.
Elle le regarda. Dans ses yeux, elle vit une vulnérabilité nouvelle — celle d'un homme qui avait tiré un coup de feu pour elle, qui avait abandonné toute précaution pour la protéger.
— Il savait que je ne suis pas celle que je prétends être, murmura-t-elle. Il savait que l'Eleanor Ashworth originale est morte il y a huit mois.
Le silence de Vane fut plus éloquent qu'un cri. Il recula d'un pas, les yeux fixés sur elle.
— Morte ? répéta-t-il.
— Et je suis… ce qui reste. La femme qui vit maintenant dans son corps. Elle sentit les mots se briser sur ses lèvres. Tu m'as demandé mon secret le plus profond. Le voici, Vane. Je ne suis pas l'héritière que tu as épousée. Je suis une étrangère, enfermée dans une vie qui n'est pas la mienne.
Vane la regarda longuement. Derrière eux, l'oncle gémissait dans les brumes de son évanouissement. Puis, lentement, Vane s'approcha d'elle et prit ses mains dans les siennes.
— Alors c'est une chance, dit-il, que je sois tombé amoureux de l'étrangère, pas de l'héritière.
État : identité révélée à Vane ; confrontation directe avec l'oncle; il s'évanouit, mais le document qu'il possédait — celui qui pourrait dépouiller Eleanor de tous ses droits — est toujours en sa possession, et il a vu le pistolet de Vane. Il saura que le piège a été tendu. Il saura qui sont ses ennemis. Et il n'a plus rien à perdre.
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