Le Contrat de Mariage
Lire le chapitre 32: The Uncle Exposed
La salle de bal de Marchmont étincelait sous les chandeliers, mais Eleanor n’y voyait que des ombres. Elle tenait le dossier contre sa poitrine, les comptes falsifiés de son oncle pesant comme une ancre. Vane se tenait à deux pas, son regard sombre balayant la foule à la recherche de leur proie. Il lui avait promis de la suivre, quoi qu’il arrive. Une promesse qu’elle aurait voulu graver dans le marbre.
L’oncle Ashworth traversait la pièce, verre de cognac à la main, un sourire satisfait aux lèvres. Il croyait avoir gagné. Il croyait que la nuit lui appartenait encore.
Eleanor inspira profondément, puis s’avança vers l’estrade réservée aux annonces officielles. Vane fronça les sourcils, tentant de la retenir d’une pression de la main.
« Pas encore, souffla-t-il. Le moment n’est pas venu. »
« Il ne le sera jamais, répliqua-t-elle, la voix égale. Si j’attends, il s’éclipsera avec son notaire et son document. C’est maintenant ou jamais. »
Elle grimpa les trois marches de l’estrade avant qu’il ne puisse protester. Le silence ne se fit pas immédiatement — les conversations crépitaient comme des braises — mais lorsqu’elle leva le dossier au-dessus de sa tête, un murmure curieux parcourut l’assemblée.
« Mesdames et messieurs, pardonnez mon audace, mais j’ai une annonce des plus urgentes à faire. »
Lady Marchmont, perchée près du buffet, blêmit. L’oncle, à l’autre bout de la salle, immobilisa son verre à mi-chemin de ses lèvres. Ses yeux, d’abord surpris, se rétrécirent en deux fentes dangereuses.
« L’honorable George Ashworth, mon cher oncle et tuteur légal, a passé les trois dernières années à détourner les fonds de ma succession, déposés en fiducie après la mort de mon père. »
Un souffle parcourut la salle. L’oncle éclata d’un rire forcé, s’approchant de l’estrade.
« Ma nièce a perdu l’esprit. La douleur de ses récentes épreuves… »
« J’ai les comptes. » Eleanor déploya les feuilles devant elle, les tendant vers les premières rangées de curieux. « Enregistrés par le banquier Whitmore, à Londres, sous le sceau du 3 mars 1812. Chaque transfert, chaque retrait, chaque manœuvre destinée à saigner ma fortune pour couvrir vos dettes de jeu. » Elle se tourna vers son oncle, le défiant de soutenir son regard. « Vous pensiez que ces registres avaient brûlé avec le reste de la comptabilité du domaine. Vous aviez tort. J’en possède une copie fidèle et certifiée. »
Les visages se tournèrent vers l’oncle. Sa mâchoire se crispa, mais il garda un sourire de façade.
« Des documents forgés, montés de toutes pièces par une femme hystérique et son complice, ce vaurien de Vane. » Il désigna le comte d’un geste méprisant. « Une alliance bâtie sur la tromperie et la luxure. »
« Complicité ? » Eleanor laissa échapper un rire froid. « Expliquez-moi donc, mon oncle, pourquoi votre propre sceau personnel apparaît sur chaque page. Le même sceau que vous utilisez pour authentifier vos contrats. Croyez-vous que personne ici ne connaisse son dessin ? »
Elle s’approcha du bord de l’estrade, lui tendant une page comme on tend une épée.
« Regardez. Le lion et la rose. Votre devise. À moins que vous ne prétendiez que quelqu’un a aussi volé votre chevalière ? »
La foule murmura plus fort. Le frère de Lady Marchmont, un magistrat du coin, s’avança d’un pas, le visage soucieux.
« Lord Ashworth, ces accusations sont graves. Si les documents sont authentiques… »
« Ils ne le sont pas ! » rugit l’oncle. Son masque craquela, laissant apparaître une fureur ancienne et féroce. Il jeta son verre à terre, le cristal explosant contre le parquet. Des exclamations fusèrent. Les invités reculèrent, créant un cercle de vide autour de lui.
Il pointa un doigt tremblant vers Eleanor.
« Vous croyez avoir gagné ? Petite sotte. Vous n’avez rien. Votre fortune ? Effacée. Votre réputation ? Ruinée. Et ce que je sais de votre famille suffirait à vous faire bannir de Londres pour toujours. »
« Vous avez volé trois cent mille livres. Vous vous êtes servi de mon héritage pour financer des paris que vous n’avez jamais payés. Votre nom est une dette à lui seul. »
L’oncle éclata d’un rire amer.
« Et vous, Vane ! » Il se tourna brusquement vers le comte, la voix chargée de venin. « Vous vous croyez supérieur ? Votre père était un assassin. Il a tué le père de cette femme pour s’emparer de ses terres. Une affaire réglée en duel, oui, mais arrangée, provoquée par votre famille. Eleanor Ashworth — ou quel que soit votre nom — vous épousez le fils de l’homme qui a tué votre père. » Il ouvrit les bras, grimaçant. « Belle alliance, ma nièce. Très belle alliance. »
La salle entière se figea. Vane, qui s’approchait de l’oncle, s’arrêta net, comme si on venait de le frapper. Ses yeux cherchèrent ceux d’Eleanor, et dans son regard passa une horreur qu’elle n’y avait jamais vue.
« Le duel avait été provoqué par mon père, mais c’est votre père qui a fait charger les pistolets. » L’oncle savourait chaque mot. « Il voulait une mort. Il l’a eue. Et vous osez me juger, vous, dont le sang est souillé du crime des Vane ? »
Un silence de plomb tomba sur le bal. Eleanor sentit son cœur se serrer, mais elle ne baissa pas les yeux. Pas maintenant. Pas devant ce monstre.
« Vous avez volé des vivants et des morts, George Ashworth. Vous avez falsifié, menti, tenté de me faire taire par la violence. » Elle se tourna vers le magistrat. « Lord Falmouth, vous êtes témoin. Les comptes sont authentifiés. Je demande l’arrestation de mon oncle pour fraude, abus de confiance et tentative d’attentat contre ma personne. »
Le magistrat hésita un instant, puis fit signe aux deux sergents postés près de l’entrée — ceux-là mêmes que Vane avait placés une heure plus tôt. L’oncle, pris entre les hommes en uniforme, jeta un dernier regard chargé de fiel à Eleanor.
« Vous payerez. Vous et votre assassin de fiancé. Je jure sur la tombe de votre mère que je détruirai ce qui vous reste. »
Les sergents l’emmenèrent. La foule s’écarta comme devant une peste. Son cri s’éteignit dans le vestibule, avalé par les tapisseries.
Eleanor descendit de l’estrade, les jambes tremblantes. Elle sentit la main de Vane l’attraper, la guider vers une alcôve, loin des regards insistants et des chuchotements. Il la fit asseoir sur une banquette de velours, s’accroupissant devant elle, les mains sur les siennes.
« Ce qu’il a dit… sur mon père… »
« Je sais. » Elle soutint son regard, y cherchant la fissure, la honte. Au lieu de cela, elle n’y trouva que la douleur.
« C’est vrai ? » demanda-t-il, la voix rauque. « Votre père… »
« Ma mère l’écrit dans son journal. Un duel, oui. Votre père l’a tué. » Elle s’interrompit, sentant les mots la blesser. « Mais elle écrit aussi que votre père en a porté le poids toute sa vie. Qu’il a tenté de réparer, de restituer. » Elle serra ses doigts. « Vous n’êtes pas votre père, Vane. Vous l’avez prouvé. »
Il baissa la tête, le front contre ses mains jointes.
« Je ne savais pas. Je n’aurais jamais… Si j’avais su que mon nom était lié à la mort du vôtre, je n’aurais jamais… »
« Vous auriez jamais quoi ? » Eleanor bascula son visage vers lui, forçant son regard. « Vous seriez resté loin de moi ? Vous auriez refusé de tomber amoureux ? »
Il ne répondit pas. Autour d’eux, les chuchotements enflaient comme une marée. La capture de l’oncle était un triomphe, mais sa dernière flèche avait trouvé sa cible. Le nom des Vane venait d’être souillé à jamais aux yeux de la haute société, et avec lui, toute tentative de blanchir leur union.
Eleanor sentit le poids de la nuit s’abattre sur ses épaules. Mais au fond d’elle, quelque chose s’était durci. Elle avait gagné. Elle avait arraché son héritage des griffes de l’oncle. Elle avait sa liberté — presque.
Mais à quel prix ?
Vane releva la tête. Son visage était pâle, mais ses yeux n’avaient rien perdu de leur intensité.
« Nous devons parler, dit-il doucement. De tout cela. »
Eleanor acquiesça. Le bal continuait derrière eux, indifférent à leur douleur.
« Pas ici, murmura-t-elle. Plus tard. »
Il hésita, puis se leva, lui tendant la main pour l’aider à se relever. Elle la prit, sentant la chaleur de ses doigts contre les siens. Une promesse fragile encore, mais une promesse néanmoins.
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