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Le Corsaire du Ciel

Lire le chapitre 1: The Court-Martial's End

La salle sentait le moisi des vieux bois et le renfermé des uniformes jamais aérés. Une seule fenêtre, haut perchée, laissait tomber une lumière grise sur les bancs où se pressaient les officiers. Elias Thorne se tenait droit devant la table du tribunal, les mains croisées dans le dos, la mâchoire serrée. Il portait encore son uniforme de lieutenant, mais les insignes avaient été arrachés. On lui laissait la honte, pas l'honneur.

« Lieutenant Thorne, ou plutôt, citoyen Thorne à présent, » commença l'amiral Prescott, la voix cylindrée comme un canon de marine, « vous avez abandonné votre poste de combat lors de l'engagement du 14 courant. Vous avez, de votre propre initiative, dévié de la ligne de bataille pour porter secours à un navire civil – un bateau de pêche, que dis-je, une barque – alors que l'escadre française manœuvrait pour nous prendre en tenaille. »

Elias ne cilla pas. Il revoyait la barque, oui. La coque fendue, les femmes et les enfants accrochés aux épaves, les cris portés par le vent. Et la frégate française qui s'était mise en travers de son chemin. Il avait eu le choix entre laisser ces gens se noyer ou briser la ligne. Il avait brisé la ligne.

« Le résultat, » poursuivit Prescott, « fut la perte du *Meridian*. Deux cents hommes. Deux cents âmes, Thorne, englouties parce que vous aviez décidé que la vie d'une poignée de pêcheurs valait plus que le vaisseau de Sa Majesté. »

« Les pêcheurs vivaient, amiral, » dit Elias, sa voix grave comme un roulis d'orage. « Ils sont à quai à Douvres. Le *Meridian* était vieux, rongé par les vers et par la négligence de l'Amirauté. »

Un murmure parcourut l'assemblée. Prescott frappa la table du plat de la main.

« Vous osez blâmer l'Amirauté, monsieur ? Vous osez insinuer que votre désobéissance était justifiée par l'état de votre vaisseau ? »

« J'insinue que j'ai obéi à ce que je voyais de mes propres yeux. Des enfants dans l'eau. Des enfants, amiral. Si vous voulez me destituer pour cela, alors je ne veux pas de votre marine. »

Silence. La sentence tomba, prévisible, comme un couperet. Perte de son rang, de sa pension, de son nom dans les registres de la Navy. Il fut escorté dehors par deux matelots qui détournaient le regard, gênés. Elias ne dit rien. Il ôta sa veste d'un geste sec et la laissa tomber sur les marches du tribunal, où elle s'étala comme une peau morte.

La pluie avait commencé à tomber, fine et tenace, cette pluie anglaise qui ne mouille pas mais imprègne tout. Elias marcha dans les rues de Portsmouth sans but, le col de sa chemise relevé, les mains dans les poches d'un pantalon qui n'avait plus rien d'officiel. Il avait onze livres dans une bourse de cuir, une dette de jeu de deux cents, et une réputation en lambeaux.

C'est là qu'elle l'accosta.

Elle était sortie de l'ombre d'une porte cochère comme un chat sort d'une ruelle. Une femme d'une trentaine d'années, des cheveux noirs tirés en arrière, un regard vif qui semblait tout inventorier en une seconde. Elle portait une veste de cuir sur une chemise bouffante, des bottes hautes, et elle tenait un cure-dent entre les dents, qu'elle faisait tourner savamment.

« Capitaine Thorne, » dit-elle, sans question dans la voix.

« Plus pour longtemps. Plus lieutenant, pas du tout capitaine. Qui êtes-vous ? »

« On m'appelle Mira. Et j'ai un vaisseau qui a besoin d'un homme qui sait réfléchir quand tout le monde tire. »

Elias s'arrêta. Il la toisa, chercha la tricherie dans ses yeux. Il n'y en avait pas. Juste une franchise dure, presque brutale.

« Je ne connais pas de capitaine Thorne. Vous vous êtes trompée de nom. »

« Non. Je me suis pas trompée. J'étais dans la salle, tout à l'heure. J'écoutais. Vous avez fait le bon choix, là-haut. Le seul choix, en fait. Et ils vous ont brisé pour ça. C'est exactement le genre d'homme que je cherche. »

« Qu'est-ce que vous cherchez, exactement ? »

Elle marcha à côté de lui, sans lui demander son accord. La pluie redoubla, mais Mira semblait aveugle à l'eau. Elle sortit une pipe courte, l'alluma sous prétexte qu'il n'y avait pas de vent, et tira une bouffée avant de répondre.

« Un capitaine pour un cotre modifié. Un *sky cutter* de fabrication française, capturé, transformé par mes soins. Pas un bijou, mais rapide. Rapide comme une anguille. Il a besoin d'un homme qui connaît la mer et le ciel, qui sait lire les vents et les courants, et qui n'a pas peur de se faire des ennemis. J'ai la lettre de marque. Je fais dans la corsaire, mais je suis pas une simple passeuse. J'ai des contrats, des clients, des dettes à recouvrer. Et j'ai besoin de quelqu'un pour mener la barque. Les pêcheurs de Douvres, vous les avez sauvés. Moi, j'ai des gens à sauver qui valent un peu plus cher. »

« Vous êtes contrebandière, » dit Elias. « Vous voulez que je devienne un vulgaire contrebandier. »

« Non. Je veux que vous deveniez un homme libre. C'est pas la même chose. La Navy vous a brisé parce que vous obéissiez pas assez. Moi, je vous demande d'obéir à personne, sauf à votre propre jugement. Et je vous paie. »

« Combien ? »

Elle sourit. Le cure-dent bascula d'un côté à l'autre comme l'aiguille d'une boussole cherche le nord.

« Trente pour cent des prises. Vos dettes effacées, si vous avez des dettes. Et un but, Thorne. Vous savez ce que ça fait, un homme sans but ? Non, vous le savez pas encore. Mais vous allez l'apprendre. Ce soir, je pose le *Vagabond* dans une cale sèche abandonnée, à trois milles à l'ouest de la ville. Demain à l'aube, je largue les amarres, avec ou sans capitaine. Si vous voulez le poste, vous m'y rejoignez. Mais vous avez un obstacle : une patrouille de la Navy quadrige le canal entre ici et là-bas. Ils ont vos traits, maintenant. Vous savez comment vous débrouiller, non ? C'est pour ça que je vous veux. »

Elle lui tendit un morceau de papier plié. Elias le prit, l'ouvrit. Un plan grossier de la côte ouest, avec un croquis de la cale sèche marqué d'une croix.

« Et si je refuse ? »

« Vous refusez, le *Vagabond* part sans vous, et vous restez ici à compter vos livres et à regarder la pluie, jusqu'à ce qu'une vieille dette vous rattrape ou que la Navy décide de vous faire un procès pour désertion en plus de la désobéissance. Parce que, vous savez, ils peuvent le faire. Ils ont le temps. Ils ont les juges. Vous, vous avez juste cette pluie et cette rue. »

Elle partit sans se retourner, sa pipe dégorgeant un dernier filet de fumée. Elias resta seul sous la pluie, le papier dans la main, le cœur battant un coup de tambour sourd.

Il réfléchit. Les choix le regardaient en face comme des mouettes sur un bastingage. Retourner mendier auprès de la Navy, où son nom était une souillure ? S'engager dans une compagnie marchande, à ramasser des caisses de thé pendant le reste de sa vie, lui qui avait commandé un vaisseau de ligne ? Ou prendre ce cotre, ce *sky cutter*, et voler à nouveau, mais cette fois pour lui-même ?

L'orgueil. La colère. Et quelque chose d'autre, une petite étincelle qui refusait de mourir : l'idée qu'il pouvait encore faire la différence. Les enfants dans l'eau. La barque qui sombrait. Il les avait sauvés. Mais il y avait d'autres enfants, ailleurs, qui ne criaient pas encore parce qu'on ne les avait pas encore jetés à la mer. Le monde entier était une mer de naufrages, et la Navy ne sauvait que ceux qui flottaient dans le bon sens.

Il plia le papier, le glissa dans sa poche, et marcha.

Pas vers le port où il avait amarré son propre canot. Pas vers la taverne où il aurait pu noyer sa honte. Vers la grève ouest, en longeant les murailles basses de la ville, en évitant les réverbères allumés par la patrouille qui cherchait peut-être déjà sa silhouette.

Trois milles. Trois milles de vasières, de dunes grasses et de rochers, avec une patrouille de la Navy qui quadrille. Il connaissait ce terrain, il avait fait des exercices de nuit ici, autrefois, quand il était aspirant et que le monde était plus simple. Les remparts, la batterie nord, le phare éteint depuis qu'on préférait économiser le charbon. Il savait où passer. Il savait où les hommes de garde fumaient à l'abri du vent, à la même heure, comme des automates.

Il ne prit pas de bateau. Il n'avait rien à prouver. Il marcha le long de la grève à marée basse, les pieds dans les flaques, le sel qui craquait sous ses bottes. La pluie devint plus fine, puis s'arrêta tout à fait. Les nuages s'accrochèrent une heure encore, puis se déchirèrent, laissant voir une mer de zinc et une lune pâle qui se reflétait sur l'eau comme une pièce d'argent tombée au fond d'un puits.

Il vit la patrouille de loin. Deux petits cotres à roues à aubes, la fumée grise s'échappant de leurs cheminées contre le ciel noir, balayant le canal de leur projecteur à acétylène, le faisceau jaunâtre qui fouillait l'eau comme une torche dans une cave. Elias s'accroupit derrière un rocher, patient. Les projecteurs avaient une cadence. Trois balayages vers l'est, puis un temps mort, pendant que les graisseurs vérifiaient les machines et que le canonnier de proue se tournait pour cracher dans le vent. Un temps mort de quarante secondes. Quarante secondes pour traverser la vase, grimper la dune, se fondre dans le noir de la cale abandonnée.

Il tint son chronomètre – le sien, pas celui de la Navy, un vieux navaja qu'il gardait depuis des années – et compta. L'obscurité le happa comme une houle.

Derrière la dune, au fond d'une anse d'eau dormante, il la vit. La silhouette basse et fuselée du *Vagabond* se découpait sur l'eau noire, ses mâts étrangement inclinés vers l'arrière, comme un rapace au repos. Une coque faite pour le vent, pour l'arc, pour fendre l'air. Une coque qui sentait la liberté et le risque.

Une femme attendait sur le pont, sa pipe allumée, une lueur rouge dans la nuit. Mira.

« Vous avez mis longtemps, » dit-elle, sans se tourner.

« J'ai dû attendre que la marée change, » répondit Elias, sautant par-dessus le bastingage, les pieds atterrissant sur le pont avec un bruit sourd. « C'est mon vaisseau, maintenant ? »

Mira se tourna, un sourire mince aux lèvres. « C'est votre vaisseau quand vous avez décidé que c'est le vôtre. Pour l'instant, c'est un vaisseau avec pas de capitaine et pas d'équipage. Et une fuite d'hydrogène dans le compartiment arrière, une hélice de travers, et un moteur qui tousse comme un vieux marin au petit matin. Vous êtes prêt à régler ça, capitaine ? »

Elias regarda le ciel. La patrouille s'était éloignée, son faisceau balayant maintenant l'horizon sans le trouver. Pour l'instant. Pour l'instant, l'obscurité était à eux.

« Prêt, » dit-il. « Mais il faut d'abord sortir d'ici. On part dans combien de temps ? »

« On part quand vous dites qu'on part. »

Il inspira l'air salé, chargé de charbon et d'hydrogène, et pour la première fois depuis des jours, il se sentit vivant.

« On part maintenant. »