Le Corsaire du Ciel
Lire le chapitre 37: The Open Sky
La taverne du *Perroquet Rouge* sentait le rhum, le goudron et l'humidité tenace des quais de Port-Lyme. Une pluie fine martelait les vitres poussiéreuses, et le feu de cheminée crachait des étincelles contre l'âtre. Elias Thorne se tenait debout, adossé au comptoir, un verre d'eau dans la main. Il avait les yeux sur ses hommes — une poignée de visages burinés qui l'avaient suivi à travers l'enfer de Kern et la colère du ciel.
MacReady, adossé au mur, croisait les bras. Pip, perché sur un tabouret, faisait tournoyer entre ses doigts le chronomètre réparé, une fierté enfantine encore intacte dans ses yeux malgré les cicatrices récentes. Sano et Ibram, jumeaux taciturnes de la flotte marchande portugaise, partageaient une bouteille dans un coin. Marta, l'armurière au regard d'acier, polissait un couteau avec l'obsession d'un moine.
Elias frappa son verre sur le bois. Le claquement sec fit taire le murmure des conversations. Tous les regards convergèrent vers lui.
"Voilà," dit-il. Pas de préambule. Il posa un sac de cuir épais sur la table centrale. Le cuir gémit sous le poids. "La part de chacun. Or, argent, lettres de change. Ce qui reste du trésor de la syndicat, après les réparations du navire et les frais de Port-Lyme."
Il ouvrit le sac. Les pièces glissèrent en un ruisseau doré qui scintilla à la lumière du feu. Aucun d'eux ne bougea.
"Vous l'avez gagné," ajouta Elias. "Chaque pièce. Vous pouvez prendre votre part et rentrer chez vous. Ouvrir un commerce. Acheter une ferme. Boire jusqu'à ce que vos foies crient grâce. Ce que vous voudrez."
Sanchez, le timonier, se racla la gorge. "Et vous, capitaine ?"
Elias laissa un silence s'étirer. Il porta son verre à ses lèvres, but une gorgée d'eau, reposa le verre. "Le *Vengeance* est à vendre. Demain, je signe l'acte pour un petit caboteur, le *Vent Libre*. Cargo léger, huit canons. Pas de drapeau. Pas de guerre. Des marchandises, des routes, des étoiles."
MacReady fronça les sourcils, son visage taillé dans le granit. "Vous nous quittez."
"Je vous laisse le choix de me quitter vous-mêmes. C'est différent."
La pluie redoubla. Pip descendit de son tabouret et s'approcha de la table. Il regarda les pièces, puis Elias. Il ne dit rien ; il sortit de sa poche un petit morceau de papier plié, le posa sur le sac, et le poussa doucement vers Elias.
"Qu'est-ce que c'est ?" demanda Thorne.
"Ma part," dit Pip. "Le chronomètre que vous m'avez donné… il vaut plus que ça pour moi. Et j'ai entendu dire que le *Vent Libre* aura besoin d'un navigateur qui sait lire le ciel. Même dans la brume."
Elias déplia le papier. C'était une reconnaissance de dette. Toute la part de Pip, abandonnée.
"Mack ?" Thorne se tourna vers le vieux canonnier.
MacReady cracha dans le feu. Il poussa sa part du sac vers le centre de la table. "J'ai pas de femme. Pas de terre. Pas d'envie de planter des patates." Il tapota les pièces avec son index. "Mais j'ai jamais vu quelqu'un mener une coque à travers une tempête comme vous, capitaine. Je m'en vais pas maintenant que vous êtes à bord de votre propre route. J'ai besoin de voir où elle mène."
Sano leva son verre. "Nous aussi, capitaine. Tant qu'il y a du vent dans les voiles."
Marta passa son couteau dans sa gaine et s'avança. "Et quelqu'un devra veiller sur ces canons neufs, si vous comptez naviguer sans escorte dans le canal sud. Ces huit pièces, c'est pas de la décoration."
Le feu crépita. Elias regarda ces visages — sales, fatigués, mais fermes. Sa gorge se serra. Il avait perdu son rang, son nom, sa réputation. Il avait vu le ciel lui-même se déchirer sur une volonté humaine. Mais ici, sous la pluie de Port-Lyme, il avait quelque chose que l'amirauté ne lui avait jamais donnée : une famille d'hommes libres.
Il poussa le sac vers eux. "Alors reprenez vos parts. Le trésor n'est pas à moi seul. Et si nous naviguons ensemble sur le *Vent Libre*, nous le ferons comme associés. Pas comme officier et équipage. Je ne lèverai jamais plus haut un grade que ma propre responsabilité."
La taverne se remplit de murmures approbateurs. Pip récupéra son papier, le déchira et jeta les morceaux dans le feu. MacReady leva son verre de rhum. "Au *Vent Libre* !"
"Au *Vent Libre* !" répondirent les autres.
On but longtemps. Elias ne s'enivra pas ; il resta sobre, assis à la table, écoutant les histoires, les rires, les souvenirs d'hommes qui dansaient sur le fil entre la survie et la mort. Il les laissa parler de Kern, de la tempête qu'il avait convoquée, de l'explosion des enveloppes — de petites légendes, déjà, exagérées par le rhum. Lui ne disait rien. Il n'y avait pas de gloire là-dedans. Juste de la douleur et du sang, et le poids d'avoir choisi.
Dans sa poche, la lettre de Hale pesait comme une pierre. Il n'avait pas encore trouvé le courage de la relire dans cette lumière.
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L'aube se leva couleur d'étain sur les quais. La marée était haute, le vent du nord-ouest stable. Le *Vent Libre* dansait doucement sur les haubans, sa coque noire et vernie, un mât élancé qui perçait la couche de brume. Huit canons de bronze, un râtelier d'armes dans la soute, et une étrave fière qui fendait l'air comme un couteau.
Elias monta le dernier sur le pont. Il tenait un vieux morceau de toile plié sous son bras. MacReady, déjà au gouvernail, hocha la tête. Pip grimpa dans le nid-de-pie et s'installa comme un jeune oiseau dans son aire.
"On largue les amarres, capitaine ?" demanda Marta depuis le gaillard.
Elias déplia la toile. C'était un vieux pavillon de marine, arraché d'un navire de guerre, taché de fumée et de sang. Il le leva un instant, puis le rangea dans sa veste. Pas de couleurs. Pas de guerre. Rien que le vent.
"Larguez."
Les amarres grincèrent et tombèrent dans l'eau grise. Pip ajusta la voile d'étai. Le *Vent Libre* glissa hors du bassin, passa la jetée, sortit dans l'estuaire. Port-Lyme rapetissa derrière eux, ses flèches envahies par la brume, ses taudis pâles dans le soleil levant.
Sur une colline à l'est, une silhouette solitaire observa longuement le navire s'éloigner. Puis elle tourna les talons et disparut dans la forêt.
Elias s'adossa à la lisse, face au grand large.
La mer du ciel s'étendait devant lui — pas un océan, mais le monde aérien, les couches de nuages comme des vagues pétrifiées, les routes entre les îles volantes, les routes commerciales, les régions inexplorées. La France au sud, l'Angleterre derrière, l'Espagne à l'ouest, et au-delà, l'immensité d'un continent invisible.
Le vent souleva ses cheveux. Il sortit la lettre de Hale de sa poche, la posa sur la lisse, la regarda longuement. Puis il la replaça contre son cœur.
Pas maintenant. Peut-être jamais. Certaines réponses n'ont pas besoin d'être données pour être portées.
"Une route nouvelle, capitaine ?" demanda MacReady, les yeux sur le compas.
Elias sourit — un vrai sourire, rare, qui creusait les pattes d'oie aux coins de ses yeux fatigués.
"La route qu'on choisit. Celle qui n'est pas écrite sur une carte de guerre."
Il prit la barre. Il sentit la coque répondre, vivante sous ses doigts, et l'immensité du ciel s'ouvrit devant lui — non pas comme un champ de bataille, mais comme une promesse.
Libre.
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