Le Dernier Trajet Avant Laube
Lire le chapitre 10: — MONSIEUR VIAL
Le matin de Noël, Julien rencontra Henri Vial.
Henri avait soixante-neuf ans, un bonnet noir, une écharpe rouge et une canne. Il sortait d’une séance de chimiothérapie.
Un médecin avait demandé dans le groupe si quelqu’un pouvait le raccompagner.
— Monsieur Vial ? demanda Julien.
— Ça dépend. Vous êtes venu me faire la morale parce que je fais de la chimio pendant la fin du monde ?
— Non. Je suis venu vous faire la morale parce que vos gants ne tiennent pas chaud.
Henri sourit.
Dix minutes plus tard, il eut des nausées.
Julien s’arrêta, inquiet.
— La chimio, expliqua Henri. Cancer. Très classique. Pas contagieux.
— Vous êtes venu seul ?
— Mon fils et ma belle-fille sont médecins. Pneumologie et infectiologie. Ils ont voulu m’accompagner. Je leur ai dit que je les déshéritais s’ils quittaient leurs services pour moi.
Julien le regarda dans le rétroviseur.
Henri avait dirigé un lycée pendant trente ans. Il parlait avec une ironie tranquille.
Quand Julien minimisa son rôle de chauffeur bénévole, Henri se renfrogna.
— Arrêtez avec cette fausse modestie. Un hôpital ne fonctionne pas grâce à un héros. Il fonctionne parce qu’un agent nettoie, qu’un brancardier déplace, qu’un pharmacien prépare, qu’un chauffeur amène, qu’une voisine livre des courses. Les systèmes tiennent parce que des gens ordinaires font correctement des choses ordinaires.
— Vous venez de me traiter d’ordinaire ?
— Avec beaucoup de respect.
À son immeuble, Julien lui donna son numéro.
— Pour la prochaine chimio, vous m’appelez.
— Je vais abuser de votre bonté.
— C’est prévu.
Henri monta lentement les marches.
Julien attendit de le voir à la fenêtre avant de repartir.