Le Dernier Trajet Avant Laube
Lire le chapitre 18: — L’HOMME AU TABLIER ROSE
Julien rencontra Alain Besson sous une pluie glacée.
Alain tirait six cartons posés sur une planche à roulettes. Il portait une longue doudoune manifestement empruntée à sa femme, un tablier rose, des gants de cuisine entourés de film alimentaire et un ballon rouge attaché au sac à dos.
Sur le ballon, au feutre noir :
DIX FOIS LE PRIX. PITIÉ, ARRÊTEZ-VOUS.
Julien s’arrêta surtout parce qu’il était impossible de ne pas le faire.
— Vous allez au CHU ?
— Oui, et avant que vous paniquiez : je vais très bien. Je suis même scandaleusement en forme.
Alain venait du Nord et parlait avec une énergie qui remplissait toute la rue.
Les cartons contenaient des lunettes de protection provenant de la petite entreprise de matériel sportif qu’il gérait avec son frère.
— Pas du médical, dit-il. Mais l’hôpital m’a dit qu’ils peuvent s’en servir pour certaines tâches. C’est mieux que rien.
— Vous avez tiré tout ça à pied ?
— Assez longtemps pour regretter ma générosité.
Il ne conduisait pas. Un accident pendant son adolescence lui avait laissé une peur incontrôlable de prendre le volant. Sa femme et ses enfants étaient restés hors de Belrive chez des proches.
Il tenta de donner de l’argent à Julien.
Julien refusa.
— Alors prenez au moins une paire de lunettes.
— C’est pour l’hôpital.
— Vous transportez des soignants toute la journée. Vous êtes un morceau de l’hôpital avec une carte grise.
Julien éclata de rire.
Avant de le laisser repartir avec les cartons, Alain photographia la plaque.
— La confiance, c’est bien. Une preuve, c’est mieux.
Julien l’adora immédiatement.
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