Le Dernier Trajet Avant Laube
Lire le chapitre 3: — LA FEMME AUX TROIS VALISES
La femme qui se tenait dehors devait avoir un peu plus de trente ans. Elle portait un manteau sur une tenue médicale et tirait trois valises à bout de bras.
— Excusez-moi. Vous retournez vers le centre ? Je cherche un taxi depuis presque une heure. Je paie le double, si vous voulez.
— On quitte la ville, répondit Camille. Désolée.
La femme hocha la tête, sans insister.
Elle s’éloigna puis décrocha son téléphone.
— Oui, Élodie à l’appareil. Je suis arrivée. Non, pas de voiture. Dites à la réa que j’ai les masques et les visières. J’ai rapporté tout ce que j’ai trouvé… Je vais me débrouiller.
Julien posa la main sur le levier de vitesse.
Camille le regarda.
— Non.
— Elle va à l’hôpital.
— Julien.
Il avança de quelques mètres, puis freina.
Camille ferma les yeux.
— Je te déteste un peu.
— Un peu seulement ?
Ils reculèrent.
La femme s’appelait Élodie Martin. Elle était pneumologue au CHU Saint-Vincent. Son fils, Gabriel, n’avait pas encore trois mois. Elle passait son congé maternité chez ses parents quand ses collègues avaient commencé à l’appeler : admissions en hausse, collègues malades, matériel insuffisant.
— Vous avez laissé un bébé de trois mois ? demanda Camille.
Élodie baissa les yeux.
— Il est avec mes parents. Son père est militaire, actuellement en mission. J’ai pleuré dans le train. Mais je savais que si je restais, je m’en voudrais aussi.
Camille ne trouva rien à répondre.
À mi-chemin, elle demanda à Julien de s’arrêter dans une station-service et revint avec du café, du thé et un chocolat chaud.
Élodie prit le chocolat.
— Vous n’aviez pas besoin de faire tout ça.
— Si on commence à compter ce qu’on avait besoin de faire, dit Camille, on serait déjà sur l’autoroute.
Le CHU Saint-Vincent avait installé des tentes blanches devant les urgences. Des barrières séparaient les files. Des soignants en visière circulaient entre les patients.
Camille pâlit.
— D’accord, murmura-t-elle. Là, je comprends.
Au moment de descendre, Élodie sortit son portefeuille.
— Combien je vous dois ?
— Rien, répondit Julien.
— Vous avez fait demi-tour à cause de moi.
— Vous avez dit merci. C’est payé.
Élodie le regarda, incrédule, puis éclata de rire.
— Vous êtes insupportable.
— Ma femme peut confirmer.
Camille sourit malgré elle.
Ils regardèrent Élodie disparaître derrière les portes de l’hôpital.
Le coffre était toujours rempli de cadeaux de Noël.
Pour la première fois, ces cadeaux semblaient venir d’une autre vie.