Lumen Reads

Le Dernier Trajet Avant Laube

Lire le chapitre 2: — LA RUMEUR

Au matin, la maladie avait vingt noms et aucune explication claire.

On parlait d’une grippe atypique, d’une pneumonie virale, d’un « truc de l’hôpital ». Les groupes de messagerie s’emballaient. Une vidéo montrait des soignants en combinaison. Une autre affirmait que tout était sous contrôle. Une troisième annonçait des centaines de cas sans citer aucune source.

La seule réalité visible était la disparition des masques.

Julien et Camille se levèrent avant six heures le jour du départ. La voiture était pleine à craquer. Valises, cadeaux, provisions et deux bouteilles choisies pour les pères occupaient tout le coffre.

Au bout de leur rue, ils reconnurent leur voisin, Thomas, tirant une grosse valise vers l’avenue.

Il portait un masque filtrant, des gants de jardinage et des lunettes de piscine.

Camille cligna des yeux.

— Je sais, dit Thomas. C’est ridicule. Mais je préfère avoir l’air idiot que rater mon avion.

Aucun taxi ne s’était arrêté depuis quarante minutes.

L’aéroport n’était pas du tout sur leur route, mais Julien chargea la valise.

À peine assis, Thomas leur tendit deux masques neufs.

— Mettez ça. Et ouvrez légèrement les fenêtres.

— Tu fais peur, dit Camille.

— Ma sœur travaille dans un labo. Elle m’a fait encore plus peur hier soir.

Il leur parla de contaminations entre personnes, de services hospitaliers qui commençaient à se tendre, de matériel économisé parce que les stocks fondaient.

À l’aéroport, l’ambiance n’avait plus rien du tumulte habituel de Noël. Des familles s’embrassaient rapidement. Des agents désinfectaient les poignées des chariots. Plusieurs vols étaient annulés.

Avant de partir, Thomas posa un paquet de masques sur la banquette.

— Gardez-les.

— Tu vas en avoir besoin.

— J’en ai assez dans ma valise. Prenez-les.

Puis il disparut derrière les portes automatiques.

Julien remit le contact.

Quelqu’un frappa à la vitre.