Le Faiseur de Récits
Lire le chapitre 24: A Matter of Life
Le feu avait pris par la cuisine, selon les pompiers. Mais Martha savait que les incendies, comme les manuscrits, avaient toujours une page manquante — celle qui expliquait tout.
Elle se tenait devant ce qui restait de la chaumière de Mick, les mains enfoncées dans les poches de son manteau, le regard fixé sur les poutres calcinées qui pointaient vers le ciel gris comme des doigts suppliants. L'air sentait la suie et la pluie imminente. Derrière le ruban jaune, deux pompiers enroulaient un tuyau, indifférents à la sensation de déjà-vu qui serrait la gorge de Martha.
— Il n'y avait personne à l'intérieur ? demanda-t-elle à l'officier qui tenait le registre.
— Non, madame. Le propriétaire, un dénommé Mick O'Shea, est introuvable. On a trouvé son téléphone dans les décombres, mais pas lui.
Martha acquiesça, mais son esprit filait déjà. Mick était le seul autre dépositaire du secret — celui qui avait vu la photo, celui qui lui avait parlé de la légende du trésor caché sous l'église. Et maintenant, son cottage brûlait, et il avait disparu.
Elle fit trois pas le long du ruban, feignant d'observer les dégâts. Son regard s'attarda sur la fenêtre brisée du salon, l'embrasure de la porte arrière. Puis elle le vit.
Un carnet noir, à moitié consumé, coincé entre deux briques de la cheminée effondrée. Il dépassait de l'amoncellement comme un drapeau de deuil.
— Je peux récupérer quelque chose ? demanda-t-elle à l'officier. Un livre, que Mick m'avait prêté. Il est là, contre la cheminée.
L'officier la dévisagea, haussa les épaules. Les villageois étaient tous un peu fous, semblait-il dire.
— Faites vite, madame. On va condamner la structure.
Martha passa sous le ruban, évita une plaque de tôle gondolée, et se baissa pour saisir le carnet. La couverture était bouillante, les bords noircis, mais les pages centrales avaient survécu, protégées par l'épaisseur du papier. Elle l'enfouit dans son manteau sans un regard en arrière.
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Le presbytère sentait le thé froid et la cire d'abeille. Martha posa le carnet sur la table de la cuisine, sortit ses gants de coton, et l'ouvrit avec la précaution d'une restauratrice de manuscrits anciens. L'écriture était hachée, nerveuse, celle d'un homme qui avait écrit vite et souvent.
Elle tourna les pages. Des listes de courses, des rendez-vous, des notes sur la réparation d'un toit. Rien d'autre.
Puis, à la page quarante-deux — le nombre préféré de Mick, il le lui avait dit un soir où il parlait de Douglas Adams — une écriture différente, plus appliquée, presque calligraphiée.
*La dernière marche n'est pas celle qu'on croit. Elle monte, pas descendre. Là où les pierres parlent et où le faucon veille, dort le sang qui n'a jamais coulé.*
Martha relut la phrase trois fois. *Le faucon veille.* Encore le falcon. Le pin près du corps de Gerald, la tombe Ellison, le portail de l'église. Le symbole se répétait comme un refrain dans un manuscrit bâclé — mais Martha savait que dans les vrais mystères, la répétition n'était jamais accidentelle.
Elle tourna la page suivante. Le carnet s'arrêtait net, les pages restantes carbonisées en un bloc noir.
— Le faucon veille, murmura-t-elle. Le faucon veille où ?
Elle ouvrit son sac et en sortit la photo de son grand-père — celle que Mick lui avait donnée des semaines plus tôt, celle qui montrait l'homme devant une porte en bois massif. Elle avait toujours cru que c'était la porte des archives Hayward. Mais la clé, elle le savait maintenant, ouvrait peut-être autre chose.
Une clé de coffre. Un coffre d'église.
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Le presbytère n'était qu'à deux cents mètres de l'église Saint-Jude. Martha y fut en trois minutes, le carnet calé sous son bras. La pluie commençait à tomber, fine et obstinée, comme un reproche.
Elle poussa la porte de l'église. L'air à l'intérieur était froid, chargé d'encens et d'humidité. Le Père Timothy n'était pas là — il faisait ses visites du mardi chez les paroissiens. Martha contourna l'autel, longea le chœur, et s'arrêta devant le vieux coffre de chêne, contre le mur nord.
Il était plus petit qu'elle ne l'avait imaginé. Un demi-mètre de haut, un mètre de large. La serrure était en laiton terni, au centre d'une plaque ornée d'un motif qu'elle connaissait désormais par cœur.
Le faucon. Les ailes déployées, la tête fière.
— Vous avez les clés du coffre ? demanda une voix derrière elle.
Martha se retourna. Le Père Timothy se tenait dans l'embrasure de la sacristie, un trousseau à la main, le visage fermé.
— Je passais, murmura Martha. Je voulais vérifier quelque chose.
— Dans le coffre ? Pourquoi ?
Elle marqua une seconde de silence. Le prêtre savait quelque chose — c'était écrit dans la tension de ses épaules, dans la manière dont il serrait son trousseau contre sa poitrine.
— Mick O'Shea, dit-elle. Son cottage a brûlé cette nuit. Il a disparu.
Le visage du prêtre se décomposa. Tout le paraître s'effondra, laissant voir un homme terrifié.
— Il fallait que je voie le coffre avant qu'il ne soit trop tard, insista Martha. Vous comprenez ? Christine Hayward sait qu'il existe. Elle a parlé du « coffre de l'église » comme si elle allait l'ouvrir elle-même.
Le Père Timothy baissa les yeux, puis tendit le trousseau.
— La petite clé plate, articula-t-il d'une voix éteinte. C'est celle du fond.
Martha s'accroupit devant la serrure. Inséra la clé la plus plate du trousseau. Résistance, puis un déclic sec. Le couvercle du coffre s'ouvrit en gémissant.
À l'intérieur, elle s'attendait à des registres, des reliques, des choses poussiéreuses d'église. Mais il n'y avait qu'une seule chose.
Un coffret métallique bleu, de la taille d'un livre de comptes, avec une étiquette collée sur le dessus.
*Ellison — Placement, 1968.*
Martha le saisit à deux mains. Ses doigts tremblaient. Elle ouvrit le couvercle.
Des papiers, encore propres, encore nets. Des formules légales, une correspondance entre deux avocats, et tout en bas, une enveloppe blanche fermée par un sceau de cire rouge frappé du faucon.
Elle la retourna. Une écriture fine, élégante :
*Arthur Ellison — à lire après ma mort.*
— Mon grand-père s'appelait Edmund, souffla-t-elle. Edmund Ellison. Pas Arthur.
Le Père Timothy secoua la tête lentement.
— Il y a deux Ellison dans cette histoire, Martha. Celui qui a signé, et celui qui a fait signer. Et l'un des deux n'était pas votre grand-père.
Martha regarda l'enveloppe. *À lire après ma mort.* Son grand-père était mort en 1998. Vingt-cinq ans de retard.
— Le placement secret, murmura-t-elle. La dette. Ce document — c'est la partie manquante du dossier Hayward.
— Vous devriez partir, dit le Père Timothy d'une voix pressée. Si elle apprend que vous êtes venue ici…
Martha glissa l'enveloppe dans son manteau, puis les papiers. Le coffre se referma dans un claquement sourd.
— Elle peut apprendre ce qu'elle veut, répondit Martha. Pour une fois, j'ai la bonne page. Et cette page, je vais la lire — où que l'histoire me mène.
Elle sortit de l'église sous la pluie, l'enveloppe contre son cœur, et sut que les Hayward n'avaient pas encore compris la chose suivante : Martha Pemberton avait passé sa vie à corriger les histoires des autres. Mais celle-ci — celle-ci allait se terminer à sa manière.
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