Le Faiseur de Récits
Lire le chapitre 27: The Hidden Manuscript
La clé tourna dans la serrure avec un grincement qui parut démesuré dans le silence de la nuit. Martha retint son souffle, écoutant l'écho se perdre entre les murs de pierre de Saint-Wulstan. À côté d'elle, James tenait la lampe torche braquée vers le sol, sa main légèrement tremblante.
— Tu es sûre que c'est la bonne ? chuchota-t-il.
— Timothy l'utilisait pour les réparations. Il m'a dit qu'elle ouvrait la porte du côté nord, celle du chœur.
Martha poussa le battant de chêne massif. L'air froid qui s'en échappa sentait la terre humide et l'encens ancien. Elle fit un pas à l'intérieur, James sur ses talons, et referma la porte derrière eux.
La nef s'étendait devant eux, baignée par la lueur bleutée d'un clair de lune filtrant à travers les vitraux. Les bancs alignés semblaient des sentinelles muettes. Martha parcourut la travée centrale jusqu'au chœur, guidée par la mémoire du plan qu'elle avait étudié dans *Les clés perdues de Saint-Wulstan*.
— Le livre de Gerald mentionnait une crypte sous l'abside, dit-elle à voix basse. Utilisée autrefois comme ossuaire, puis scellée au dix-neuvième siècle.
Elle s'arrêta devant une dalle de pierre ornée d'une croix celtique, à peine distincte de ses voisines. Mais quelque chose attira son regard : les bords de la dalle étaient plus nets, moins usés par les siècles.
— Aide-moi à la soulever.
James s'accroupit, glissa les doigts sous la bordure, et un grognement lui échappa lorsqu'il poussa. La dalle glissa lentement, révélant une cavité sombre et un escalier de pierre en colimaçon qui s'enfonçait dans les entrailles de l'église.
— Je passe d'abord, dit Martha.
Elle descendit avec précaution, James éclairant le chemin. Les marches étaient suintantes d'humidité, et l'air devenait plus froid à mesure qu'ils descendaient. Après une douzaine de marches, le passage s'ouvrait sur une petite pièce voûtée, à peine trois mètres sur quatre.
La lampe de James révéla des niches murales vides, quelques fragments d'os oubliés, et une table de pierre au centre. Sur cette table reposait une boîte métallique, fermée par un cadenas rouillé.
Martha s'approcha, le cœur battant. Le cadenas portait l'empreinte d'un faucon en vol.
— Le même symbole que l'épingle près de Gerald, murmura-t-elle.
Elle sortit de sa poche le petit outil que Patrick, le vieux serrurier du village, lui avait donné des années plus tôt — un geste apparemment anodin à l'époque, désormais chargé de sens. Il n'avait jamais expliqué pourquoi il le lui avait remis. Peut-être savait-il, comme tant d'autres, que Martha était liée à cette histoire depuis le début.
Elle fit jouer la tige dans la serrure. Le cadenas céda avec un claquement sec.
James se tint derrière elle, sa lampe éclairant le contenu de la boîte. À l'intérieur, sous une bâche de cuir rongée par le temps, reposaient des liasses de papier, des enveloppes jaunies, et un cahier relié de cuir noir, fermé par un ruban de soie.
Martha s'empara du cahier. En ouvrant la couverture, elle découvrit une écriture serrée, précise, presque maniaque. Un nom en tête de la première page :
*Edward Hayward — Confession complète, rédigée l'an de grâce 1972.*
Elle parcourut les premières lignes, sa respiration de plus en plus courte. La confession d'Edward Hayward, le patriarche, celui dont personne n'avait jamais entendu parler, celui qui avait été effacé de l'histoire officielle de la famille.
— Il avoue tout, dit-elle d'une voix étranglée. L'incendie de 1968 qui a tué Arthur Ellison. Le vol des documents fonciers. La manipulation des registres de naissance. Et... attends.
Elle tourna la page, ses yeux dévorant la prose.
— Il écrit qu'Arthur Ellison avait découvert ce qu'ils préparaient. Le détournement des terres communales en échange du silence des autorités. Mais Edward l'a fait taire. Il a fait en sorte qu'Arthur soit retrouvé dans l'incendie de sa propre maison, et il a placé un document dans le testament d'Arthur — un document falsifié qui liait la dette Ellison à la famille Hayward, permettant de saisir tous les biens.
— Martha, dit James doucement. Il y a plus que ça.
Elle baissa le cahier et le regarda désigner une autre liasse, dans le fond de la boîte. Une chemise cartonnée, sans étiquette, contenant plusieurs photographies et une lettre manuscrite.
Elle la sortit. La lettre portait l'en-tête d'un cabinet juridique londonien, datée du 15 mars 1968. Elle était adressée à *Monsieur Edward Hayward*.
*Nous confirmons avoir procédé au transfert complet des actifs de la société Hargrove & Lane vers le portefeuille de votre famille, conformément à vos instructions. La société fictive conservera le nom pour garantir l'opacité. Ceci inclut les contrats d'édition existants, y compris ceux signés par vos soins sous le nom d'emprunt que nous avons établi à cette fin.*
Martha relut le passage trois fois.
— *Sous le nom d'emprunt*, répéta-t-elle.
Elle retourna la lettre. Au dos, une annotation manuscrite d'Edward : *A. Ellison — le rédacteur fantôme. Veiller à ce qu'il ne découvre jamais la véritable nature de la maison.*
— Arthur Ellison travaillait pour Hargrove & Lane, dit-elle, sa voix brisée. Mon grand-père a fondé cette maison. C'était peut-être lui, le rédacteur. La maison qui a publié ses livres, qui m'a recrutée... a toujours appartenu aux Hayward. Et ils ont créé un nom d'emprunt pour Arthur ? Pourquoi ?
Elle parcourut les pages suivantes, cherchant désespérément une réponse. Soudain, ses doigts s'arrêtèrent sur une note de bas de page d'Edward, écrite au crayon, si discrète qu'elle aurait pu passer inaperçue :
*Arthur Ellison n'était pas un Ellison de naissance. C'était le fils naturel de Miriam Hayward, ma sœur aînée. Notre père l'a reconnu dans un codicille secret, mais nous avons tout fait pour que personne ne le sache jamais. Il portait notre sang, mais il avait choisi le nom de sa mère adoptive. Et il avait découvert nos activités. Il fallait le faire taire, et le discréditer avant de le détruire.*
Martha laissa retomber le cahier sur ses genoux. Son grand-père Arthur, publié sous un nom d'emprunt, était un Hayward illégitime. Le conflit n'était pas seulement économique — c'était une guerre de famille. Et elle, Martha Pemberton, née Martha Ellison, portait depuis toujours ce que les Hayward considéraient comme une branche honteuse.
— James, dit-elle lentement. Lady Hayward n'a pas seulement orchestré ma carrière. Elle a orchestré ma vie.
James s'accroupit à côté d'elle, sa main sur son épaule.
— Qu'est-ce que ça change pour demain matin ?
Martha regarda dans le vide un long moment.
— Ça change tout. Je ne suis pas une simple pièce du jeu. Je suis le jeu.
Elle se leva, serrant le cahier contre sa poitrine.
— Nous devons partir avant l'aube. Lady Hayward recevra ma lettre à dix heures. Mais si elle apprend que nous avons déterré cette boîte avant le rendez-vous...
Un craquement retentit au-dessus d'eux. James coupa aussitôt sa lampe. Ils restèrent figés dans l'obscurité totale, écoutant.
Des pas. Lents, délibérés. Quelqu'un traversait la nef au-dessus de leurs têtes.
Puis une voix étouffée mais reconnaissable, celle de la femme de ménage de l'église, Mrs Dalrymple :
— La porte avait été forcée. Je vous l'avais dit, monsieur le vicaire. Quelqu'un est entré pendant la nuit.
Le vicaire répondit quelque chose, trop bas pour qu'ils puissent entendre. Mais les pas se rapprochaient. En direction du chœur. En direction de la dalle ouverte.
Martha chercha une issue. Il n'y en avait qu'une — l'escalier qu'elle venait d'emprunter. Et au-dessus, deux personnes qui n'allaient pas tarder à découvrir la cavité béante à leurs pieds.
— Garde le cahier, murmura-t-elle à James. S'ils me trouvent, ils peuvent me prendre, mais jamais ça.
Elle sortit de sa poche sa lettre de chantage non envoyée, la déplia et la glissa sous la dalle de pierre qui fermait l'entrée, du côté le plus sombre — là où personne ne regarderait.
— S'ils viennent, je tiendrai ma lettre. S'ils meurent de curiosité, qu'ils creusent.
Elle attendit les pas dans l'escalier, le cœur cognant si fort qu'il menaçait de faire trembler les murs de pierre.
Mais les pas s'arrêtèrent. Le vicaire dit quelque chose, puis Mrs Dalrymple répondit :
— Non, vous avez raison. Le bruit venait peut-être du toit. Ces corbeaux, ils font un boucan infernal.
Les pas s'éloignèrent. La porte de l'église claqua.
Martha expira longuement.
— Ils reviendront demain matin, dit James. Avec le jour, ils verront la dalle déplacée.
— Alors ils ne la verront pas déplacée.
Martha remonta les marches, poussa la dalle pour la remettre en place, et fit jouer une petite clé qu'elle avait gardée en pendentif autour de son cou. La dalle se verrouilla de l'extérieur par un mécanisme invisible.
— Personne ne l'ouvrira sans cette clé, dit-elle. Et je compte bien la garder pendant que je leur brûlerai la politesse au presbytère.
Elle enfila son manteau, prit la boîte des mains de James, et sortit dans la nuit étoilée.
Demain, le village apprendrait qui étaient réellement les Hayward. Et Martha avait encore une question à régler.
Où était la confession de Vivienne Hayward ?
Car le cahier d'Edward datait de 1972. Mais les crimes ne s'étaient pas arrêtés en 1972.
Pas si Gerald était mort cette semaine.
Le récit n'était pas terminé.
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