Le Faussaire de Whitechapel
Lire le chapitre 37: The Truth about Mary
Le cimetière de Highgate sentait la terre mouillée et le moisi. Edward Graves se tenait devant une tombe fraîche, les mains enfoncées dans les poches de son manteau élimé. La pierre portait un nom qu'il connaissait sous trois identités : Mary Jane Kelly, la dernière victime officielle de Jack l'Éventreur. La femme qui lui avait pardonné. Morte depuis une semaine.
« Elle est arrivée ici sous le nom d'Anna Whitfield », dit le fossoyeur, un vieil homme aux doigts jaunis par le tabac. « Un type s'est présenté à sa porte à Glasgow. Il a dit qu'il voulait écrire un livre sur le Whitechapel. Elle l'a laissé entrer. »
Edward ferma les yeux. Un imitateur. Encore un. Depuis sa sortie de Holloway, on comptait trois meurtres supplémentaires attribués à des copies du style de l'Éventreur. Des hommes qui avaient lu les journaux, qui avaient vu les lettres — *ses* lettres — et qui avaient décidé que la mort était un art.
« Comment l'a-t-il... ? »
« Corde. Propre. Rapide. Il a laissé un mot. » Le fossoyeur sortit un papier plié de sa poche, le tendit à Edward. « On l'a trouvé épinglé à son corsage. La police de Glasgow n'a pas voulu que ça fuite. »
Edward déplia le papier. L'écriture était maladroite, appliquée, comme celle d'un écolier copiant un modèle. *« Les lettres étaient la carte. J'ai suivi la route. »*
Ses propres mots. Déformés, recopiés, devenus meurtre.
Il chiffonna le papier, le serra si fort que ses ongles s'enfoncèrent dans sa paume. Sarah avait raison. Il était un menteur, et ses mensonges avaient pris chair. D'abord Edgar Graves, qui avait transformé ses inventions en scènes de crime réelles. Maintenant des inconnus, des disciples anonymes qui voyaient dans sa prose un évangile de sang.
« Vous le connaissiez, n'est-ce pas ? demanda le fossoyeur.
— Je l'ai trahie, murmura Edward. Avant qu'elle meure, je l'ai trahie devant un tribunal.
— Les morts ne gardent pas rancune. C'est les vivants qu'il faut craindre. »
Edward s'accroupit, posa la main sur la terre fraîche. Il avait voulu écrire la vérité. Il avait voulu déterrer le nom de Connor, suivre la piste que Sam lui avait donnée, découvrir ce qui liait Edgar Graves à son père et à la police. À quoi bon ? Chaque vérité qu'il exhumait ne faisait qu'engendrer une nouvelle fiction. Chaque révélation devenait un autre chapitre pour un public avide de frissons.
Le légende de l'Éventreur était immortelle. Elle se nourrissait de lui, de ses lettres, de son imagination malade. Tant qu'il respirerait, tant qu'il écrirait, il continuerait à l'alimenter.
Il se releva. Ses genoux craquèrent. Il n'avait pas mangé depuis deux jours, n'avait pas dormi depuis qu'il avait appris la nouvelle par un crieur de journaux : *« Seconde Éventreur frappe à Glasgow ! »*
« Vous voulez que je vous laisse seul ? demanda le fossoyeur.
— Non. » Edward sortit sa montre de gousset — son dernier objet de valeur, un cadeau de son père. Il la tendit au vieil homme. « Je voudrais vous acheter une pelle. »
Le fossoyeur cligna des yeux. « Une pelle ?
— Et des gants. Je commence demain. »
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La lettre prit trois jours à écrire. Edward la recommença onze fois, assis dans une chambre louée au-dessus d'une écurie, écrivant à la lumière d'une chandelle volée. Il ne voulait pas de pathos. Il ne voulait pas de justification. Il voulait dire adieu.
Finalement, il se résolut à une version brève. Il la recopia sur un papier épais, plié, cacheta de cire rouge.
*Chère Sarah,*
*Je suis parti. Pas vers Liverpool, pas vers Connor, pas vers la vérité que vous m'avez indiquée. Mary Kelly est morte parce qu'elle m'a pardonné. Parce qu'elle a cru que je pouvais être meilleur que ce que j'avais écrit. J'ai enterré une femme et j'ai compris que je portais la malédiction.*
*Je serai fossoyeur dans un village du Kent. Je refuserai d'approcher d'une plume. Je ne lirai plus les journaux. Je ne parlerai plus à personne de ce que j'ai fait.*
*Vous aviez raison, à la barre. Je suis un menteur. Mais il y a une vérité que je n'ai pas pu dire devant le tribunal parce que je ne la comprenais pas encore : je n'ai pas fabriqué une fiction. J'ai fabriqué une religion. Et comme tous les religions, elle survivra à son prophète.*
*Ne me cherchez pas. Brûlez mes lettres. Oubliez que je vous ai écrit.*
*Je vous dois plus que je ne pourrai jamais rembourser. Vous m'avez regardé comme si j'étais un homme, même quand je ne l'étais plus.*
*Adieu.*
*Edward*
Il relut la lettre, hésita, puis griffonna une post-scriptum au bas, d'une écriture rapide, presque honteuse :
*Je laisse mon journal à l'aubergiste de la Croix Bleue, à Londres, sous votre nom. Faites-en ce que vous voudrez. Peut-être que la vérité pourra servir là où je n'ai servi à rien.*
Il cacheta, posa la lettre sur la cheminée. Puis il prit son sac — minuscule, contenant une chemise de rechange et une Bible qu'il ne lirait pas — et sortit dans l'aube grise de Londres.
Le Kent. La terre. Le silence.
Il marcha vers la gare, et pour la première fois depuis des années, il ne pensa à rien. C'était peut-être ça, la paix. Une absence de pensée. Un trou dans le monde où la fiction ne pouvait plus l'atteindre.
Mais au moment où il montait dans le train, il vit son propre reflet dans la vitre — les yeux creusés, la barbe naissante — et il sut que le trou ne serait jamais assez profond.
Derrière lui, Londres s'éveillait, déjà peuplée de nouveaux assassins qui lisaient ses mots dans des brochures pirates. Leur dieu était mort à Highgate. Mais son évangile courait toujours.
Il s'assit. Le train siffla. Le paysage défila, vert et indifférent.
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