Le Gardien des Murailles
Lire le chapitre 27: The Uncle's Threat
La lumière du matin filtrait à travers les hautes fenêtres de la bibliothèque, poussiéreuse et dorée, quand Iain MacKinnon fit son entrée sans frapper. Eilidh leva les yeux du registre qu'elle consultait, surprise par la désinvolture de l'homme qui se tenait sur le seuil, costume anthracite impeccable, sourire aussi lisse qu'une lame affûtée.
« Mademoiselle Grant. » Il s'avança, la main tendue. « Je suis désolé de vous déranger si tôt. J'espérais vous trouver seule. »
Elle ne prit pas sa main. « Monsieur MacKinnon. Les avocats de Hamish devraient être informés de toute conversation que nous pourrions avoir. »
Iain rit, un son doux et contrôlé. « Bien sûr. La jeune femme prudente. C'est ce qui fait votre charme, j'imagine. » Il s'assit sans y être invité sur le fauteuil en face d'elle, croisant les jambes avec une aisance théâtrale. « Mais ce que j'ai à vous proposer n'a rien à voir avec la procédure légale. Il s'agit de votre carrière. »
Eilidh referma son registre lentement. « Je vous écoute. »
« Vous êtes une restauratrice de talent. Une étoile montante, m'a-t-on dit. Glasgow, Édimbourg, peut-être même Londres vous attendent. » Il sortit une enveloppe de sa poche intérieure et la posa sur la table, entre eux. « Ceci pourrait vous ouvrir toutes les portes. Une fondation que je soutiens finance des projets de restauration à travers l'Europe. Leurs comités choisiraient vos dossiers, vos équipes, vos méthodes. Vous n'auriez plus jamais à vous soucier d'un budget ou d'un client capricieux. »
Eilidh regarda l'enveloppe, puis Iain. « Et qu'est-ce que je ferais en échange ? »
« Disons que certains documents découverts récemment… ces prétendues lettres, ce registre… ils sont contestables. Des experts pourraient les authentifier comme des faux. Vous comprenez le pouvoir d'une voix autorisée ? Une restauratrice respectée qui examinerait ces pièces et les jugerait incohérentes avec l'époque, incohérentes avec la pratique documentaire du dix-neuvième siècle… » Il haussa les épaules. « Cela pourrait tout changer. »
« Vous me demandez de mentir. »
« Je vous demande de considérer votre avenir, mademoiselle Grant. » Sa voix perdit un degré de chaleur. « Ce château appartient à la famille MacKinnon depuis des générations. Que vous ayez trouvé quelques paperasses dans un mur ne change rien à la réalité. Mon neveu est instable, émotionnellement incapable de gérer ce patrimoine. Je le fais pour le château. Pas pour moi. »
Eilidh se leva, la chaise grinçant contre le plancher. « J'ai vu les yeux de Finella sur son portrait. J'ai lu ses lettres. Je sais ce que son frère lui a fait, et je sais ce que votre famille a tenté d'enterrer. » Elle poussa l'enveloppe vers lui. « Je n'ai pas besoin de votre argent. Et je n'ai pas besoin de votre fondation. »
Iain se leva lentement, la regardant de haut avec une expression qui avait perdu toute amabilité. « Vous êtes naïve. Vous croyez que la vérité vous protège ? La vérité a fait enfermer votre ancêtre spirituelle dans un asile. Elle n'a protégé personne. »
« Elle a protégé Hamish. »
Un silence s'étira entre eux, chargé d'une tension presque palpable. Iain secoua la tête, un sourire amer aux lèvres.
« Hamish. » Il prononça le nom comme une obscénité. « Savez-vous pourquoi je suis revenu maintenant, après toutes ces années ? Ce n'est pas à cause de vos documents. C'est à cause de lui. Il aurait pu vendre, il aurait pu disparaître, il aurait pu laisser ce château tomber en ruine comme son père l'a fait. Mais il l'a ouvert à vous. Il vous a laissée le restaurer. Et je ne peux pas laisser un MacKinnon s'effacer au profit d'une étrangère. »
« Ce château n'appartient pas qu'aux MacKinnon. »
Iain la dévisagea un long moment. Puis il rit doucement, un son qui n'avait rien de joyeux. « Bien. Vous avez fait vos recherches. Mais dites-moi, mademoiselle Grant, avez-vous trouvé ce que vous cherchiez vraiment ? Avez-vous trouvé qui était Finella ? »
Eilidh fronça les sourcils. « Elle était la sœur aînée de votre arrière-grand-père. L'héritière légitime. »
« Elle était ma grand-mère. »
Le mot tomba dans la pièce comme une pierre dans une eau calme. Eilidh cligna des yeux, cherchant une faille dans ce qu'elle venait d'entendre.
« Votre… »
« Ma grand-mère. » Iain resserra sa cravate, une nervosité qui contredisait son calme apparent. « Sa sœur cadette, Margaret, était ma grand-mère. Mais Margaret était la préférée de Roderick, et quand ils ont effacé Finella des registres familiaux, ils ont aussi effacé son véritable statut. Le fils de Margaret a hérité, puis le fils de ce fils. Mon père. Et moi. »
Il s'approcha de la fenêtre, regardant les collines qui s'étendaient à perte de vue. « Vous croyez que je me bats pour l'argent ? Pour le prestige ? » Il se retourna. « Je me bats parce que cette terre aurait dû revenir à la lignée de Margaret si la vérité sur Finella n'avait jamais été connue. Mais maintenant que votre découverte est publique, tout le monde sait que la lignée de Finella était la première. Hamish descend de Finella par une branche illégitime, par un amour secret qu'elle a eu avant d'être enfermée. Il est le descendant de la femme qu'ils ont voulu faire disparaître. Et moi, je descends de la lignée qui l'a fait taire. »
Eilidh inspira profondément, le poids de la révélation s'abattant sur elle. « Vous êtes le visage de ce que Finella aurait détesté. Et vous voulez que je vous aide à continuer ce mensonge. »
« Je veux que vous soyez raisonnable. » Il récupéra son enveloppe, la glissant dans sa poche avec une précision chirurgicale. « Réfléchissez. Hamish est fragile. Ce château le détruit lentement. Dans dix ans, il ne restera plus rien de lui, ou plus rien du château. Moi, je peux le sauver. Je peux en faire ce qu'il doit être : un monument, une destination. Pas un musée de souvenirs que personne ne visite. »
« Un hôtel, vous voulez dire. »
« Peut-être. Ou un domaine privé. Peu importe. Mais au moins il vivra. »
La porte s'ouvrit brusquement. Hamish se tenait sur le seuil, le visage marqué par une nuit sans sommeil, les yeux virevoltants entre Iain et Eilidh.
« Qu'est-ce que tu lui veux ? » Sa voix était rauque, presque agressive.
Iain sourit avec une onctuosité parfaite. « J'offrais à mademoiselle Grant un avenir plus radieux. Elle a refusé. Une femme de principes. » Il s'inclina légèrement vers Eilidh. « J'espère que vous ne regretterez pas votre choix, mademoiselle Grant. La vérité est une épée à double tranchant. Elle coupe aussi ceux qui la tiennent. »
Il sortit, refermant la porte derrière lui avec un claquement net.
Hamish resta immobile, les poings serrés le long du corps. Eilidh fit un pas vers lui.
« Il m'a offert de l'argent pour discréditer les documents. Je l'ai refusé. »
« Bien sûr que tu l'as refusé. » La voix de Hamish était amère. « Parce que tu as toujours eu un plan, n'est-ce pas ? Depuis le début. »
Eilidh recula, comme frappée. « Comment ? »
« Tu es arrivée ici avec tes dossiers, tes expertises, ton assurance stupide. Tu as parlé de restauration, de préservation, de mémoire. Et qu'est-ce que tu as fait ? Tu as déterré un squelette qui aurait dû rester enterré. Tu as exposé ma famille au monde entier. Tu as fait venir cet homme. » Il passa une main fiévreuse dans ses cheveux en désordre. « Et maintenant, le château que tu prétendais sauver est menacé de toutes parts. Par moi, par lui, par la loi. Sais-tu ce qu'il m'a dit, Iain ? Que si je ne vendais pas, il rendrait public les détails de la mort de mon père. Que la presse s'en emparerait et que ma vie deviendrait un cirque. »
« Hamish, je n'ai jamais voulu… »
« Voulu quoi ? » Il rit, un son brisé, sans joie. « Faire un nom pour toi-même ? Une restauration qui ferait les couvertures des magazines d'architecture ? Un projet impossible couronné de succès parce que tu as réussi à convaincre un fou solitaire de te laisser fouiller dans son passé ? Tu t'en fiches, du château. Tu t'en fiches, de Finella. Tu t'en fiches, de moi. »
Chaque mot la frappait avec la violence d'un coup physique. Eilidh sentit sa gorge se serrer, mais elle ne baissa pas les yeux.
« Tu as tort. »
« Est-ce que j'ai tort ? » Il s'approcha d'elle, ses yeux gris tempête presque noirs de colère. « Alors dis-moi pourquoi tu es restée, après tout ce que tu as découvert. Dis-moi pourquoi tu n'es pas partie quand tu aurais pu, avec tes preuves, tes documents, ton triomphe. Qu'est-ce qui te retient ici ? »
Elle soutint son regard, même si sa lèvre tremblait. « Le portrait de Finella. La lettre. La bague. Et toi. »
Hamish resta figé un long moment, les épaules affaissées sous un poids invisible. Puis il détourna les yeux, passa une main sur son visage, et quitta la pièce sans un mot de plus. La porte resta ouverte derrière lui, oscillant légèrement dans le courant d'air froid qui traversait le couloir.
Eilidh demeura seule dans la bibliothèque, entourée de livres qu'elle ne voyait plus. Elle prit une inspiration profonde, puis une autre, forçant ses mains à cesser de trembler. Elle se pencha sous le bureau, sortit le coffre solide qu'elle y avait dissimulé la veille, et l'ouvrit.
La bague de Finella brillait dans un écrin de velours. Eilidh la prit, la fit tourner entre ses doigts, sentant le métal tiède contre sa peau.
« Je reste », murmura-t-elle à la pièce vide. « Je reste. »
Elle replaça la bague, verrouilla le coffre, et le glissa dans l'espace creux derrière les étagères de la bibliothèque, celui qu'elle avait repéré dès sa première visite. Un endroit que seul son œil de restauratrice avait remarqué : la patine de la poussière, la trace d'un tiroir secret jamais fermé. Elle poussa le panneau, écoutant le déclic doux du bois contre la pierre.
Puis elle s'assit au bureau, déplia une feuille de papier vierge, et commença à écrire.
Elle savait maintenant ce qu'elle devait faire. Pas pour elle-même. Pour Finella. Pour Hamish. Pour le château qui portait leurs deux noms depuis trop longtemps.
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