Le Léviathan Doré
Lire le chapitre 40: The Final Chart
La lampe à huile vacillait contre la cloison de chêne, projetant des ombres dansantes sur les cartes épinglées au mur. Dehors, la mer était calme, une respiration lente sous un ciel constellé. Le *Rose de Malabar* roulait doucement sur la houle, ses voiles serrées pour la nuit.
Hooke s'accroupit devant le coffre de cèdre, celui qu'il n'avait pas ouvert depuis trois ans. La serrure céda avec un grincement sec. Il souleva le couvercle et un parfum de goudron et de sel monta, mêlé à une odeur de papier vieilli.
Il fouilla parmi les rouleaux de cordage de rechange, les livres de comptes usés par les doigts, les chemises de laine pliées avec soin. Au fond, sous une planche amovible, ses doigts rencontrèrent rouleau de toile cirée, lisse et froid.
Il le sortit.
La toile se déroula avec un murmure, révélant le dessin à l'encre sépia, les contours patinés par deux décennies d'humidité et de manipulation. Le *Neptune*, marchand de la Compagnie des Indes, sa route tracée en pointillés depuis le Cap jusqu'au point précis où la main du capitaine avait apposé une croix grasse. L'île. Le trésor.
Ses yeux parcoururent les annotations marginales, écrites de la main du vieux capitaine Mortimer, mort de scorbut avant même de voir la terre. « Courants de l'Ouest, cap au sud-ouest, quatre jours après la dernière vigie d'oiseaux. » « Récifs à cinq encablures de la côte nord. » « Baie abritée, fond de sable, vingt brasses. »
Hooke sentit son pouce caresser le papier, une caresse presque involontaire. Les larmes d'or, les lingots empilés dans la cale rouillée du *Neptune*, les lingots qui avaient coûté la vie à tant d'hommes. Thomas, le timonier, avec son sourire édenté et sa boussole préférée. Le jeune Davis, qui chantait faux mais qui savait toujours quand une tempête se levait. James, le harponneur, avec ses cicatrices et sa patience d'ogre.
Il les avait vus mourir. Pour quoi ? Pour cette croix sur une carte jaunie.
Le poids du papier entre ses doigts était léger, mais il lui sembla porter une ancre.
Il se releva lentement, les genoux craquants. La cheminée était encore chaude, des braises rougeoyaient sous la cendre grise. Le feu que le matelot de quart avait allumé pour chasser l'humidité du crépuscule.
Hooke tint la carte devant lui. L'encre sépia brillait dans la lumière ambrée. Les lignes de sondage, les noms de caps imaginaires que Mortimer avait inventés faute de mieux — Cap Désespoir, Anse aux Coquillages, Rocher du Diable.
Il sourit. Un sourire sans joie, mais sans tristesse non plus. Un sourire d'homme qui se débarrasse d'une vieille chaussure qui lui a blessé le pied pendant des années.
« Tu as assez navigué », murmura-t-il.
Il ouvrit la grille de la cheminée et laissa tomber la carte dans les braises.
Le papier se plissa d'abord, refusant le feu une seconde, puis une flamme jaune lécha le bord, s'accrochant aux promontoires dessinés, aux pointillés d'une route qui n'avait jamais été suivie. La croix du trésor s'enflamma la dernière, un petit soleil noir qui se tordit et devint cendres.
Hooke regarda le papier se consumer, les contours s'effondrer en volutes fines qui montèrent dans le conduit. L'île disparut. Le trésor disparut. La mort disparut.
Une odeur de fumée et de papier brûlé remplit la cabine. Il referma la grille et retomba dans le silence, seulement bercé par le bois qui gémissait et le ressac contre la coque.
Sur le bureau, la boussole de Thomas — la seule chose qu'il avait gardée du *Leviathen*, celle qui l'avait guidé vers la terre et loin de la folie — brillait sous la lampe, son aiguille ferme vers le nord.
Il attrapa son caban suspendu à une patère, l'enfila, et sortit sur le pont.
La nuit était profonde. Les étoiles, innombrables, se reflétaient dans une mer noire comme de l'encre. Le timonier, un homme jeune nommé Yann, tenait la barre, le visage à moitié éclairé par la lanterne du compas.
« Cap au sud-ouest, monsieur ? demanda Yann.
— Oui. Cap au sud-ouest, vers Bordeaux. Nous avons une cargaison de vin à livrer, et puis — » Hooke marqua une pause, respirant l'air salé avec une plénitude nouvelle. « Et puis je crois que je vais prendre un mois de congé à terre. Peut-être plus.
— Un congé, monsieur ? fit Yann, étonné. Vous n'avez jamais pris de congé.
— Il est temps. La mer ne va pas me manquer. Elle sera toujours là quand je reviendrai.
Le vent gonfla la grand-voile, le navire prit un peu de gîte, et Hooke resta au bastingage, les mains croisées sur le bois lisse, regardant l'horizon d'encre se fondre dans le ciel.
Les cendres flottaient encore dans la cheminée, mais il ne le savait plus. Il ne regardait plus derrière lui.
Le *Rose de Malabar* glissa sur la houle, silencieuse, et l'homme qui commandait à sa barre n'avait plus de secret à garder.
Il pensa à Pemberton, à sa lettre qui l'attendait à Bordeaux, lui demandant peut-être encore une fois un service, un voyage, un mot de passe pour une île. Il la lirait, puis il la tordrait en boule et la jetterait aussi. Il n'était plus le premier officier du *Leviathen*. Il n'était plus l'homme qui avait vu l'or. Il était capitaine d'un navire de commerce, avec des dettes payées et des livres de bord propres.
Yann leva les yeux vers lui.
« Vous voulez prendre la barre, capitaine ?
Hooke sourit. « Prends la, garçon. Apprends. Un jour ce sera toi qui commanderas, peut-être.
Il resta au bastingage jusqu'à ce que l'aube teinte l'est d'une bande pâle, jusqu'à ce que les premières mouettes annoncent la terre prochaine. Le vent fraîchit, les voiles claquèrent, et le navire prit sa route, léger, délesté d'un poids que personne d'autre ne savait qu'il avait porté.
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