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Le Nœud Coulant Doré

Lire le chapitre 6: A Deal With the Devil

La nuit était tombée sur Goldvein comme un couvercle de cercueil. Eli Stone avait remonté la rue principale sans se presser, le journal de Samuel pesant contre sa poitrine comme un deuxième cœur. Les lampes à huile des saloons projetaient des flaques de lumière jaune sur les planches du trottoir, et quelque part une femme riait d'un rire fêlé.

Il trouva Abigail Teller derrière le comptoir de la banque, occupée à ranger des liasses de billets dans un coffre de fer. La banque fermait ses portes dans dix minutes, et les deux derniers clients venaient de sortir en tirant leurs moustaches grises derrière eux.

Eli entra sans frapper. La cloche de la porte tinta, et Abigail leva les yeux. Elle ne sursauta pas. Elle avait l'air d'avoir passé sa vie à s'attendre à ce que quelqu'un comme lui franchisse sa porte.

« Vous avez un culot, monsieur Stone. »

« Et vous avez des réponses. » Il s'approcha du comptoir, posa les deux mains sur le bois poli. « Vous savez où est le corps de John. Vous savez aussi que Cross l'a volé. Je veux savoir ce que vous voulez en échange. »

Abigail le dévisagea longtemps. Elle était plus jeune qu'il ne l'avait cru la veille au soir, dans la pénombre du coffre à la lanterne sourde. Trente-cinq ans, peut-être. Des yeux gris-vert qui avaient vu des choses qu'elles n'auraient pas dû voir. Elle retira ses lunettes et les posa soigneusement sur le registre ouvert.

« Vous voulez parler affaires ? » Elle désigna la chaise de l'autre côté du comptoir. « Alors asseyez-vous, monsieur Stone. Nous allons marchander. »

Eli s'assit. La chaise grinça sous son poids.

Abigail sortit une clé de sa poche, ouvrit un tiroir verrouillé sous le comptoir, et en tira un registre à la couverture de cuir noir. Elle le poussa vers lui. Eli l'ouvrit. Les colonnes étaient remplies d'une écriture fine et régulière, des noms, des dates, des numéros de concessions, des montants.

« C'est le registre officiel des revendications de la banque », dit-elle. « Celui que Cross montre au juge quand il en a besoin. Tout est propre. Tout est signé. Tout est légal. »

Elle se pencha, attrapa un second registre plus mince, à la couverture de toile grise. Celui-là semblait avoir été manipulé souvent. Les coins étaient cornés, la tranche des pages avait cette patine grasse des documents qu'on feuillette dans des pièces enfumées.

« Celui-ci, c'est le vrai », dit-elle. « Cross tient ses comptes secrets ici parce qu'il ne fait pas confiance aux coffres de sa maison. Il y a dix-sept concessions acquises par intimidation ou par meurtre. Toutes signées de sa main. Toutes non enregistrées auprès du comté. » Elle tapota le registre d'un index osseux. « Si quelqu'un de l'Assay Office ou du tribunal mettait la main dessus, Cross serait pendu avant la fin de la semaine. »

Le cœur d'Eli battit plus vite. Il tendit la main, mais Abigail referma le registre et le tira en arrière.

« Pas si vite. Vous n'avez pas entendu mon prix. »

Il retira sa main. « Je vous écoute. »

Abigail croisa les bras. Elle regarda par la fenêtre, comme si elle s'assurait que personne ne rôdait dehors. La rue était vide. Le vent faisait grincer une enseigne suspendue.

« Mon frère s'appelle Thomas Teller. Il était comptable à Sacramento. Il a fait des erreurs. Des erreurs coûteuses au mauvais endroit. » Sa voix se resserra, comme une corde qu'on tend. « Cross a découvert ses dettes, il y a six ans, quand Thomas a emprunté de l'argent pour payer les funérailles de notre mère. Cross a acheté ses créances et il exige maintenant des intérêts que Thomas ne pourra jamais rembourser. Pour l'instant, Thomas travaille pour lui, dans la scierie de l'autre côté de la colline. Mais Cross a une page, dans un registre qu'il garde sous clé dans son bureau, chez lui, à Cross Manor. Une page qui prouve que Thomas a falsifié les livres de la scierie sur ordre de Cross. Si Cross tombe, il la brûlera ou la remettra au shérif. Et Thomas sera pendu à sa place. »

Eli comprit avant qu'elle ne le dise.

« Vous voulez que je brûle cette page. »

« Je veux que vous la preniez et que vous me la rendiez. Si je la détruis moi-même, Cross saura que je l'ai trahi. S'il découvre qu'elle est perdue et que vous étiez chez lui la même nuit... » Elle laissa la phrase en suspens. « Vous avez déjà prouvé que vous étiez un cambrioleur efficace. »

Eli resta silencieux un long moment. Il revoyait la cave de Cross, les bouteilles de vin, et sous ces bouteilles, le corps de John. Une seule expédition. Deux objectifs. Le registre des concessions illégales pour exposer Cross devant la loi, et la page pour libérer le frère d'Abigail. Tiers des preuves. Le cadavre dans la cave, lui, resterait introuvable si la chose tournait mal.

« Cross vit dans une maison fortifiée, avec des hommes armés », dit-il. « Vous devez savoir plus que vous ne m'avez dit. Où garde-t-il ses papiers ? »

Abigail sourit d'un sourire maigre. « Dans son bureau, au premier étage, derrière un portrait de sa première femme. Mais il a un coffre-fort mural, dissimulé derrière une armoire. Il en porte la clé autour du cou, dans une chaîne qu'il ne quitte jamais. »

Eli se souvint de la chaîne dorée qu'il avait vue disparaître dans le col de la chemise de Calvin Cross, quand celui-ci avait cogné le mineur devant le saloon.

« Vous connaissez sa maison », dit-il.

« J'y ai été invitée une fois, pour son banquet de la Saint-Sylvestre, il y a trois ans. J'ai eu le temps d'apprendre les lieux. »

Eli hocha la tête. Le plan prenait forme, mais une question restait.

« Et vous, espèce de sorcière », dit-il, « si vous savez tout cela depuis des années, pourquoi n'avez-vous jamais rien fait ? »

Le visage d'Abigail se figea. Elle replaça ses lunettes avec soin. « Parce que je n'avais personne d'assez téméraire ou d'assez désespéré pour le faire à ma place. Jusqu'à ce que vous sortiez de votre ravin, avec votre pelle et vos chansons de fantôme. »

Il n'y avait aucune méchanceté dans ces mots. Simplement une honnêteté crue.

« Je veux que vous sachiez une chose », dit Eli en se levant. « Si nous réussissons, Cross sera jugé pour le meurtre de mes associés. S'il faut que votre frère vive, je ferai ce que vous demandez. Mais si vous me tendez un piège, si vous l'avez déjà averti... »

Abigail se leva à son tour et le coupa d'une voix basse et dure. « Cross a fait tuer mon père il y a neuf ans. Un assassinat maquillé en accident de cheval. Je déteste cet homme depuis assez longtemps pour mourir en essayant de le détruire. » Elle le fixa, des regards enflammés derrière ses lunettes. « Je ne vous trahirai pas, monsieur Stone. J'ai trop à perdre, et j'ai trop à gagner. Vous pouvez vous fier à une haine comme la mienne. »

Elle sortit une clé de sa poche et la fit glisser sur le comptoir. Eli la saisit. C'était une clé lourde, en fer forgé, à la tête ouvragée en forme de fleur.

« La porte de service de Cross Manor », dit-elle. « Elle mène à l'office. Le bureau est à l'étage. Mais vous le saviez déjà, n'est-ce pas ? »

Il rangea la clé dans sa poche. « Vous serez là cette nuit ? »

« Je serai ici. » Elle consulta la pendule murale. « Minuit. Mais ne me faites pas attendre. Je ferme la banque à huit heures et je n'ai pas de garde du corps. »

Eli se dirigea vers la porte, puis se retourna une dernière fois.

« Une dernière chose. Vous m'avez dit, hier soir, qu'une tombe m'attendait là où j'ai enterré mon associé. C'était vous qui l'aviez creusée ? »

Abigail ne fit pas mine de se troubler. « J'ai creusé la tombe de beaucoup d'hommes, monsieur Stone. La vôtre ne sera pas la première. Mais ce n'est pas moi qui l'ai remplie. » Elle reprit son registre et baissa les yeux. « Sortez par-derrière. La rue principale a des oreilles, et certaines appartiennent à Cross. »

Eli poussa la porte du fond et s'enfonça dans l'allée sombre derrière la banque. La nuit s'était alourdie, un ciel sans lune chargé de nuages annonciateurs d'orage. Il sentit la clé contre sa cuisse, et le journal de Samuel contre sa poitrine. Deux fils menaient à Cross Manor. Et quelque part là-bas, sous les bouteilles de vin, John l'attendait depuis dix-sept ans.

Il s'arrêta au coin de la rue et leva les yeux vers la colline où se dressait la silhouette noire de Cross Manor, une masse anguleuse contre les nuages bas. L'orage arriverait avant minuit. Le tonnerre couvrirait le bruit d'une porte qu'on force.

En traversant la cour derrière l'écurie, il trébucha sur quelque chose de mou et de lourd. Il se baissa, tâtonna. Ses doigts rencontrèrent un tissu rugueux, puis une forme rigide.

Un sac de jute. À l'intérieur, quelque chose de long et d'os.

Il défit le nœud et la lueur d'une lampe lointaine lui révéla le contenu.

Un bras humain, sectionné au coude, vêtu de la manche d'une chemise de laine bleue. Dans la poche de cette manche, un objet dur et froid : la montre à gousset en or de John, gravée du monogramme de Calvin Cross.

Eli recula d'un pas, le goût de la bile dans la gorge. Une inscription, gravée dans le métal du fermoir, qu'il n'avait pas vue dans le coffre-fort de la banque : *Pour souvenir de Goldvein, 1849.*

Et en dessous, une main anonyme avait griffonné au couteau : *Le reste est dans la cave.*

Au-dessus de lui, dans la maison sur la colline, une lumière s'éteignit.