Le Pacte des Highlands
Lire le chapitre 18: The Truth About The Brooch
La pluie battait les fenêtres de Croftmoor quand Iona poussa la porte de la chambre de son père. Alistair MacTavish était assis près du feu, un verre de whisky à la main, le regard perdu dans les flammes. Il ne l’avait pas entendue entrer.
« Papa. »
Il sursauta, renversant un peu de whisky sur sa manche. « Iona. Tu es revenue. »
« Pour peu de temps. Lachlan m’attend en bas. Nous avons des choses à régler. » Elle s’approcha de la commode où elle rangeait encore quelques affaires d’enfance. « Mais avant de partir, il y a quelque chose que je dois te montrer. »
Elle sortit de sa poche le broche en argent que Gregor lui avait rendue, celle qu’elle avait trouvée dans le coffre de Glen Torran. Le motif des chardons entrelacés brillait faiblement dans la lumière du feu.
Alistair la vit. Son visage, déjà pâle, devint cireux. Le verre trembla dans sa main. Il le posa avec précaution sur le guéridon, comme s’il craignait de le casser.
« Où… où as-tu trouvé ça ? »
« Dans une grotte sous Glen Torran. Avec des documents qui prouvent que Donal a orchestré notre querelle avec les Campbell. » Iona fit rouler le broche entre ses doigts. « Mais toi, tu le reconnais. Dis-moi pourquoi. »
Alistair ferma les yeux. Longtemps. Quand il les rouvrit, ils étaient humides.
« Elle appartenait à ta mère. »
Iona sentit son cœur se serrer. « Maman ? Mais je ne l’ai jamais vue porter ce bijou. »
« Elle ne le portait plus. Pas après notre mariage. » Alistair se leva avec difficulté, s’appuya sur le manteau de la cheminée. « Elle avait été fiancée avant moi. À un homme du clan Campbell. »
Le silence s’étira, épais comme la fumée. Iona secoua la tête.
« Une Campbell ? Maman était fiancée à un Campbell ? Mais la haine entre nos clans… »
« C’est précisément pour ça que la rupture a eu lieu. Nos pères ont refusé. Le mariage aurait scellé une paix qu’ils ne voulaient pas. » Alistair ne la regardait pas. Il fixait le feu. « Ta mère n’a jamais accepté cette décision. Elle croyait que l’amour pouvait guérir ce que la haine avait brisé. Elle espérait toujours que les familles se réconcilieraient un jour. »
Iona regarda le broche. Les chardons entrelacés. Deux plantes, une seule racine. « Et cet homme ? Qu’est-il devenu ? »
« Il est mort. Il y a vingt ans. Lors de la rafle. »
La main d’Iona se referma sur le bijou. « Le raid que nous avons mené contre les Campbell. »
Alistair hocha lentement la tête.
« Tu savais. » Ce n’était pas une question. Iona sentit la colère monter, brûlante. « Le raid était un piège. Tu le savais depuis le début. »
« Je le savais. » La voix d’Alistair craqua. « Donal est venu me voir trois mois avant. Il m’a dit que les Campbell préparaient une attaque contre nos terres de l’est. Il avait des preuves, disait-il. Des témoins. J’étais jeune. J’étais fier. J’ai cru que protéger notre clan justifiait tout. »
« Tu as laissé Donal monter un faux raid pour accuser les Campbell. Tu as laissé brûler leurs granges. Tu as laissé tuer des hommes. »
« Les Campbell ont répondu. Ils ont tué deux des nôtres. Ton oncle Fergus. Mon propre frère. » Alistair se tourna enfin vers elle, les yeux rouges. « Je n’ai compris que trop tard ce que j’avais déclenché. Mais il était trop tard pour reculer. Trop tard pour avouer. J’avais choisi mon camp, et mon camp m’a coûté mon frère. »
Iona resta figée, le broche serré contre sa poitrine. Elle pensait à Lachlan. À la façon dont il l’avait regardée quand elle avait parlé du raid. À la méfiance qu’elle avait sentie dans ses yeux. Et elle comprit. Il n’avait pas seulement perdu des terres. Il avait perdu des hommes. Peut-être des frères. Peut-être des amis.
« Pourquoi maman est-elle restée avec toi ? »
« Parce qu’elle ne savait pas. » Alistair détourna le regard. « Pas pendant des années. Quand elle a découvert la vérité, juste avant de tomber malade, elle a cessé de me parler. Elle a écrit une lettre… »
« Je l’ai lue. » Iona sortit la lettre de sa poche. La lettre que sa mère avait écrite, cachée dans le double-fond du bureau. « Elle te pardonnait. Elle disait que la honte rongeait ton âme. »
Alistair prit la lettre d’une main tremblante. Il la lut sans mot dire, puis la rendit à Iona.
« Elle était meilleure que moi. Meilleure que nous tous. » Il se dirigea vers le secrétaire en acajou près de la fenêtre. Il ouvrit un tiroir secret que Iona n’avait jamais remarqué, en sortit une petite clé en fer forgé. « Prends ça. »
Iona regarda la clé. « Qu’est-ce que c’est ? »
« Il y a un coffre caché sous les lattes du grenier de la vieille bergerie. Celle qui a brûlé l’année dernière. Personne n’y a touché depuis. » Il posa la clé dans sa paume. « À l’intérieur, tu trouveras une confession. Écrite de ma main. Tout ce que Donal et moi avons fait. Les noms. Les dates. Les sommes. La vérité complète sur le raid de Glen Torran. »
Iona referma les doigts sur la clé. « Pourquoi ne pas l’avoir détruite ? »
« Parce que j’avais peur. Parce qu’un jour, quelqu’un aurait besoin de savoir. » Il la regarda enfin, vraiment. « Parce que je savais que Donal finirait par nous trahir. J’ai gardé cette confession comme une épée au-dessus de sa tête. Mais je n’ai jamais eu le courage de la tirer du fourreau. »
Iona la glissa dans sa poche, contre le broche de sa mère.
« Tu vas leur dire. Aux Campbell. » La voix d’Alistair était à peine un murmure. « Tu vas leur dire que ton père est un lâche et un menteur. »
« Je vais leur dire la vérité. » Iona se dirigea vers la porte. « Et j’espère que la différence suffira. »
Elle s’arrêta sur le seuil. « L’homme que maman devait épouser. Comment s’appelait-il ? »
Alistair ne répondit pas tout de suite. Il regarda le feu, et sa voix quand elle vint était chargée de vingt ans de regrets.
« Il s’appelait Ewan. Ewan Campbell. » Il hésita. « Il était le frère aîné de Lachlan. »
Le sol sembla se dérober sous les pieds d’Iona. Elle s’agrippa au chambranle. Le frère de Lachlan. L’homme que sa mère avait aimé était le frère de l’homme à qui elle était maintenant liée. Une chaîne de douleur qui traversait les générations.
« Lachlan sait-il ? »
« Non. Je ne pense pas que quiconque sache. Ta mère et Ewan étaient discrets. Leur engagement était secret, connu seulement de leurs pères et de quelques serviteurs de confiance. » Alistair soupira. « Quand Ewan est mort au raid, Lachlan n’avait que seize ans. Il a dû reprendre le clan seul. Il a dû enterrer son frère et haïr nos familles sans savoir que sa propre sœur par alliance portait le sang de celle qui aurait pu être la sienne. »
Iona resta immobile, le poids du secret écrasant ses épaules. Elle allait dire à Lachlan que son père avait trahi les siens. Mais devait-elle aussi lui dire que sa mère avait aimé un Campbell ? Que l’amour avait traversé la haine avant même qu’elle naisse ?
Elle pensa à la façon dont Lachlan la regardait parfois — avec une méfiance qui cachait autre chose, quelque chose qu’elle n’avait pas osé nommer.
Non. Pas encore. Elle ne pouvait pas tout dévoiler en une fois.
Elle sortit dans le couloir sombre, la clé et le broche dans sa poche, le poids de la confession de son père dans sa poitrine. Lachlan l’attendait en bas.
Et bientôt, il saurait la vérité. Mais pas toute la vérité.
Pas encore. Pas avant qu’elle comprenne elle-même ce que cette révélation changeait entre eux.
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