Le Pacte des Highlands
Lire le chapitre 32: The Final Hurdle
La nuit les enveloppait, épaisse et muette, quand Iona et Lachlan atteignirent les portes du manoir. Les réverbères étaient éteints, les fenêtres aveugles. Pas un bruit, sauf le vent sifflant entre les pierres et le battement de leurs cœurs.
— Ils ont dû arriver avant nous, murmura Lachlan en scrutant la cour déserte.
— Ou bien ils nous attendent dans l'ombre, répliqua Iona en resserrant son manteau.
Par miracle, la porte de service était entrouverte, comme si quelqu'un l'avait laissée pour eux. Ou pour les y piéger. Ils se glissèrent à l'intérieur. Le manoir sentait la cendre froide et la poussière. La séquestration avait chassé les domestiques, abandonné les meubles sous des draps fantomatiques.
Lachlan connaissait chaque marche, chaque virage. Il monta vers l'étage, Iona sur ses talons. Dans la chambre de sa mère, l'air était figé. Le lit était fait avec soin, comme si elle allait revenir. Sur le chevet, le livre de prières reposait, recouvert d'une fine couche de poussière.
Lachlan tendit la main. Mais avant qu'il ne le touche, la lame d'un couteau tinta contre une boiserie, à un pouce de sa gorge.
— Reculez, dit une voix de femme, calme et dangereuse.
La silhouette grise de la personne aperçue près de l'escalier de service se détacha de l'ombre. Une femme, le visage en partie dissimulé par une capuche, les yeux brillants comme de l'acier. Elle tenait le couteau et, de l'autre main, le livre de prières.
— Vous êtes venus le chercher, déclara-t-elle. Le temps. Vous avez le temps, mais pas négociable.
Iona fit un pas en avant, le menton haut.
— Qui êtes-vous ?
La femme abaissa sa capuche. Des cheveux blanc argent — trop blancs pour son âge — encadraient un visage usé, creusé par les années de deuil. Elle avait les yeux de la couleur de la mer écossaise par gros temps, un vert gris qui semblait voir à travers les mensonges.
— Je m'appelle Morven MacAlister. Et ce manoir… tout ce territoire… m'appartient de droit.
Lachlan se figea. Les MacAlister. L'une des plus vieilles familles de la région, que l'on croyait disparue depuis une génération.
— C'est impossible. Le sol a été arpenté, enregistré, contesté devant les cours depuis des décennies. Les MacAlister ont quitté les Highlands avant ma naissance. Il ne reste personne.
Morven sortit un parchemin froissé de sa poche intérieure, le déplia avec le respect d'une relique sacrée. Elle le présenta face à eux. Le cachet était brisé mais intact. Le sceau de la couronne était clair, daté de soixante-quatre ans plus tôt. Une concession royale. En lettres ornées, le nom des MacAlister s'étalait sur la première ligne.
— Ma famille ne l'a jamais vendu. Personne n'avait le droit de le céder, de le louer ou de le disputer. Ce parchemin a survécu à la charbonnerie, à la honte, à l'exil. Et vos deux clans — MacTavish et Campbell — ont bâti leur fortune sur une terre qui n'a jamais été la leur. Vous vous êtes battus pour un bien volé.
Iona sentit le sol se dérober sous elle. Tout ce qu'elle avait défendu, toutes les vies perdues, le sang de sa mère, du père de Lachlan, toutes les larmes, toutes les batailles — pour une terre dont personne n'avait lu le titre complet, enveloppé dans une oubliette familiale.
— C'est un faux, dit Lachlan, la voix rauque. La flèche que Donal aurait tout fait pour se procurer…
— Donal ne savait même pas que ceci existait. Les MacAlister ne lui ont jamais offert la moindre pièce d'argent. Nous avons gardé ces droits cachés pendant que vos clans se déchiraient. La vengeance, la haine, l'arrogance — tout cela reposait sur une montagne de papier volée.
Morven tourna la page du livre de prières. Un silence d'une seconde. Elle en tira la moitié du contrat, pliée avec soin, la feuille fragile craquant comme un soupir. Elle la déposa à côté du parchemin royal.
— Maintenant, dit-elle, écoutez mon offre.
Elle les conduisit dans le petit salon du rez-de-chaussée, dont elle tira les volets. Trois chandelles illuminèrent leurs visages. Iona regarda le parchemin et le contrat côte à côte. Deux documents qui décidaient de centaines de vies.
— Je ne vous ai pas attendus ici pour vous arrêter, dit Morven. Les hommes de MacBride sont dans le village, ils pensent que vous tentez d'atteindre le poste de garde au sud. Ils ne regardent pas cette maison. Mais quand l'aube viendra, ils découvriront que vous êtes passés ici. Nous avons jusqu'au premier chant du coq.
Lachlan fit un pas.
— Si vous étiez venue me voir il y a trois jours, je vous aurais dit de brûler ce parchemin. Maintenant…
Il regarda Iona, et quelque chose changea dans ses yeux. Une détermination calme, semblable à celle d'un homme prêt à renoncer à tout pour conserver l'essentiel.
— Je suis prêt à écouter ce que vous voulez. En échange du silence sur ces droits.
— Vous n'avez pas le silence à vendre. Ce parchemin est enregistré auprès de la couronne. Vous voulez un procès public ? Un scandale ? Vous avez déjà assez de problèmes avec le magistrat corrompu, la famille Donal au bord de l'implosion, et la question de l'ordre.
Morven s'approcha d'Iona, la scruta durement.
— Vous avez perdu votre mère à cause d'un conflit absurde. Vous avez failli perdre la maison de votre père. Et vous, Campbell, vous avez vendu vos terres pour sauver une femme que vous n'aviez pas le droit d'aimer. Le monde entier sait à quel point vous êtes tous ridicules.
Iona laissa échapper un rire sec.
— Vous avez un drôle de sens de la négociation.
— Je n'ai pas besoin de diplomatie. J'ai besoin de justice.
Morven posa les deux documents sur la table. De ses doigts noueux, elle désigna le contrat de mariage.
— Votre accord est juste. Un pacte entre deux clans. En théorie. Voilà mon exigence. Je vends la terre. À vos deux clans réunis. Pour une somme symbolique : une pièce d'or. Une seule. Mais vous signerez, devant témoins, l’engagement de ne jamais diviser ce terrain, de ne jamais le clôturer, de ne jamais le revendre, de ne jamais en tirer de profit exclusif. Ce sera une terre commune. Un espace où vos descendants pourront paître les moutons, où les enfants pourront jouer, où la nature pourra survivre. Vous la transformerez en terrain de santé publique, ou je la revendrai aux premiers enchérisseurs, et vous pourrez rester à vous battre sur vos rochers.
Iona et Lachlan échangèrent un regard. C'était plus qu'une condition. C'était une condamnation de leurs héritiers à la coopération.
— Et nos familles ? demanda Iona. Nos maisons, nos terres agricoles ?
— Vous gardez les maisons, les granges, et une verrière de chaque côté de la limite. J'ai marqué les limites sur le plan, après un arpentage précis que j'ai payé avec le peu qui me restait. Et ce territoire, ces pâturages, ces boisés ? Communs. Si un MacTavish a besoin d'un cheval qui paisse, un Campbell doit pouvoir dire oui. Et réciproquement.
Lachlan passa une main sur sa mâchoire, considéra l'étendue des bois. Puis, silencieusement, il dégrafa sa bourse et en sortit une unique pièce d'or, qu'il poussa vers Morven.
— Je signe.
— Lachlan, dit Iona doucement. Nos pères…
— Vos pères ont failli vous faire tuer tous les deux. J'ai vu ce qui reste de votre famille, MacTavish. Un homme brisé, honteux, qui ne se relèvera jamais si on ne lui donne pas un projet noble au-dessus de sa propre honte. Et votre frère, où est-il ? À l'armée, à fuir une gangrène qui a commencé ici. Cette terre commune permettra à vos hommes de vivre sans servir un autre maître que eux-mêmes.
Iona regarda la pièce dans la main de Lachlan. Elle pensa à sa mère, à la dernière lettre écrite par la ferme, et par le brochet d'argent qu'elle avait donné. Si un MacTavish et un Campbell pouvaient se mettre d'accord sur quelque chose…
— Nous encore.
— Signez.
Elle prit la plume que Morven lui tendit. Sa main trembla une seconde, puis elle signa son nom, pleinement, dans l'encre des MacTavish.
Morven prit le double du contrat, le plia et le glissa dans sa robe. Puis elle poussa le parchemin vers eux.
— Maintenant, dit-elle, allez rejoindre vos hommes au sud avant que MacBride ne découvre ce que vous avez fait ici cette nuit. Et quand vous convoquerez le conseil pour annoncer que la terre change de nom… n'oubliez pas ce chiffre.
Iona regarda son doigt se poser sur la date du parchemin. Puis elle lut le nom de la concessionnaire d'origine, en lettres minuscules sous le sceau royal. Le sang se retira de son visage.
— Vous êtes… la descendante directe ?
Morven acquiesça lentement. Ses yeux s'embuèrent, mais sa voix demeura ferme.
— La dernière. Après moi, il ne restera plus que le papier. C'est pourquoi j'ai passé trente ans à attendre que les clans deviennent assez fatigués pour m'écouter.
Dans le lointain, un coq chanta une première fois, incertain, comme s'il doutait que la nuit fût finie.
Morven souffla la bougie.
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