Le Pacte Noyé
Lire le chapitre 19: A Debt Paid
La pluie tombait sur Winsham dans un murmure continu quand Owen trouva le mot glissé sous la porte de sa chambre d'auberge. Papier épais, filigrane discret — un lion rampant. L'écriture était serrée, presque méticuleuse, comme celle d'un homme qui comptait chaque syllabe avant de la confier au papier.
*La dette de votre père reste impayée. Vous le savez. Vous savez aussi où trouver le créancier. Ne me faites pas attendre.*
Pas de signature. Mais Owen avait vu cette main une seule fois, dans un bar de Bristol, huit ans plus tôt, lorsque Malcolm Reeve avait acheté une tournée entière en prononçant le nom de Michael Callahan comme on prononce une bénédiction.
Il plia le mot, le glissa dans sa poche, et jeta un coup d'œil à la pendule au mur. Il était neuf heures du matin. La décision de Cole était pour midi. Il avait trois heures.
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La boutique de Reeve occupait le rez-de-chaussée d'un bâtiment en brique rouge près du port de Bristol — une façade discrète pour un commerce qui n'avait rien de discret. Owen avait appelé depuis la route, et la porte s'ouvrit avant qu'il n'ait frappé. Un homme massif, les mains comme des battoirs, le fit entrer dans un couloir sombre qui sentait la cire d'abeille et le vieux bois.
Malcolm Reeve l'attendait dans une pièce lambrissée, assis derrière un bureau chargé d'objets que les musées auraient payé des fortunes pour obtenir. Des pièces ibères, des fibules gauloises, un casque corinthien dont le bronze luisait encore. Reeve lui-même était un homme de soixante ans, mince comme une lame, habillé d'un costume trois pièces couleur de suie. Ses yeux gris ne clignèrent pas quand Owen s'assit en face de lui.
« Docteur Callahan. Vous avez la parole de votre père. »
Owen posa sur le bureau le mot que Finch lui avait donné. Reeve le parcourut, hocha la tête, et le poussa de côté.
« Votre père me devait une faveur, pas de l'argent. Les faveurs sont plus compliquées à rembourser — elles ont tendance à revenir. » Il joignit les doigts. « Vous n'êtes pas venu avec un chèque. Vous êtes venu avec autre chose. »
Owen sortit le torque de sa veste. Le bronze s'enroulait en spirale, ses extrémités ouvragées représentant des têtes de loup. La femme en blanc l'avait touché au sanctuaire, et depuis, Owen avait senti une chaleur persistante dans le métal, comme si l'objet retenait quelque chose de vivant.
« Le torque de la gardienne. » Reeve se pencha, les yeux soudain brillants. « Je l'ai cherché pendant vingt ans. Où l'avez-vous trouvé ? »
« Dans le lac. Là où mon père l'avait laissé. »
Reeve rit doucement. « Michael ne laisse rien. Il place. C'est différent. » Il tendit la main, et Owen hésita. Le poids du torque dans sa paume semblait soudain énorme — c'était son seul lien avec la femme en blanc, avec la vérité de la porte.
« Il vous faut quelque chose, dit Reeve, reposant la main sur le bureau. Vous ne seriez pas ici autrement. Parlez. »
Owen prit une inspiration. « L'accès à une archive privée. Celle de votre famille — la collection Reed, les manuscrits du IXe siècle sur les gardiens celtes. »
Le silence s'étira entre eux comme une corde tendue. Reeve le regarda longuement, puis un sourire mince apparut.
« La collection Reed est fermée depuis 1987. Elle contient des documents que la reine elle-même préférerait ne pas voir publiés. » Il fit tourner un stylo entre ses doigts. « Et vous voulez quoi exactement ? La correspondance de votre père avec mon arrière-grand-père ? »
Owen ne cilla pas. « Je veux savoir ce qu'il a négocié avant de disparaître. Les conditions du pacte. Il y a trois postes de garde autour du lac, et je dois les activer dans l'ordre. Votre famille a conservé le rituel complet. »
Reeve éclata de rire — un son sec, pareil au craquement d'une branche. « Le rituel. Bien sûr. Michael a passé six mois en 1997 à fouiller mes archives, la nuit, avec une lampe frontale, en ne laissant rien déplacé. Il cherchait ça. » Il se leva, traversa la pièce, et fit pivoter un panneau mural qui révéla un coffre-fort. « Il ne l'a jamais trouvé. Parce qu'il ne se trouve pas — il se mérite. »
Le coffre s'ouvrit avec un cliquetis. Reeve en sortit une enveloppe de cuir gonflée, qu'il jeta sur le bureau.
« Devise. Lettres de gardiens successifs. Le journal de l'abbé Finch de 1124, qui décrit la consécration des trois postes. » Il poussa l'enveloppe vers Owen, puis indiqua le torque. « En échange de ça. »
Owen regarda l'enveloppe, puis le torque. Sa main tremblait légèrement. Il pensa à la femme en blanc — son visage pâle, ses paroles énigmatiques sur la porte, la façon dont elle avait glissé entre les pierres comme une brume.
« Le torque n'est pas un simple objet, dit-il. Il me relie à — »
« À ce qui coule sous la surface. Oui. » Reeve haussa un sourcil. « Je le sais mieux que quiconque. Votre père l'avait en sa possession la semaine avant sa disparition. Il me l'a décrit dans une lettre — "ce qui semble être une clé est en réalité un lien." Ce sont ses mots exacts. »
Owen sentit un frisson lui parcourir la nuque. Son père avait parlé du torque à Reeve. Avant de disparaître.
L'argent n'était pas la seule monnaie. Il n'en avait d'ailleurs pas beaucoup. Cole lui avait volé son budget, son site, son temps. Il n'avait plus que ce bronze qui vibrait dans sa main, et le souvenir d'une femme qui se dressait entre deux mondes.
Il posa le torque sur le bureau.
Reeve le saisit aussitôt, le soupesant comme on pèse une âme. « Contrat conclu. » Il poussa l'enveloppe vers Owen et sonna une petite cloche d'argent.
Owen ouvrit l'enveloppe et parcourut les documents pendant trente secondes — suffisamment pour comprendre ce qu'il y avait trouvé. L'ordre des pierres était différent de ce que Finch avait suggéré. Pas chronologique. Réciproque. Chaque poste devait être visité deux fois.
Il leva les yeux pour remercier Reeve, mais le vieil homme était déjà debout, le torque serré contre sa poitrine, les yeux fixés sur un point derrière Owen.
Owen se retourna. Le colosse qui l'avait fait entrer se tenait dans l'embrasure de la porte, les bras croisés.
« Je ne vous retiens pas, docteur Callahan, dit Reeve sans le regarder. Vous avez ce qu'il vous faut. Ne revenez pas. »
Owen rangea l'enveloppe dans sa veste, se leva et sortit. La pluie avait cessé, mais le ciel restait lourd. Il descendit la rue en direction de sa voiture quand un bruit sourd le fit se retourner.
Le colosse venait de sortir de la boutique et se dirigeait vers lui d'un pas rapide, un téléphone à la main. Owen accéléra, mais l'homme était plus rapide. Vingt mètres. Dix.
« Docteur Callahan ! »
Owen s'arrêta à contrecœur. L'homme s'approcha, le souffle court, et lui tendit un téléphone dont l'écran affichait une photo.
Owen regarda l'écran et son sang se glaça. La photo montrait le torque, posé sur une table, à côté d'une lettre manuscrite — l'écriture fine, familière, de son père.
« Reeve dit que vous devriez ouvrir la lettre avant de partir, l'homme au téléphone. Il dit que vous comprendrez pourquoi il ne vous laissait pas partir sans elle. »
Owen prit le téléphone d'une main tremblante et fit défiler la photo suivante. C'était la première page d'une lettre de Michael Callahan, datée d'une semaine avant sa disparition, adressée à Reeve :
*Malcolm, si Owen arrive un jour avec le torque, c'est que la porte s'est déjà ouverte une fois. Dans ce cas, il y a une chose que je ne lui ai jamais dite — la chose que vous ne devez jamais lui révéler tant que le sacrifice n'est pas accompli. Le troisième gardien n'est pas une personne. C'est un objet, et cet objet est —*
La photo se coupait là.
Owen leva les yeux, mais l'homme était parti. La rue était vide. Il serra le téléphone dans sa main, puis le rangea dans sa poche et ouvrit l'enveloppe de cuir.
La réponse était peut-être là. Ou peut-être pas.
Il n'avait plus le torque. Il n'avait plus que son père, mort ou vivant, qui savait déjà ce qu'Owen découvrait maintenant — que rien autour du lac n'était ce qu'il semblait être.
Il remonta dans sa voiture et jeta un coup d'œil à sa montre.
Il était dix heures et demie. Cole attendait à midi.
Et Owen venait de perdre son seul lien avec la vérité pour un morceau de papier qui le menait à peine plus loin que là où il était déjà.
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