Le Pacte Noyé
Lire le chapitre 37: The Promise Kept
Le carton était léger, presque décevant. Megan le souleva du bureau encombré de son département, où la poussière s'accumulait sur des rapports jamais lus depuis des semaines. L'étiquette d'expédition portait son nom, son adresse professionnelle, mais aucune mention d'expéditeur. Juste une écriture qu'elle reconnaissait entre toutes, même après des mois.
Owen.
Elle s'assit lentement, le carton sur les genoux. Le soleil de novembre filtrait à travers les stores, dessinant des rayures pâles sur le sol en linoléum. Elle le tint là, sans l'ouvrir, comme si le poids de ce qu'il contenait pouvait changer d'avis si elle attendait assez longtemps.
Elle ouvrit enfin.
Le torque d'abord, enveloppé dans de la soie grise. Il était entier. Plus un seul fragment, plus une seule déchirure. Les entrelacs celtiques brillaient d'un éclat doux, presque chaud sous ses doigts. Le métal semblait palpitant, vivant, comme s'il venait juste d'être retiré d'une forge.
Puis la note, pliée en quatre, posée sur le torque comme une prière.
*« Le pacte est renouvelé. »*
Trois mots. Pas de signature. Pas d'explication. Mais l'écriture était la sienne — la façon dont son *p* s'inclinait, la barre de son *t* qui dépassait toujours un peu trop.
Megan relut la note trois fois, puis la posa sur son bureau à côté du torque. Ses mains tremblaient légèrement.
« Il est vivant », murmura-t-elle.
Un coup à la porte la fit sursauter. Elle replaça la soie sur le torque, mais elle savait qu'il était trop tard pour cacher son trouble.
La femme qui entra n'était pas une étudiante. Pas une collègue. Elle portait une robe blanche simple, sans ornement, qui tombait jusqu'à ses chevilles. Des cheveux très sombres tirés en arrière, un visage aux traits nets, anciens, et des yeux gris qui semblaient avoir vu des siècles défiler.
« Dr Chen », dit la femme, d'une voix calme et profonde comme une eau de lac.
Megan se leva, méfiante. « Qui êtes-vous ? Comment connaissez-vous mon nom ? »
La femme en blanc sourit, à peine. « Je sais beaucoup de choses. Je sais que vous avez tenu le torque d'Owen Callahan entre vos mains il y a quelques instants. Je sais que vous vous demandez s'il est vivant, ou mort, ou quelque chose entre les deux. » Elle inclina la tête. « Il est vivant. Plus que jamais. »
Megan croisa les bras, mais sa posture ne lui rendit pas sa contenance. « Owen a disparu il y a quatre mois. Les autorités ont conclu à un accident. On a trouvé son bateau, son équipement, tout sauf lui. Et maintenant vous entrez dans mon bureau comme si vous étiez chez vous et vous me dites qu'il est vivant. Je suis censée vous croire ? »
« Vous n'êtes pas obligée de me croire. Vous êtes obligée de regarder. »
La femme fit un geste vers le torque sur le bureau. Megan suivit son regard. Le métal luisait doucement, une lueur pulsante qui n'avait rien de naturel.
« Il a renoué le pacte, dit la femme. Le gardien repose enfin. Mais le fil entre nos mondes est fragile. Owen l'a maintenu de son propre sang, de son propre sacrifice. Il ne peut pas revenir tant que la promesse n'est pas honorée de l'autre côté également. »
Megan sentit un froid courir le long de sa nuque. « Quel pacte ? Quelle promesse ? »
La femme en blanc s'approcha de la fenêtre. Dehors, le campus s'étendait sous un ciel gris. Elle sembla regarder au-delà de tout cela, vers un horizon que Megan ne pouvait pas voir.
« Il y a mille ans, un guerrier mercien a scellé une alliance avec les gardiens de ce lac sacré. Il a donné sa vie pour équilibrer les forces qui dormaient sous les eaux. Sa lignée s'est perdue, le serment s'est affaibli, et le mal s'est réveillé. » Elle se tourna vers Megan. « Owen a fait ce que le guerrier n'a pas pu achever. Il a renouvelé l'alliance. Mais une promesse — une vraie — exige toujours deux témoins. »
Megan la dévisagea, les pièces du puzzle s'assemblant lentement dans son esprit. « Vous parlez du village inondé. Du lac qui a englouti tout un village. C'est là qu'il a disparu. »
La femme hocha la tête. « Le village n'était pas un accident. Il a été construit sur une terre qui n'était pas à lui. Les eaux l'ont réclamé. Ce n'est que le premier pas pour équilibrer les comptes. »
« Vous êtes sérieuse ? » Megan sentit la colère monter, mais aussi une peur qu'elle ne voulait pas nommer. « Des gens ont perdu leurs maisons. Des gens — peut-être — ont perdu la vie. Et vous me parlez d'équilibre ? »
« Je vous parle de survie », dit la femme, doucement, sans se départir de son calme. « Je vous parle d'un homme qui a donné ce qu'il avait de plus précieux pour que ces gens — et beaucoup d'autres — puissent continuer à exister sans savoir le danger qui les frôle chaque jour. »
Le silence s'étira entre elles. Megan regarda le torque. Sa propre main, encore tremblante, qu'elle avait posée dessus sans s'en rendre compte.
« Qu'est-ce que vous voulez de moi ? »
La femme sourit de nouveau, et cette fois son visage s'adoucit. « Rien que vous ne soyez prête à donner. Owen vous a envoyé le torque parce qu'il savait que vous étiez la seule à comprendre. La seule à pouvoir témoigner pour lui, là où il ne peut plus venir. »
« Témoigner ? De quoi ? »
« De sa promesse. » La femme s'avança, et pour la première fois Megan vit quelque chose briller à son poignet — un bracelet simple, en argent, dont le motif entrelacé rappelait celui du torque. « Le pacte est double. Un gardien de l'autre côté, un témoin dans celui-ci. Moi j'ai porté ce fardeau cent ans. J'ai vu les lacs se vider et se remplir, les serments se faire et se défaire. Je suis fatiguée, Dr Chen. Et Owen a besoin de quelqu'un qui ne se laisse pas éteindre par les siècles. »
Megan recula d'un pas. « Attendez. Vous voulez que je... quoi ? Que je devienne la gardienne de ce... de ce lac ? »
« Le témoin. Le lien entre le monde d'Owen et celui-ci. La voix qui rappelle le pacte quand les hommes l'oublient. » La femme inclina la tête. « Vous n'avez pas besoin de répondre aujourd'hui. Ni demain. Mais le torque vous a choisie, Dr Chen. Lui seul a traversé la porte pour vous rejoindre. »
Megan baissa les yeux sur l'objet. Il était chaud, maintenant, presque tiède contre ses doigts. Elle revit Owen dans les profondeurs du lac, la lumière, les ruines englouties. Elle revit le message qu'il lui avait laissé dans son bureau, quelques semaines avant sa disparition, un fichier intitulé « si jamais » qu'elle n'avait pas encore osé ouvrir.
« Il savait », dit-elle, presque pour elle-même. « Quand il a envoyé ce carton, il savait ce qu'il faisait. »
« Owen sait toujours ce qu'il fait », répondit la femme. « C'est ce qui fait sa force. Et son danger. »
Megan releva la tête, et quelque chose en elle se posa, une décision qu'elle n'avait pas formulée mais qui était déjà là, au fond d'elle. Elle enroula le torque autour de son poignet. Il s'ajusta à sa peau comme s'il avait toujours été là.
La femme en blanc la regarda faire, et son sourire s'élargit lentement, presque triste. « Alors c'est fait. »
« Non », dit Megan. « C'est commencé. »
Elle sortit le dossier de son sac, celui qu'elle gardait depuis des mois sans oser l'ouvrir. Les photos satellite du lac, les relevés sismiques, les cartes du village englouti. Elle l'ouvrit sur son bureau et lissa les pages du plat de la main.
« Dites-moi tout. Sur le village. Sur le lac. Sur ce que je dois faire pour honorer le pacte sans laisser ces gens dans le noir. » Elle regarda la femme. « Owen a protégé le monde visible. Quelqu'un doit s'occuper de celui qui reste. »
La femme en blanc s'assit en face d'elle, et pour la première fois, son visage montra une vraie émotion — une reconnaissance ancienne, presque douloureuse.
« Il vous a bien choisie », dit-elle. « Le gardien repose. Le témoin veille. Le pacte est entier. »
Dehors, le soleil perça les nuages pour la première fois de la journée, et sa lumière vint caresser le torque au poignet de Megan. Elle ne savait pas encore tout ce que cela impliquait. Elle ne savait pas encore combien de nuits elle passerait au bord du lac à parler à quelqu'un qui ne pouvait pas répondre.
Mais elle savait une chose, une seule : Owen n'était pas mort. Il était autre chose, maintenant — plus grand, plus ancien, plus lourd à porter qu'une simple vie. Et elle serait là, sur la rive, pour veiller sur sa promesse.
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