Le Piège des Données
Lire le chapitre 14: The Fan Uprising
La foule était déjà en ébullition quand la voiture de Diane franchit le pont qui dominait le stade. Des centaines de supporters en écharpes rouges et blanches bloquaient l’entrée principale, scandant des slogans à peine audibles à travers les vitres fermées. Des banderoles faites main oscillaient au-dessus des têtes : « REDWOOD OUT », « COLE MENTEUR », et une autre, plus crue, que James préféra ne pas déchiffrer.
— Tu veux vraiment passer par là ? demanda Diane en coupant le moteur.
— Le Guardian a publié à six heures. Cole doit déjà être en train de brûler son bureau. Si le club se coupe de ses propres supporters maintenant, il n’y aura plus de club du tout.
James ouvrit la portière. L’air froid de novembre le frappa au visage, chargé d’odeurs de bière et de fumée de pétard. Un groupe de jeunes en capuches le reconnut. L’un d’eux hurla son nom. En quelques secondes, une grappe humaine se forma autour de lui.
— James ! James Okafor !
— C’est vrai ce qu’a écrit Frances Madiba ? Le président est un parrain de matchs truqués ?
— Et Travers ? Il était dans le coup ?
James leva les mains. Sa voix portait malgré le vacarme, une habitude héritée des salles de marché où chaque seconde comptait.
— Tout ce que je sais, je ne peux pas encore vous le dire. Mais je vous promets une chose : je ne quitterai pas ce club tant que la vérité n’aura pas fait son chemin.
Un ancien combattant, bardé d’insignes, lui tendit une main rugueuse.
— On vous croit, monsieur. On vous croit parce que vous êtes resté quand ils vous ont viré. Ça, ça ne s’achète pas.
Quelqu’un lança un cri pour un cortège vers la tribune ouest. James se laissa porter, conscient que chaque seconde passée ici était une seconde que Cole utilisait pour verrouiller ses défenses juridiques. Il fallait le voir, maintenant, avant qu’il ne déclare forfait ou pire, qu’il ne vende la totalité du club en urgence à un repreneur fantoche.
À l’intérieur, le stade était presque vide — match à huis clos partiel, sanction disciplinaire héritée de l’ère Travers. Une quarantaine de caméras de télévision étaient postées en tribune de presse, leurs objectifs braqués sur le terrain où l’équipe, nerveuse, faisait des passes approximatives.
James s’installa dans la loge exécutive désertée, seul avec Diane, les écrans de diffusion et un téléphone posé sur la table en acajou. Le match commença. Puis, à la vingt-troisième minute, son portable vibra.
Un message d’un numéro inconnu, préfixe américain.
« James Okafor. Je suis à l’hôtel Midland, suite 412. Je représente un fonds d’investissement basé à Houston. J’aimerais vous parler avant que la situation ne devienne ingérable. — G. Whitmore. »
James montra l’écran à Diane.
— Whitmore ? dit-elle. Le gars des acquisitions de clubs en détresse. Il a racheté le club de Dallas l’an dernier après une faillite.
— Tu le connais ?
— De réputation. Il ne vient jamais sans filet de sécurité signé de toutes les parties.
James regarda le terrain. Une attaque lente, stérile, se brisait sur la défense adverse. Les caméras captaient le vide des gradins, l’absence de vie, le sang qui ne circulait plus dans les veines de l’institution.
— Il n’y a pas de filet, dit-il. Cole est encore juridiquement en place, même si le conseil a voté ma révocation. Je vais le voir. Peut-être qu’il veut juste du sang, et je préfère qu’il vienne vers moi plutôt que de s’attaquer à l’équipe.
Il laissa Diane au stade, prenant sa voiture pour rouler jusqu’au Midland à travers des avenues quasi désertes. Dans la suite au douzième étage, un homme de taille moyenne, la soixantaine, cheveux argentés impeccablement coiffés, le reçut avec un verre d’eau minérale à la main. Les murs étaient couverts de photographies de stades américains. Sur la table basse, un dossier ouvert portait le logo du club.
— Asseyez-vous, monsieur Okafor. Je sais qui vous êtes. C’est pour cette raison que je vous ai contacté.
James resta debout.
— Et qu’est-ce que vous voulez exactement, monsieur Whitmore ?
— Cent millions de livres pour la dette, un plan de restructuration sur trois ans, et une équipe de direction renouvelée à 80 %. Le club respire, les supporters retrouvent de l’espoir. J’ai des contacts chez les diffuseurs, les sponsors, les institutions. Je peux faire renaître ce club de ses cendres.
— Ça sonne bien. Quel est le piège ?
Whitmore sourit. Il avait un sourire de chirurgien, précis et sans chaleur.
— Le piège, c’est que vous cessiez toute enquête sur Redwood Holdings, sur l’assassinat de Travers, sur Vance et sur la liste rouge. Vous signez une clause de confidentialité détaillée, vous vous retirez du projet, et vous disparaissez de la couverture médiatique. Pas de témoignages, pas de mémoires, pas d’interviews. Vous quittez le club silencieusement, avec à la clé une prime de départ très confortable.
James resta immobile. Le silence entre eux était empli du bruit de la circulation en contrebas.
— Et ma fille ? demanda-t-il enfin.
Whitmore cligna des yeux, semblant chercher dans son dossier.
— Je ne vois aucune mention de votre fille, monsieur Okafor.
— Des hommes ont menacé sa vie au nom de votre consortium. Vous me demandez de m’engager officiellement dans un accord avec vous, sans aborder cette question ?
Le sourire de Whitmore s’effaça. Il se leva, contourna la table pour se planter face à James.
— La situation que vous décrivez, je l’ignore totalement. Mais je vais être franc avec vous : si vous refusez cet accord, il y aura d’autres acheteurs, moins scrupuleux peut-être, et le club sera mis en vente aux enchères le mois prochain. Les supporters que vous avez vus dehors peuvent crier tant qu’ils veulent, sans capital, ils ne sont rien. Vous, vous pouvez les protéger pendant une heure, une journée. Mon capital, lui, peut les protéger pendant des décennies.
James regarda Whitmore droit dans les yeux.
— Et si je refuse ?
— Alors vous êtes un homme mort pour ce club. Et croyez-moi, quand on est mort dans le football, on continue de marcher, mais on ne compte plus.
Whitmore ramassa le dossier sur la table, puis le tendit à James d’un geste sec.
— Réfléchissez jusqu’à demain matin, huit heures. La réponse à cette adresse. Si je n’ai rien reçu, j’appellerai le conseil d’administration et je leur présenterai une offre directe avec retrait immédiat de votre accès aux informations internes.
James prit le dossier, l’ouvrit. La première page contenait un accord de confidentialité en lettrage serré. La deuxième, un chèque déposé en fiducie à son nom pour un montant à huit chiffres.
— Je vois, dit-il.
Il reposa le dossier sur le coin de la table et se dirigea vers la porte. Whitmore ne bougea pas.
— Ce n’est pas une offre vexatoire, James. C’est une porte de sortie à une époque où plus personne n’offre de sorties.
James ouvrit la porte. Il s’arrêta un instant, sans se retourner.
— Je vais réfléchir. Mais je vais aussi vous dire une chose : si vous pensez que le silence se mesure en millions de livres, vous n’avez jamais rencontré quelqu’un qui sait écouter une bande audio.
Il ferma la porte. Dans le couloir, son téléphone vibra à nouveau. Un message de Diane : « Match nul 1-1, cafouillage défensif. Les supporters sont restés chanter après la pause. Cole veut te voir dans son bureau, il a un nouvel avocat. Ce serait sage de venir. »
James inspira profondément. La pression montait, mais dans chaque direction qu’il prenait, quelqu’un essayait d’acheter sa loyauté ou de l’intimider. Le temps des discussions toucher à sa fin. Le temps des batailles commençait.
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