Le Piège des Données
Lire le chapitre 22: The Criminal Investigation
L’aube londonienne était grise et humide quand James poussa les portes vitrées du siège de la National Crime Agency. Il portait encore le costume froissé de la veille, celui du pub, celui des supporters. Dans sa sacoche, la garantie signée par Cole, la liste des comptes, et le témoignage écrit de Weber.
Il demanda l’inspecteur-chef Sandra Holloway. On le fit attendre vingt minutes dans un hall aux murs nus. Il aurait dû dormir. Il n’avait pas dormi. Le compte à rebours pour la fille tournait dans sa tête comme un métronome cassé. Il lui restait douze heures pour trouver une somme qu’il n’avait pas, et il était là, à faire le seul geste qui lui semblait juste.
Holloway le reçut dans un bureau sans fenêtre. Elle était petite, les cheveux courts, le regard direct. Elle feuilleta les documents sans changer d’expression, puis s’arrêta sur la signature de Cole.
— Si c’est authentique, dit-elle, vous venez de me donner Sir Richard Cole sur un plateau. Et peut-être plus.
— C’est authentique. Weber l’a signé sous la contrainte, mais la signature de Cole est bien réelle. J’ai croisé son avocat. Il sait que c’est sa main.
— Pourquoi vous me l’apportez à moi et pas à la presse ?
— Parce que la presse ne peut pas geler des comptes. Vous si.
Holloway hocha la tête. Elle appela un collègue, un homme massif en chemise blanche qui entra sans frapper.
— Marcus, déclenche la procédure d’urgence. Gel conservatoire sur les comptes listés ici. Et préviens la branche fraude financière : on a une piste sur les réseaux de paris d’Abuja.
L’homme jeta un œil aux documents et siffla doucement.
— Vous venez de gâcher la journée de beaucoup de gens, monsieur Okafor.
— C’est le but.
James tendit aussi la liste des contrats de joueurs que le consortium voulait liquider.
— Ils vont essayer de vendre mes joueurs sans mon accord. Marcus Felton, mon capitaine. Mon défenseur central. Ils ont déjà approché des clubs du Golfe, j’ai des contacts là-bas qui me l’ont confirmé.
Holloway rangea les papiers dans un classeur bleu.
— Je vais transmettre. Mais il faut que vous compreniez quelque chose : nous ne pouvons pas tout faire en une heure. La paperasse, les juges d’instruction, les banques suisses avec lesquelles il faudra négocier…
— J’ai jusqu’à minuit. Après, le consortium saisit mon terrain d’entraînement.
Holloway le regarda un long moment.
— Alors espérons que les documents de Weber soient aussi bons qu’il le prétend.
Elle se leva. James resta assis.
— Il y a autre chose. Le président du conseil d’administration est mort il y a deux jours. Officiellement, une crise cardiaque. Officieusement, il en savait trop sur les liens entre le club et les paris truqués d’Abuja.
Holloway ne cilla pas.
— Je l’ai vu dans nos rapports. Nous enquêtons déjà.
— Ce n’était pas dans nos documents. C’était dans les notes que Weber m’a données hier soir.
Il sortit deux feuillets manuscrits de sa poche intérieure.
— Ashworth avait rendez-vous avec la fille de Cole la veille de sa mort. Weber dit qu’elle lui a transmis une menace directe. S’il ouvrait la bouche, ils le détruisaient.
Holloway tendit la main. James hésita, puis lui donna les feuillets.
— Vous les lisez, vous les classez, et vous ne me demandez pas comment je les ai obtenus.
— Vous venez de me demander d’ouvrir une enquête pour meurtre, dit-elle doucement.
— Je vous demande de faire votre travail.
Elle prit les feuillets. Il y avait un silence, juste le bourdonnement de la climatisation.
— Je vais lancer une enquête parallèle, dit-elle enfin. Officiellement, nous suivons la piste de la fraude. Officieusement, nous cherchons qui a tué un homme qui aurait pu faire tomber un empire. Vous gardez votre club. Je garde mes suspects.
James se leva enfin. Il lui serra la main.
— Je travaille avec vous, Holloway. Pas contre vous.
— J’espère pour vous que c’est vrai.
Il sortit du bureau et marcha dans le couloir. Il y avait une fébrilité dans l’air maintenant, des agents qui couraient, des téléphones qui sonnaient. La machine s’était mise en marche. Mais une machine en marche ne veut pas dire qu’elle va assez vite.
Dans le taxi qui le ramenait vers le stade, son téléphone vibra. Un message de Marcus Felton, son capitaine.
« James. Le consortium vient de notifier au club la vente immédiate du contrat de Sanchez. Transfert vers Al-Ahli. Ils ont déjà les signatures. Il faut qu’on fasse quelque chose. Maintenant. »
James regarda son écran. Sanchez était son défenseur central, vingt-quatre ans, le meilleur de l’équipe. Le vendre sans consentement, c’était priver le club de son colonne vertébrale à quarante-huit heures du match le plus important de la saison. Et c’était aussi un signal : le consortium ne négociait pas, il massacrait.
Il appela Holloway.
— Le consortium liquide les actifs en direct. Sanchez. Ils ont les signatures.
— Je sais. On m’a déjà transmis, dit-elle. Mais il y a plus urgent. Venez au poste.
— Je suis dans un taxi sur l’autoroute.
— Alors descendez à la prochaine sortie et prenez un hélicoptère, parce que vous voulez voir ça en personne.
Il se fit déposer devant le commissariat de district de Camden. Holloway l’attendait sur les marches, un dossier à la main.
— On a eu un coup de chance. Le registre des transferts internationaux est bloqué toutes les vingt-quatre heures à dix-sept heures. Les signatures du consortium n’ont pas encore été déposées.
— Et maintenant ?
— Il est seize heures quarante. Vous avez vingt minutes pour obtenir une injonction du tribunal du commerce pour bloquer la vente de Sanchez.
— Vingt minutes ? Il me faut un avocat, un juge, et une raison juridique en béton.
Holloway sourit.
— Vous avez un avocat. Je m’appelle Sandra, je suis inspecteur-chef, mais j’ai aussi un diplôme de droit commercial. Et j’ai le numéro direct du juge de garde.
Elle lui tendit son portable.
— Appelez le club. Dites-leur de geler le processus de validation de transfert. Que le club conteste la vente au motif qu’elle n’a pas été validée par le conseil d’administration conformément aux statuts.
— Les statuts disent que le conseil d’administration est composé de trois membres. Deux sont au consortium.
— Les statuts disent aussi qu’une vente d’actif supérieure à un million de livres nécessite l’accord unanime du conseil. Vous êtes le troisième membre. Vous pouvez démissionner et aller devant le tribunal en tant que créancier, puisque le club vous doit de l’argent.
James comprit.
— Je suis créancier.
— Vous êtes créancier. Vous avez versé des fonds personnels pour couvrir les salaires du mois dernier. Le tribunal ne peut pas laisser un créancier se faire spoiler de la valeur de sa garantie.
Holloway était déjà en train de taper sur son téléphone.
— J’ai envoyé une requête d’urgence au juge Penhaligon. C’est un type bizarre, il écrit des romans policiers le soir, mais il comprend les affaires. Il doit être encore à son cabinet. Vingt minutes.
James prit une inspiration et composa le numéro du club.
La course contre la montre avait commencé. Il y avait Sanchez à sauver, minuit à empêcher, une fille à protéger, un mort à venger. Et tout cela tenait dans un fax, une signature, un juge en robe noire qui préférerait être chez lui à écrire des intrigues.
Il regarda sa montre. Seize heures quarante-six.
Il pensa à sa fille. Il pensa aux supporters. Il pensa à Ashworth, mort pour quelques feuillets qui étaient maintenant dans un classeur bleu dans un bâtiment sans fenêtre.
Il appela le juge.
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