Le Piège des Données
Lire le chapitre 23: Redwood's Endgame
Levy écrasa son poing sur la table du bureau, le bruit résonnant dans la nuit vide du stade. Vingt minutes. Il avait vingt minutes pour obtenir une injonction qui bloquerait la vente de Sanchez, et son téléphone vibra avec un message d'un numéro inconnu.
Une photo. Sa sœur, Adaeze, les yeux écarquillés, du ruban adhésif sur la bouche, ligotée à une chaise en métal. Le flash d'un projecteur industriel derrière elle. Le texte qui suivait était bref, chirurgical :
*Signez l'abandon de la plainte. Déposez-le au concierge du stade avant minuit. Elle mourra.*
James sentit le sang quitter son visage. Adaeze. Journaliste sportive indépendante, elle couvrait la finale pour un média nigérian. Il avait cru qu'elle était en sécurité, loin de ce bourbier. Il avait eu tort.
« Felton ! » cria-t-il dans le couloir vide.
Le capitaine apparut, essoufflé. Il vit le téléphone de James, pâlit. James lui tendit l'écran sans un mot.
« Ils ont ma sœur. »
Felton jeta un coup d'œil à l'horloge. « L'injonction. Tu dois la déposer dans... »
« Je m'en fous de l'injonction ! » James attrapa sa veste. Sa tête tournait. Il avait huit heures avant l'échéance de sa fille, minuit pour saisir le terrain d'entraînement neuf heures. Et maintenant ça.
Il s'arrêta. Respira. Pensa. Cole n'avait pas orchestré ça seul. Le consortium avait des hommes sur le terrain, prêts à tout. Mais l'argent, l'organisation, la haine personnelle... Ça puait l'urgence de gens qui perdaient le contrôle.
« Le vieux directeur, » dit-il soudain. « Ashworth. Il gardait une copie de tout dans un coffre. »
Felton cligna des yeux. « Quel coffre ?
— Celui que personne n'a trouvé. Holloway m'a glissé une info avant de couper son téléphone : Ashworth a mentionné une "réserve" à sa femme, une semaine avant sa mort. Elle a cru qu'il parlait d'un compte. »
James fonça vers l'escalier menant aux bureaux administratifs du sous-sol, Felton sur ses talons. Ils avaient fouillé ces pièces des dizaines de fois. Mais ils avaient cherché des dossiers, des disques durs. Pas une planque physique.
La pièce était poussiéreuse, encombrée de caisses d'archives. James s'arrêta devant la grande carte du stade accrochée au mur. Il l'avait regardée vingt fois. Ses yeux suivirent la ligne des fondations. Le bâtiment d'origine, avant l'extension des années 80. La vieille chaufferie, condamnée après l'installation du nouveau système.
Il posa sa paume sur le mur derrière la carte. Du métal froid. Un panneau coulissant, dissimulé sous une plaque de plâtre.
« Il avait un accès par ici, » murmura-t-il. « Son bureau d'origine donnait sur cette zone. »
Ils forcèrent le panneau. Derrière, un coffre-fort ancien, encastré. Pas de combinaison digitale. Une serrure mécanique, robuste.
« Quatre chiffres, » dit Felton. « On n'a pas le temps de crocheter ça. »
L'esprit de James dérapa. Dates. Ashworth était méthodique. Sa femme avait dit qu'il parlait de "réserve". Le club avait été fondé en 1898. L'extension, en 1982. Son mandat de directeur avait commencé en...
« 1978, » dit James. Il tourna la molette : 1-9-7-8. Rien. Il essaya 1982. Toujours rien.
Son téléphone vibra. Un autre message. Une photo d'Adaeze, gros plan sur son visage, des larmes séchées sur les joues. *Vous n'avez pas une heure. Dépêchez-vous, James.*
La panique menaçait de le submerger. Il ferma les yeux. Ashworth, l'obsessionnel. L'analyste avant l'heure. Tout chez lui était codé, structuré, signifiant. Le numéro du coffre ne serait pas une date de fondation. Ce serait le numéro qui comptait le plus pour lui.
Son fils. Décédé en 2004. L'âge du gamin ? Non. Le jour de sa mort ? 14 mars. 1403 ? Il tourna lentement. Rien.
Felton consulta son téléphone. « Quatre minutes avant l'échéance de l'injonction. »
James s'accroupit. Réfléchis. La réserve. Ashworth avait un tic de langage. Un dicton qu'il répétait aux réunions : « Vise juste, ou ne vise pas. » Le mot. *Réserve.* En termes de chasse. On parle de "réserve de chasse". Non. En jeu, on réserve un montant.
Le numéro de Sanchez. Son maillot. 4. Non.
Il se souvint d'une réunion avec Ashworth, des années plus tôt, quand il était consultant. Ashworth l'avait invité dans son bureau de fortune, celui d'origine justement. Il avait montré la carte du stade. « C'est la première brique de mon empire, James. Cette vue. Depuis cette pièce, j'ai tout construit. »
La pièce. La première pierre. La date de construction créditée dans les comptes du club : 1912. Il avait vu ce nombre dans un rapport d'audit poussiéreux.
Il tourna : 1-9-1-2.
Un déclic. La porte du coffre s'ouvrit.
À l'intérieur, pas d'argent. Des disques durs externes, étiquetés à la main, couvrant trente ans de transactions. Un classeur rouge. Et une enveloppe scellée à son nom.
James l'ouvrit d'une main tremblante. Une lettre manuscrite, datée d'un mois avant la mort d'Ashworth :
*Si vous lisez ceci, c'est que j'ai sous-estimé leur patience. Cole n'est pas le cerveau. Le cerveau est plus haut, plus loin. Vous trouverez tout ici. Ce que je vous demande en échange, c'est de sauver ce club des vautours. Et pardonnez-moi de vous avoir mêlé à ça.*
Le téléphone vibra encore. Adaeze, la caméra braquée sur elle, un homme masqué tenant une arme contre sa tempe. La légende : *45 minutes.*
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