Le Piège des Données
Lire le chapitre 24: The Verdict
La pluie battait les vitres de la camionnette de surveillance quand Holloway leva la main. James coupa le moteur, coupa les phares. Le silence s'installa, dense, à peine troublé par le souffle des cinq agents de la NCA qui les entouraient.
« Elle est dans le hangar B, dit Holloway en désignant l'écran thermique. Deux hommes à l'intérieur, un troisième qui fait les cent pas dehors. On attend le signal. »
James fixait le rectangle de métal rouillé. Quelque part derrière ces murs, sa sœur attendait. Huit heures qu'elle était entre leurs mains. Huit heures qu'il n'avait pas répondu à leurs exigences de renoncement, qu'il avait choisi la confiance dans un système qu'il avait lui-même appris à contourner.
« Ils sont nerveux, reprit Holloway. Leur psychologie est simple : des gros bras, pas des vrais criminels. La violence, ils savent. La pression, moins. »
Il la regarda. La commissaire avait troqué son tailleur stricte pour un gilet pare-balles, les cheveux ramenés en queue-de-cheval militaire. Elle semblait étrangement à l'aise dans la peau d'un commandant d'opération.
« Où est Ogunlade ? demanda-t-il, soudain inquiet.
— Avec ses avocats. Il a fourni les informations de localisation via ses contacts à Dubai, mais il n'a pas voulu s'impliquer directement. Il a dit qu'il vous attendait au club pour la suite.
— La suite. »
James répéta le mot sans conviction. La suite, c'était faire tomber le reste de la pyramide. La suite, c'était trouver 180 millions avant minuit. La suite, c'était survivre à ce qu'il avait déclenché.
Le talkie de Holloway grésilla. « Cible en approche. »
Elle se tourna vers son équipe. « On y va. James, vous restez ici. Quand on sécurise, vous venez chercher votre sœur. Pas avant. Compris ? »
« Compris. »
Il les regarda sortir dans la pluie battante, silhouettes sombres qui se fondaient dans la nuit du port industriel de Liverpool. L'attente fut une éternité comprimée en quelques minutes. Puis un cri étouffé, un bruit de verre brisé, et la voix de Holloway dans l'oreillette :
« Sécurisé. Zone propre, un blessé léger chez nous. Ramenez-le. »
James courut, traversant le hangar inondé d'une lumière crue de néon. Les deux agents étaient à genoux, menottés, un troisième au sol gémissant, le visage contre le béton. Mais il ne les vit pas. Il ne vit qu'Adaeze, assise sur une chaise métallique au fond de la pièce, les poignets déjà libérés par un agent.
Elle leva les yeux. Elle avait un hématome sur la pommette gauche, la lèvre fendue. Mais elle souriait. Le sourire déterminé qu'elle avait toujours eu depuis l'enfance, quand elle courait plus vite que lui et qu'elle attendait au but que — trop tard, grand frère.
Il s'agenouilla devant elle, prit son visage entre ses mains. « Tu vas bien ? »
« Ils m'ont demandé qui était mon rédacteur en chef. Ils voulaient savoir qui d'autre avait vu les documents. »
« Tu n'as rien dit ?
— Je leur ai parlé pendant six heures de la beauté du hors-jeu en position de contre. » Elle rit, puis grimaça quand la douleur de sa lèvre la rattrapa. « Ils étaient prêts à tout pour que je me taise. Je leur ai donné une analyse tactique complète de la saison 2017 de Sheffield Wednesday. »
Holloway s'accroupit à côté d'eux. « On a les téléphones, les ordinateurs portables. Le coordinateur extérieur est en route — on l'a repéré quand il a changé de place de parking. Il nous mènera jusqu'à la tête du réseau local. »
« La tête du réseau, répéta James. Le propriétaire. »
« Le président du consortium n'est pas sur le sol britannique. Mais il a des mandataires. Et avec ce qu'on a trouvé dans leur matériel… » Elle tapota la sacoche étanche que tenait un agent. « Adresses IP, flux de paiement, une liste de journalistes à acheter, les noms des membres du vote de confiance. Tout est là. »
James aida Adaeze à se lever, la soutenant tandis qu'elle étirait ses jambes engourdies. « Les données. Il faut qu'elles sortent. Ce soir. Sur tous les écrans. »
« Avec les éléments de Weber et l'audit de Morse, on a assez pour une saisine du Parquet. Mais pour que le consortium soit dissous, il faut une réaction publique. Une tempête. »
Adaeze se dégagea doucement. « J'ai encore des contacts. La conférence de presse de la FA commence dans quarante minutes. Rien n'est jamais vraiment sécurisé. »
James la regarda, hésitant. « Tu veux dire que tu vas encore t'infiltrer quelque part ? »
« Je vais faire mon travail, dit-elle en sortant son téléphone éteint et en le rallumant. Tu as fait le tien. Maintenant, je fais le mien. »
Deux heures plus tard, James marchait dans les couloirs déserts du stade. L'odeur de pelouse fraîchement rasée s'échappait des grilles d'aération, le son des haut-parleurs s'était tu depuis la fin du match de sauvegarde. Le club était vivant. Mais pour combien de temps ?
Son téléphone vibra. Un message d'Adaeze, accompagné d'un lien.
« En ligne. Partout. Regarde la télé. »
Il entra dans la salle de presse. Sur les écrans muraux, les chaînes d'information en continu avaient toutes quitté leurs plates-bandes habituelles. Un logo s'affichait en boucle — celui du consortium de Dubai et Abuja. En dessous, le défilement des preuves : les flux de paiement, les menaces, les fausses factures, les contrats d'agent illégaux, la commande de la campagne de dénigrement contre le sponsor nigérian. Et des photos. Des photos de lui et de sa sœur, avec la mention « obj. elim. » en annotation dans la capture d'un ordinateur saisi.
Son téléphone explosa de notifications. Il coupa le son, regarda Holloway, qui entrait dans la pièce, un téléphone vissé à l'oreille.
« Ils ont bougé, dit-elle en raccrochant. À Dubai et à Abuja. Le président du consortium est en train d'être arrêté. Les avoirs sont gelés par ordre judiciaire international. »
James s'assit lentement. Un poids qu'il ne savait pas porter venait de quitter ses épaules. « Et le transfert de Sanchez ?
— Caduc. La FIFA a suspendu la licence du club acheteur pour deux saisons. Il reste.
— Et l'entraînement ? La saisie de minuit ?
— Les services juridiques de la NCA ont demandé un sursis pendant l'enquête. Le consortium ne peut plus agir jusqu'à nouvel ordre. »
Il inspira. Pour la première fois depuis des semaines, il n'y avait pas de compte à rebours. Pas de deadline. Pas de menace imminente. Il y avait juste… le silence.
« James. »
Il tourna la tête. Marcus Felton se tenait dans l'embrasure de la porte, en tenue de ville, une casquette des supporters à la main.
« On a vu. Nous tous. Les joueurs, les employés du club, les bénévoles de la fondation. On est là. »
James se leva, traversa la pièce pour le rejoindre dans le couloir. Derrière Felton, une vingtaine de personnes s'étaient rassemblées dans le hall du stade. Des visages fatigués mais déterminés. Les mêmes visages qui l'avaient accueilli au pub quelques heures plus tôt.
« Le club est libre, dit James, la voix rauque. Mais il est vide. L'argent qu'on a donné à Ogunlade pour l'urgence vient avec un prix. Une dette qui nous mènera… »
« On sait. » Felton sourit. « Mais l'argent, il se trouve toujours. Ce qui ne se trouve pas, c'est un club qui vaut la peine qu'on se batte pour lui. Et celui-ci, il vaut le coup. »
James regarda l'écran de son téléphone. Le message d'Adaeze défilait encore. Elle avait publié l'histoire, signée de son nom, avec ses initiales et celles de leur père — une tradition familiale. Sous les gros titres, les premiers commentaires commençaient à affluer. « Notre club. » « Notre équipe. » « On est là. »
Il releva la tête. Il n'avait pas les réponses. Mais pour la première fois, il n'était plus seul à les chercher. Dans quelques heures, il faudrait décider de la stratégie pour la dette, négocier avec Ogunlade, préparer la défense juridique. Mais pour l'instant, il laissa la pluie s'arrêter, le toit du stade luire sous les projecteurs, et le silence inhabituellement calme du club s'étendre autour de lui comme une promesse.
Felton posa une main sur son épaule.
« Viens. Le pub est encore ouvert. Et une Guinness, à cette heure-ci, c'est la médecine la moins chère du club. »
James suivit. Il avait travaillé avec des données toute sa carrière. Mais certaines variables ne se calculaient pas.
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