Le Piège des Données
Lire le chapitre 30: The Final Nail
La convocation arriva à 7h42, un e-mail laconique du greffe du tribunal commercial. James le lut deux fois, le café refroidissant dans sa main. L'injonction était datée de la veille, minuit passé. La société Meridian Commodities, basée à Genève, revendiquait une créance prioritaire sur les revenus de diffusion du club — un accord de « paiement ballon » signé trois ans plus tôt par l'ancienne direction, garanti sur les droits télévisuels.
— Ils ont attendu notre relégation pour frapper, murmura Marcus en lisant par-dessus son épaule. Avec la descente en Championship, les droits chutent de soixante pour cent. Le ballon arrive à échéance à la fin du mois.
James posa le téléphone. Le chiffre dansait devant ses yeux : onze millions de livres. Le consortium fan, qui avait remporté le contrôle du club après l'audience sur le stade, pouvait à peine couvrir la masse salariale mensuelle.
Il fallait vendre. Pas un remplaçant, pas un espoir. Il fallait vendre la seule véritable star qui restait : Danny Millwood.
La réunion d'urgence du conseil du consortium eut lieu dans l'ancienne salle des trophées, transformée en bureaux. Dix supporters élus, des visages marqués par des années de fidélité, certains encore pâles de l'émotion d'avoir sauvé leur club de la faillite. James se tenait devant eux, les chiffres projetés sur le mur lambrissé où pendaient encore les photos des champions de 1984.
— Le transfert de Millwood à Newcastle nous donnerait huit millions nets, plus les bonus liés à sa sélection. Avec les économies sur son salaire, nous atteignons les onze millions. Le tribunal lèvera l'injonction, et nous entamons la saison avec une dette zéro.
Un silence. Puis Brenda Okonkwo, la porte-parole du consortium, se leva. Soixante-deux ans, écharpe tricotée main autour du cou.
— Danny Millwood a refusé la Premier League l'été dernier pour rester avec nous en Championship. Il a parrainé la fondation du club, il donne des places aux enfants des quartiers. Vendredi, il a annoncé qu'il donnerait dix pour cent de son salaire à la cagnotte pour le stade.
— Il comprend la situation.
— Il comprend, oui. Mais nous, nous comprenons ce que cela signifie de vendre notre âme au premier créancier venu.
— Brenda, ce n'est pas une question de cœur. C'est une question de survie juridique. Sans ce paiement, le tribunal autorise Meridian à saisir les droits de diffusion. Nous ne pourrons même pas payer les arbitres.
— Alors nous votons.
James regarda les mains se lever une à une. Il compta. Cinq contre quatre, avec une abstention.
Contre la vente.
Il ferma les yeux. Crane l'attendait au Savoy dans trois heures. Les trois millions de l'agent étaient désormais la seule issue. Mais il savait que signer ce contrat d'exclusivité équivaudrait à livrer Millwood et Chidi à un prédateur. Pire que vendre un joueur : vendre leur avenir.
Marcus l'attrapa dans le couloir, son téléphone à la main.
— Adaeze vient de m'envoyer le rapport préliminaire. Optim Sports a un actionnaire écran à Lagos qui remonte à une société écossaise, elle-même filiale de Redwood Capital.
Le nom de Crane résonna de nouveau. Il était partout : l'agence qui pressait Chidi, la lettre falsifiée, la commission, et maintenant l'offre de trois millions. Une toile parfaitement tissée.
— Et ce n'est pas tout, continua Marcus. Elle a trouvé une clause dans les statuts de la fédération nigériane. Si un agent est reconnu coupable d'avoir enfreint le code disciplinaire, tous les contrats qu'il a signés dans le pays sont invalidés rétroactivement.
James ralentit.
— Chidi.
— Le contrat avec les agents locaux tombe. Le permis de travail fédéral retrouve sa validité, parce que le retrait de soutien d'Ogunlade reposait sur ce contrat. Et l'appel passe.
— Mais il faut une décision disciplinaire. Nous n'avons pas le temps d'aller devant leur commission.
Marcus sortit une enveloppe de sa poche, scellée à la cire bleue.
— Le président de la fédération l'a fait venir de Lagos ce matin, en avion privé. Il veut une réunion. Tout de suite. Il a eu vent de l'article acheté contre toi et il n'aime pas que son nom y soit associé.
James prit l'enveloppe. Le logo de la federation nigériane, un aigle doré, brillait sous la lumière pâle.
— Combien de temps ai-je avant la deadline du tribunal ?
— L'injonction est activée demain à midi. Le paiement doit être effectué à la banque avant onze heures.
— Et Crane ?
— Il attend au Savoy.
James regarda par la fenêtre de la salle des trophées. Les ouvriers installaient déjà les nouveaux sièges dans la tribune ouest, financés par les dons des supporters. La pelouse était verte, prête pour l'ouverture de la saison. Un club qui avait survécu à tout — aux propriétaires prédateurs, aux dettes, à la relégation — et dont le sort tenait désormais entre les mains d'un agent corrompu et d'un paiement de dernière minute.
Il ouvrit l'enveloppe. Une seule phrase, manuscrite, signée du président Ogunlade :
« Je serai au Savoy à quatorze heures. Venez seul. »
Le rendez-vous avec Crane et celui d'Ogunlade au même endroit, à la même heure. James comprit alors que le président nigérian ne venait pas en médiateur.
Il venait enterrer Crane.
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