Le Poison Doré
Lire le chapitre 20: The Aftermath of Reveal
Le cri de la Comtesse résonnait encore sous les voûtes lorsqu'on l'emmena. Ses talons claquaient sur le marbre, sa tête haute défiait tous ceux qui osaient la regarder. Marguerite n'avait pas bougé. Ses doigts s'enfonçaient dans le tissu de sa jupe, et elle sentait son cœur battre à se rompre.
La locket. La même locket.
On l'avait retirée de la cheminée, cette locket d'or fin dont le couvercle s'ouvrait sur un miniature du visage de la Duchesse — le même visage que celui qui habitait la locket de Marguerite depuis quinze ans. Mais la sienne, elle l'avait donnée à Madame de Maintenon comme preuve. La sienne était maintenant entre les mains d'une femme puissante qui pouvait la protéger ou la détruire. Et cette copie, cette parfaite réplique, venait d'envoyer la Comtesse à la Bastille.
« Cloîtrez-la d'abord », avait ordonné Maintenon, sa voix basse et ferme. « Nous déciderons de son sort après Noël. »
Noël. Dans trois jours.
La foule des courtisans se dispersait lentement, murmurant, les regards jetés par-dessus les épaules. Marguerite resta plantée au milieu du couloir, les bras ballants, jusqu'à ce qu'une main se pose sur son épaule.
« Venez. »
C'était Dr. Beaumont. Son visage était pâle, creusé de fatigue, mais ses yeux étaient vifs. Il la guida vers un petit cabinet adjacent aux appartements de la Duchesse, un espace étroit dont les fenêtres donnaient sur la cour des Cerfs.
La Duchesse était là, adossée à un fauteuil, une couverture de laine sur les genoux. Ses traits étaient tirés, mais ses yeux étaient clairs — plus clairs qu'ils ne l'avaient été depuis des semaines.
« Marguerite », dit-elle, sa voix encore fragile mais ferme. « Approchez. »
Marguerite s'agenouilla devant elle, saisit ses mains.
« Madame, je —
« Ne vous excusez pas. » La Duchesse serra ses doigts. « On me dit que c'est vous qui avez découvert tout cela. Que c'est vous qui avez apporté la preuve à Madame de Maintenon. »
Marguerite baissa la tête.
« J'ai fait ce que je devais faire, madame. »
« Vous avez fait ce que personne d'autre n'osait faire. » La Duchesse laissa échapper un souffle — un rire sec, presque amer. « Et maintenant, cette femme prétend que j'ai ordonné ma propre mort. »
Sa main trembla. Marguerite la sentit à travers le gant mince.
« Madame, c'est absurde. Personne ne croira —
« Tout le monde croira ce qu'on leur dit de croire. » La voix de la Duchesse se durcit. « Vous le savez aussi bien que moi. La Comtesse a parlé de ma "dépression", de mes "accès de mélancolie". Elle a suggéré que je cherchais une issue. Et maintenant, cette locket — »
Elle n'acheva pas. Dr. Beaumont s'approcha, une tasse de bouillon chaud à la main.
« La Duchesse doit boire, madame. Doucement, par petites gorgées. »
Marguerite prit la tasse et la porta aux lèvres de la Duchesse. Celle-ci but sans protester, ses yeux fixés sur la fenêtre, sur la lumière grise de décembre qui filtrait à travers les vitres.
« Cette femme me voulait morte », murmura la Duchesse après un long silence. « Mais pourquoi, après toutes ces années ? Pourquoi maintenant ? »
Marguerite pensa au fragment de lettre d'Armand. Aux dettes. À l'ordre de « finir ce qui avait été commencé » avant Noël.
« Madame », dit-elle doucement. « Puis-je vous parler du Duc ? »
La Duchesse se raidit. Le nom d'Armand, toujours un coup de poignard.
« Votre mari est revenu, madame. Il dit qu'il veut la réconciliation. Mais j'ai trouvé ceci. »
Elle tira de sa poche le morceau de papier froissé qu'elle avait ramassé dans le couloir la veille. Les bords étaient déchirés, l'écriture hachée, pressée — celle d'un homme qui craignait pour sa vie.
*« ...son mari est la seule clé. Il doit finir ce qui a été commencé avant Noël. Cette dette ne se paie qu'en sang... »*
La Duchesse lut le fragment. Ses lèvres blêmirent.
« Armand est endetté », dit-elle lentement. « Je le savais. Les jeux, les filles, les chevaux. Tout l'argent que mon père lui a donné, parti en fumée. Mais — » Elle secoua la tête. « Il ne me tuerait pas. Armand est un lâche. Il ne tue pas. »
« Il pourrait payer quelqu'un pour le faire. »
La phrase tomba, lourde, dans le petit cabinet.
Dr. Beaumont, qui était resté en retrait près de la fenêtre, se tourna vers elles.
« Madame », dit-il avec une prudence marquée. « Je dois vous dire quelque chose. »
La Duchesse le regarda, intriguée.
« Depuis six semaines que je vous soigne, j'ai supposé que vos malaises étaient dus à une fièvre bilieuse, à une humeur maligne. Mais ce soir, en examinant vos urines et vos humeurs, j'ai trouvé des traces d'arsenic. »
La Duchesse pâlit d'un coup.
« De l'arsenic ? Comme —
« Comme dans le poison que la Comtesse utilisait. Mais pas le même. » Beaumont prononça ces mots avec une précision chirurgicale. « Ce que vous ingérez depuis des mois est un agent plus lent. On l'appelle la "poudre de succession". Elle se mélange à la nourriture, s'accumule dans le corps, et provoque des symptômes qui ressemblent à une maladie de langueur. Fatigue, étourdissements, nausées. Des crises comme celle de cette nuit, quand une dose plus forte est administrée. »
Marguerite serra le bras de la Duchesse. La poudre de succession. Elle avait entendu ce nom dans les cuisines, murmuré par les servantes qui écoutaient aux portes. C'était le poison des héritiers impatients, des épouses ambitieuses.
« Qui me l'a administré ? » demanda la Duchesse, sa voix presque sèche. « Qui travaille dans ce palais et peut toucher à ma nourriture ? »
« Quelqu'un de proche », dit Beaumont. « Quelqu'un qui a accès à vos plats, à vos boissons, à vos sels — »
La Duchesse détourna les yeux. Marguerite comprit ce qu'elle ne disait pas.
La Comtesse avait ses entrées, oui. Mais une femme de la noblesse ne passait pas ses journées dans les cuisines. Quelqu'un de plus humble, de plus invisible, trouvait le moyen.
« Mon personnel », dit la Duchesse. « Mes femmes. Nicole. Lisette. La cuisinière. »
Elle ne regarda pas Marguerite. Mais le silence qui suivit était lourd d'une accusation tacite.
Marguerite retira ses mains des siennes.
« Madame, je jure devant Dieu —
« Je ne vous accuse pas, Marguerite. » Les yeux de la Duchesse se levèrent enfin sur elle. « Mais vous devez admettre que les apparences sont contre nous. Vous êtes entrée dans la chambre de la Comtesse. Vous avez fouillé ses affaires. Vous étiez présente lorsque la locket a été trouvée — une locket qui ressemble à la vôtre. »
Marguerite se figea.
« Madame, la locket qui a été trouvée n'était pas la mienne. La mienne, je l'ai donnée à Madame de Maintenon. La vôtre — »
« Il y a donc une locket qui contient mon portrait. » La Duchesse parlait doucement, mais chaque mot pesait. « Une locket plantée dans la cheminée de la Comtesse. Et vous, ma servante, vous en portez une pareille depuis votre enfance. D'où vient la vôtre ? »
Marguerite sentit le sol se dérober.
« Elle m'a été donnée par ma mère, madame. Ma mère qui était — c'était une nourrice, une servante. Elle est morte quand j'avais douze ans. La locket était tout ce qu'elle m'a laissé. »
« Un portrait de moi ? »
Marguerite hésita. Ce portrait, elle l'avait toujours regardé sans vraiment le voir. Une femme brune, des yeux sombres. Elle avait supposé que c'était une de ses aïeules.
« Je ne sais pas qui c'est, madame. Je n'ai jamais su. »
La Duchesse et Dr. Beaumont échangèrent un regard. Un courant d'air froid sembla traverser le cabinet.
« Montrez-moi », dit la Duchesse.
Marguerite fouilla son corsage. Mais la locket n'y était plus. Elle l'avait donnée à Maintenon. Elle ne possédait plus rien.
« Je l'ai donnée », dit-elle faiblement. « À Madame de Maintenon. Comme preuve. »
La bouche de la Duchesse se tordit.
« Ainsi, vous avez remis votre seule possession à une femme qui peut vous faire pendre, et vous ne pouvez plus me montrer ce que vous portiez. » Elle ferma les yeux un instant. « Dieu, que cette cour est un labyrinthe. »
Dr. Beaumont s'accroupit devant elle, prenant ses mains dans les siennes.
« Madame, écoutez-moi. Quelqu'un a orchestré tout cela. Non pas pour vous tuer — du moins, pas directement. Mais pour vous isoler, pour vous faire douter de ceux qui vous entourent, pour vous pousser à des décisions que vous n'auriez jamais prises autrement. »
« Le Comtesse m'a conseillée sur tout », murmura la Duchesse. « Sur mon argent, sur mon mariage, sur mes remèdes. C'est elle qui m'a recommandé le Dr. Perrin — »
« Perrin a disparu il y a deux mois », dit Beaumont sèchement.
La Duchesse ouvrit des yeux ronds.
« Disparu ?
« Il a quitté Paris après avoir reçu une importante somme d'argent de la Comtesse. On m'a dit qu'il était parti pour les colonies. » Beaumont se releva. « Le même Perrin qui vous a prescrit ces sels apaisants, n'est-ce pas ? »
La Duchesse hocha la tête, la bouche sèche.
« Et maintenant, il est introuvable. » Beaumont soupira. « Madame, cette affaire ne commence pas avec la Comtesse. Elle commence avant. Beaucoup avant. »
Marguerite ne voyait plus leurs visages. Sa tête bourdonnait de pensées enchevêtrées.
La locket de sa mère. Le portrait de la Duchesse. Une femme qui savait à quoi elle ressemblait avant même de la connaître. Quelqu'un qui avait tissé sa vie dans celle de la Duchesse sans qu'elle s'en aperçoive.
Et la lettre d'Armand. La dette. Le poison.
« Il faut prévenir le Roi », dit-elle, ses mots sortant comme un flot. « Madame de Maintenon surveille la Comtesse, mais la Comtesse a dit que la Duchesse avait ordonné — si le Roi le croit —
« Le Roi ne croit rien de ce que dit une prisonnière », coupa Beaumont. « Mais il écoutera ce que dit sa favorite. Et la favorite vous a écoutée. C'est un atout, Marguerite, pas une faiblesse. »
Marguerite voulut le croire. Mais elle ne pouvait pas oublier la manière dont Maintenon l'avait regardée, comme on examine un insecte sous un verre. Elle l'avait utilisée, oui. Mais elle l'avait aussi avertie : *Je ne peux pas protéger une servante.*
Dans le cabinet étroit, la lumière d'hiver déclinait. La Duchesse but une autre gorgée de bouillon. Dr. Beaumont rangeait ses fioles dans sa sacoche de cuir. Et Marguerite restait là, agenouillée sur le sol froid, regardant la poussière danser dans les rayons obliques.
Elle pensa à la locket vide qui avait été trouvée. À l'homme qui se tenait derrière la Comtesse. À celui qui avait planté cette copie dans la cheminée.
Quelqu'un connaissait son histoire. Quelqu'un savait d'où venait la locket de sa mère.
Et ce quelqu'un était encore dans le palais.
« Marguerite. »
La voix de la Duchesse la fit sursauter.
« Oui, madame ? »
La Duchesse tendit la main. Marguerite la prit, et cette fois, la pression des doigts était ferme.
« Je ne sais pas qui est votre ennemie, ma fille. Mais si vous êtes loyale, et vous l'avez prouvé, alors je serai loyale en retour. Nous allons découvrir qui est derrière tout cela. Ensemble. »
Marguerite serra la main de la Duchesse. Elle la serra si fort que ses jointures blanchirent.
Mais le mot « ensemble » sonnait étrangement. La Duchesse était faible, fragile, prisonnière de ses murs et de son rang.
Marguerite, elle, pouvait traverser les couloirs sans être vue. Pouvait entrer dans les cuisines, écouter aux portes, suivre les servantes.
La bataille se jouerait là. Dans l'ombre.
Elle se releva, lissa sa jupe, et inclina la tête.
« Je vous sers, madame. Toujours. »
La Duchesse esquissa un sourire, le premier depuis des jours — un sourire fragile, mais réel.
« Alors allez », dit-elle doucement. « Et trouvez la vérité. »
Marguerite sortit du cabinet. Le couloir était vide, les flambeaux presque éteints. Dehors, la nuit tombait sur Versailles, et quelque part dans l'obscurité, quelqu'un attendait.
Elle n'avait plus de locket. Plus de preuves. Plus de protection.
Elle avait seulement son regard — et la certitude que la vérité était encore cachée quelque part dans ce labyrinthe de pierre et d'or.
Elle commença à marcher.
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