Le Registre de la Ruine
Lire le chapitre 12: The Twist
La lampe à pétrole vacillait sur la table de la ferme, projetant des ombres dansantes sur les plans étalés. Walter passa un doigt sur le schéma du Federal Trust Bank de Chicago — une copie des plans originaux de 1928, qu'il connaissait par cœur.
— La chambre forte est ici, dit-il en tapant le papier. Le coffre de DeVries est derrière le mur nord, dissimulé derrière une plaque d'acier décorative. Il faut les deux combinaisons : la sienne et celle du directeur adjoint, qui ne se croisent qu'à l'ouverture du marché.
Roy hocha la tête, adossé au chambranle, les bras croisés.
— Et le sas de soixante minutes entre trois et quatre heures du matin ?
— Une fenêtre de maintenance. Les systèmes de sécurité sont en partie désactivés pour l'entretien hebdomadaire. C'est la seule occasion.
Jack se rongeait un ongle près du poêle. Doc graissait son revolver avec une lenteur méthodique. Sal, assise dans le coin, tricotait — ou feignait de tricoter, ses yeux allant de Walter à Roy avec une attention de chat.
Walter déplia une seconde feuille, ses notes personnelles.
— Mais voilà ce qui me chiffonne. La chambre forte contient des liquidités pour un million, peut-être plus. Le coffre de DeVries, lui, est petit. Un coffre-fort de bureau, presque. Si l'on veut de l'argent, on prend la chambre forte. Pourquoi risquer de toucher le coffre personnel ?
Roy sourit de ce sourire qui ne montait jamais à ses yeux.
— Parce que le coffre personnel contient quelque chose de plus précieux que l'argent.
Walter croisa les bras.
— C'est-à-dire ?
Roy s'approcha de la table, sortit une enveloppe de sa poche intérieure, en tira une photographie. Il la posa devant Walter. On y voyait DeVries serrant la main d'un homme en costume sombre, devant un bâtiment de marbre. Au dos, une inscription manuscrite : *Avec reconnaissance, Franklin Trust, 1931*.
— Le type, c'est Howard Bannerman, dit Roy. Sous-secrétaire au Trésor. Entre 1930 et 1932, Bannerman et DeVries se sont rencontrés à onze reprises. Chaque fois, dans les semaines précédant l'effondrement d'une banque régionale. Chaque fois, les dépôts fédéraux disparaissaient avant la faillite.
Walter sentit un vide se creuser dans son ventre.
— Les prêts fantômes de Meridian Trust Holding, murmura-t-il. Marcus avait raison. Il y avait un réseau.
— Pas un réseau, Walter. Le système. Les banques qui tombaient n'étaient pas des accidents. Elles étaient sélectionnées. Dépouillées. Sacrifiées pendant que Bannerman et DeVries détournaient les fonds fédéraux garantis vers des coquilles offshore.
Jack s'étrangla :
— On parle du gouvernement ? On attaque le gouvernement ?
Roy ne le regarda même pas. Ses yeux restaient fixés sur Walter.
— Le coffre de DeVries contient les registres. Les transferts. Les signatures. Assez pour faire tomber la moitié du département du Trésor.
Walter déglutit. Sa bouche était soudain sèche.
— Et on vole ces registres pour... les remettre à qui ?
Roy se redressa, un éclat froid dans le regard.
— À nous.
Un silence. Le vent siffla contre les murs de la ferme. Doc s'arrêta de graisser son arme.
— J'comprends pas, dit Jack. On devient des maîtres chanteurs ?
— On devient des gens qui possèdent quelque chose que les plus puissants de ce pays veulent à tout prix, dit Roy. Écoute-moi, Walter. Tu crois qu'on pille des banques pour vivre ? Pour l'adrénaline ? Chaque braquage depuis le début — Haddonfield compris — c'était pour financer ça. Pour amasser le matériel, les informations, les hommes. Le braquage de DeVries, c'est la dernière pièce. Une fois qu'on a ces registres, on peut dicter nos conditions. Des millions. Pas en petite monnaie de braquage, mais les vraies sommes. Celles qui font bouger les gouvernements.
Le cœur de Walter battait contre ses côtes. Le papier du billet forgé crissa contre sa poitrine, oublié, minuscule. Il revit la façade de sa banque, la file des déposants en 1933. Les visages. Ses voisins. Sa vie. Tout cela n'était pas un accident. C'était une mécanique. Une machine à broyer les petits pendant que les grands se remplissaient les poches.
Il regarda Roy.
— Tu m'as recruté pour mes compétences. Pas pour ouvrir des coffres.
— Je t'ai recruté parce que tu es le seul comptable capable de comprendre ces registres en une nuit, de vérifier qu'ils sont authentiques, de savoir ce qu'on tient. Sans toi, on vendrait potentiellement des liasses de papier sans valeur. Avec toi, on saurait exactement quoi exiger.
Le silence s'épaissit. Sal cessa enfin de faire semblant de tricoter.
— C'est pas ce à quoi j'ai signé, dit-elle doucement. J'ai signé pour voler des banques, pas pour faire chanter Washington.
— Voler des banques, répéta Roy avec un rire sans joie. Sal, les banques que tu voles, elles sont déjà vides. Asséchées par les DeVries de ce monde. Toi, moi, tous ceux qui braquent des banques en ce moment — on gratte le fond d'un baril qu'ils ont déjà vidé. On risque notre vie pour des miettes qu'ils ont laissées tomber.
Il se pencha sur la table, sa voix devenant basse, ardente.
— Le Federal Trust, c'est pas une banque. C'est le robinet central. On coupe le robinet, on tient le tuyau. Et on demande n'importe quel prix.
Doc émit un sifflement.
— C'est plus gros qu'un braquage, patron.
— C'est plus gros que tout ce qu'on a fait. C'est le seul moyen de gagner.
Tous les regards convergèrent vers Walter. Il sentit le poids de cette attente. L'ivresse du braquage de Haddonfield s'était dissipée, remplacée par une nausée froide. Il avait voulu frapper les banques. Il avait voulu la revanche. Mais ceci — ceci était une tout autre espèce de jeu. La monnaie n'était plus de l'argent, mais du pouvoir. De la destruction.
Il pensa à Arthur Phelps, mort dans un champ près de Meridian Junction. Il pensa au garde de Haddonfield, touché par la balle de Doc. Il pensa à sa femme, à sa fille, qui l'avaient quitté après la faillite.
Roy le regardait avec une intensité presque tendre.
— Tu peux dire non, Walter. Mais demande-toi : qui a détruit ta banque ? Ton foyer ? Ta vie ? DeVries les a détruits, assis dans son fauteuil en cuir. Et Bannerman, dans son bureau doré. Ils n'ont jamais tiré un coup de feu, jamais touché un pistolet, et pourtant ils ont tué plus de gens que nous ne pourrons jamais en sauver.
Walter regarda les plans du Federal Trust. Le petit coffre derrière la plaque d'acier. Soixante minutes. Un million en liquide, un coffre en papier.
Il releva la tête.
— Ces registres, dit-il lentement. Une fois qu'on les a, on pourrait aussi bien les brûler publiquement. Exposer le réseau entier. Détruire DeVries, Bannerman, et tous ceux qui ont trempé là-dedans. Pas les faire chanter.
Roy inclina la tête.
— Le chantage nourrit nos poches. La publication nous nourrit seulement de vengeance.
— La vengeance est la seule chose qui nous reste.
Le tic-tac de la pendule remplit la pièce. Roy sourit enfin — un vrai sourire, cette fois.
— Alors c'est convenu. On prend les registres. Et ensuite, on décidera ensemble — toi et moi — de leur destin.
Walter tendit la main. Roy la serra.
Sous la table, la main de Sal se posa brièvement sur son genou — un message silencieux qu'il ne savait pas déchiffrer.
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