Le Registre de Minuit
Lire le chapitre 26: The Debt Called In
La salle du trône était plongée dans une pénombre dorée, les dernières flammes des candélabres jetant des ombres dansantes sur les colonnes de marbre. Malachar se tenait près du trône, sa main encore levée vers son visage brûlé, la peau à vif rougeoyant comme une braise mal éteinte.
« Vous auriez dû fuir plus loin, murmura une voix depuis les ombres.
Le sorcier se retourna brusquement. Le commandeur Voss émergea de derrière un pilier, son épée déjà dégainée, la lame luisant d'un éclat froid.
— Vous, cracha Malachar. Le chien fidèle du roi.
— Je ne suis le chien de personne, répondit Voss en avançant lentement. Mais j'ai une dette envers Sa Majesté. Une dette que je vais solder ce soir.
Malachar ricana, mais son rire sonna creux. Il recula d'un pas, sa main cherchant machinalement son anneau.
— Vous croyez pouvoir me tuer, commandeur ? Après tout ce que vous avez fait ?
— Je n'ai rien fait que mon devoir n'exigeât.
— Ah oui ? La voix du sorcier se fit mielleuse. Et le devoir exigeait-il la mort de la reine Isolde ?
Voss s'arrêta net. Son épée trembla imperceptiblement.
— Vous mentez.
— Est-ce que je mens ? Malachar redressa les épaules, sentant la faille. La reine est morte en donnant naissance à la princesse. C'est du moins ce que tout le monde croit. Mais vous savez mieux que personne, n'est-ce pas, ce qui s'est réellement passé cette nuit-là ?
Le silence s'étira comme un fil tendu. Voss serra la poignée de son épée jusqu'à ce que ses jointures blanchissent.
— Vous étiez là, poursuivit Malachar avec une douceur venimeuse. Vous étiez capitaine de la garde royale à l'époque. Vous deviez protéger la reine enceinte, sur ordre du roi lui-même.
— Taisez-vous.
— Mais quand Malachar — quand *j'approchai* la reine pour négocier, qui est intervenu ? Qui a cru que la reine était en danger et a frappé sans demander d'explication ?
Les mots tombaient comme des pierres dans l'eau calme. Voss semblait s'être changé en statue, son visage de pierre ne laissant rien paraître.
— Ce n'était pas moi qui ai tué la reine, dit enfin Voss, la voix rauque.
— Non. Vous avez seulement lancé la lame qui a fait trébucher la reine dans sa fuite. Elle est tombée, s'est cogné la tête contre la pierre froide de l'autel. Et l'enfant qui est née ensuite — cette enfant maudite — a vu sa mère mourir avant même de connaître son visage.
Le commandeur baissa son épée d'un pouce. Malachar sourit, sachant qu'il tenait sa victoire.
— Mais ce n'est pas tout, dit le sorcier. Cette nuit-là, la reine avait une dernière volonté. Un dernier projet. Elle voulait me persuader de retirer la malédiction que j'avais posée sur le royaume, me payer avec sa propre vie. Et vous l'avez privée de cette chance. Vous avez privé sa fille de la vérité. Vous avez privé le royaume d'une reine qui aurait pu défaire mon sort sans que nul n'en souffre.
Voss avançait, mais son pas était devenu hésitant, comme s'il marchait sur un sol qui cédait sous lui.
— La reine est morte parce que vous avez paniqué, commandeur. Pas parce que je l'ai maudite. Pas parce que le destin l'exigeait. À cause de *vous*.
— Tais-toi ! Voss bondit, son épée fendant l'air vers le sorcier.
Malachar leva à peine la main. Un éclat de lumière, et la lame ricocha contre un bouclier invisible. Le sorcier regarda Voss, les yeux brillants d'une joie mauvaise.
— Vous pouvez me tuer, commandeur. Si vous en êtes capable. Mais si vous le faites, qui dira à la princesse que son commandeur de confiance est l'homme qui a tué sa mère ?
Voss se figea. Son épée retomba, mais ne toucha pas le sol. Elle resta suspendue, inutile, au bout d'un bras soudain privé de volonté.
— Le roi vous devra toujours sa vie, poursuivit Malachar. Vous avez sauvé Sa Majesté lors de la révolte du bas-fief. C'est pourquoi il vous fait confiance, pourquoi il vous a offert le poste de commandeur. Mais c'est parce que vous l'avez servi que vous avez été là cette nuit-là. Le même courage, la même loyauté — et le même sang sur les mains.
— Ce n'était pas un complot, murmura Voss. Je voulais simplement…
— Vous vouliez simplement protéger. Je sais. C'est ce que disent tous ceux qui tuent par accident.
Malachar fit un pas vers lui, l'anneau scintillant à son doigt.
— Je vous offre un marché, commandeur. Laissez-moi partir. Laissez-moi disparaître ce soir. Et je ne révélerai jamais à la princesse la vérité sur sa mère.
— Et si je refuse ?
— Alors je la lui dirai moi-même. Elle est quelque part dans ce palais, en train de danser avec le prince du Sud, croyant encore que sa mère est morte d'une fièvre. Imaginez la nouvelle dans sa tête déjà brisée par la perte de mémoire. Croyez-vous qu'elle vous regardera jamais de la même façon ?
Voss ferma les yeux. Une longue expiration, comme un homme qui vide ses poumons de toute sa rage.
— Elle doit savoir, dit-il enfin, la voix brisée.
— Elle saura. Tout ce que vous avez fait. Mais peut-être… si vous vous montrez utile… peut-être pourrai-je être clément dans la manière de présenter l'histoire.
L'épée de Voss tomba au sol avec un bruit mat qui résonna dans la salle vide. La tête baissée, il semblait plus vieux que son âge, les épaules affaissées sous un poids invisible.
— Vous êtes le monstre que je n'ai jamais voulu devenir, murmura-t-il.
Malachar rit, un son sans chaleur.
— Nous sommes tous le monstre de quelqu'un, commandeur. J'ai appris cela depuis longtemps. La différence entre vous et moi, c'est que j'assume.
Il se pencha, ramassa l'épée de Voss et la lui tendit, poignée en avant.
— Reprenez-la. Reprenez votre rôle. Protégez la princesse à ma place, aussi longtemps qu'il le faudra. Et quand le moment viendra de porter mon anneau… vous saurez ce que vous devez faire.
Voss saisit l'épée, les doigts tremblants. Mais son regard ne contenait plus de défi. Une défaite sourde, absolue, avait pris la place de sa colère.
Au loin, les accords d'un menuet montaient de la salle de bal, légers et insouciants. La princesse Anya dansait avec un prince qu'elle ne connaissait pas, dans un monde qu'elle ne reconnaissait plus.
À la fenêtre de la salle du trône, une silhouette se découpait contre la lune. Kael avait tout entendu. Sa blessure à l'épaule le brûlait, mais c'était autre chose qui lui glaçait le sang.
Anya devait apprendre la vérité. Mais pas celle que Malachar voulait qu'elle entende. Pas celle qui servirait les plans du sorcier.
Il recula silencieusement dans les ombres, sa main serrant le poignard à sa ceinture. La dette qu'il avait lui-même envers Anya venait de s'alourdir d'une obligation nouvelle.
Dans le couloir menant à la salle de bal, sous le couvert des tentures de velours, il vit Anya s'avancer vers la terrasse, le prince du Sud à son bras. Elle souriait poliment, mais ses yeux cherchaient quelqu'un — cherchaient Kael.
Pour la première fois depuis son arrivée à la cour, il ne savait pas quoi lui dire.
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