Le Registre du Faiseur de Guillotines
Lire le chapitre 38: A New Dawn
Le messager trouva Étienne dans la cour de son atelier, les manches relevées jusqu'aux coudes, occupé à raboter une planche de chêne. Un homme du Comité, à en juger par la cocarde trop neuve et le ton trop officiel. Il tenait un rouleau scellé du sceau de la Convention.
« Citoyen Vautour, dit-il en inclinant la tête. Le gouvernement vous sait gré de votre fidélité à la cause. Votre rôle dans l'affaire Fouquier n'est pas oublié. »
Étienne ne s'interrompit pas. Le rabot glissa, tirant un ruban de bois pâle. « Je fais mon métier. C'est tout. »
L'homme insista, déroulant le parchemin. « On vous offre une place au Bureau de surveillance administrative. Vos connaissances des mécanismes — ceux de la machine, mais aussi ceux des hommes — seraient précieuses. Un salaire fixe. Une pension. La reconnaissance de la République. »
Devant l'atelier, la rue s'animait d'une charrette qui bringuebalait vers la Place. Étienne releva la tête. Le conducteur n'était pas un visage connu. Personne ne l'était plus, désormais. « Sais-tu combien de têtes j'ai préparées ce mois-ci ? » demanda-t-il.
L'homme du Comité hésita. « Ce n'est pas... ce n'est pas la question. »
« La question, c'est que vous voulez quelqu'un qui sache compter les planches et les clous, quelqu'un qui connaisse les calibres de fer. Mais vous ne voulez pas quelqu'un qui compte les noms. » Étienne posa le rabot. « J'ai un carnet. Il est plein de noms. Les gouvernements changent de chapeau, pas de méthode. »
Le messager pâlit. « Prenez garde, citoyen. Ce genre de propos... »
« Je sais quel genre de propos mène où. J'ai scié le bois de la guillotine pour un homme qui prononçait des propos. Il est mort en criant contre Fouquier. Le lendemain, on m'a demandé de préparer la lame pour Fouquier lui-même. Et demain, peut-être, ce sera quelqu'un d'autre. » Il essuya ses mains sur son tablier de cuir. « Je refuse. Dites-leur que le bourreau préfère rester à son établi. »
L'homme du Comité roula son parchemin. Ses lèvres se pincèrent. « Vous faites une erreur. »
« C'est possible. Mais c'est mon erreur. »
Il resta seul dans la cour. La poussière de sciure retomba lentement. Il ramassa un copeau et le fit tourner entre ses doigts. Les nouveaux ateliers, en haut du boulevard, produisaient des machines plus légères, avec des garnitures en laiton. La sienne était en chêne massif, assemblée comme un meuble de famille. On ne construit plus rien de durable, songea-t-il. Pas même la mort.
Dans l'atelier, la cache sous les planches — celle qu'il avait trouvée la semaine précédente, marquée de l'inscription gravée *Souviens-toi* — contenait désormais deux documents. Le carnet de l'ancien propriétaire, un menuisier qui avait travaillé sous l'Ancien Régime et qui avait compris, lui aussi, que le bois pouvait mentir. Et le sien. Deux cahiers de peaux et d'encre, deux vies passées à fabriquer des échafauds.
La nuit tombait quand Claire arriva. Il ne l'entendit pas d'abord — le bruit du marteau, les clous, le silence. Puis une ombre se profila sur le mur du fond.
« Tu es encore là », dit-elle.
Il se retourna. Elle portait un fichu de paysanne, des bottes de cuir épais. Le voyage avait creusé son visage, mais ses yeux étaient vifs. « Claire. Je croyais que tu étais à Meaux. »
« J'y étais. La moisson est rentrée. Les gens parlent. » Elle s'avança, jeta un coup d'œil aux planches blondes étalées sur l'établi. « Tu construis toujours. »
« C'est ce que je sais faire. »
« Tu pourrais partir. La campagne est dure, mais vivable. Pierre a trouvé une ferme abandonnée près de la Marne. Il y a des champs, des arbres. Il faudrait du travail, mais la terre ne vous trahit pas. » Elle hésita. « Il y a une place pour toi. »
Étienne examina une cheville de fer, la tourna entre ses doigts. « Meaux. Tu y es vraiment heureuse ? »
« Heureuse n'est pas le mot. Je suis vivante. Je dors sans entendre de tambours. Je ne compte plus les charrettes. » Elle sourit à peine. « C'est déjà beaucoup. »
« Et la Révolution ? »
« La Révolution est à Paris. À Meaux, on suit les saisons. On ne suit plus les procès. »
Il déposa la cheville. Il pensa au carnet glissé sous les planches, à l'inscription gravée, aux noms alignés en colonnes serrées — les dates, les montants, les livraisons de métal. Si la cache était découverte après sa mort, quelqu'un lirait peut-être ces pages. Mais il ne savait pas ce que ce quelqu'un ferait des morts, ni de l'or, ni de la République.
« Je ne peux pas, dit-il. La machine est entretenue. Si ce n'est pas moi qui ajuste les lames, ce sera quelqu'un d'autre. Mais je la connais. Je connais ses faiblesses. Et je sais qu'un jour, il faudra peut-être une main calme pour la démonter. »
Claire le regarda. Elle ne protesta pas. Elle avait appris, comme lui, que certaines résolutions ne se discutent pas. « On dit que Robespierre prépare une nouvelle loi. On dit qu'il y aura plus de jugements, pas moins. » Elle recula vers la porte. « Prends soin de toi. Tois et ton carnet. »
« Tu reviendras ? »
« Quand ça finira. Si ça finit. » Elle s'arrêta sur le seuil. « Je sais où te trouver. Devant tes planches. »
Elle partit. Le bruit de ses bottes s'effaça dans la rue. Étienne resta immobile un long moment. Puis il souleva la planche du plancher, sortit les deux cahiers, et les remit plus profondément, sous une latte qu'il venait de remplacer. Il scella le tout avec de la résine et du sable.
Au matin, un garde national frappa à sa porte. « Le citoyen Fouquier-Tinville a été exécuté hier. La Convention rend hommage à votre zèle. On vous demande de préparer la machine pour le procès des Girondins. On attend beaucoup de monde. »
Étienne noua son tablier. Les outils étaient propres, le fer affûté. Il prit une baguette pour mesurer la hauteur de la bascule et marcha vers la charrette qui devait le conduire à l'échafaud. Le ciel était d'un gris pâle, sans nuages. La place serait pleine. Cela ne changeait pas.
Il avait décliné l'offre du gouvernement. Il avait refusé les honneurs. Il restait pour fabriquer la machine, pour maintenir la lame, pour compter les planches et les clous — et pour se souvenir. Minutieusement, sans se presser, il nota sur la première page d'un cahier neuf : *Date. Cause. Nombre de condamnés.* Les colonnes s'alignaient, propres et nettes.
Le carnet caché, sous les planches, ne criait pas vengeance. Il attendait. Étienne le savait : la Révolution se dévorait elle-même à coups de lois, de décrets et de lames. Lui, il resterait à l'établi, les outils bien rangés, les yeux ouverts. Il avait vu ce que les hommes faisaient du fer et de l'or. Il avait vu ce que la justice devenait entre des mains ambitieuses. Personne ne le ferait taire, parce que personne n'entendait ce qu'il ne disait pas. Mais le bois, lui, se souvenait. Et un jour, quand on soulèverait la planche, on trouverait ses réponses.
Il monta sur la charrette, ajusta sa veste, et regarda la place s'étendre devant lui. Elle était immense, froide, remplie d'une foule curieuse. La guillotine se dressait, noire et rectiligne, pareille à toujours. Étienne descendit, éprouva le tranchant de la lame d'un doigt, nota une ébréchure quasi invisible à prévoir avant l'exécution du lendemain. Puis il sortit son crayon et, sur le cahier qu'il portait désormais dans la poche intérieure, il nota un nom en haut d'une nouvelle page.
Un seul nom.
En dessous, une date. Une question sans réponse. Et il ferma le cahier, prit la mesure, et retourna à sa besogne.
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