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Le Sceau de la République

Lire le chapitre 10: The Arrest

Le bruit de la porte ne laissa aucun doute. Ce n'était pas un visiteur matinal, ni un voisin venu quérir du pain. C'était une hache, ou peut-être un mousquet, qui heurtait le panneau de chêne avec une régularité terrible.

Célie se figea, les doigts encore tachés d'encre, les faux papiers serrés entre ses mains. Elle regarda Jean. Il avait cessé de respirer, sa mâchoire serrée, les yeux fixes sur la porte qui tremblait à chaque assaut.

« Attends, dit-elle tout bas. Il y a une issue ? »

Jean secoua la tête. « La ruelle derrière, mais elle est fermée par une grille. S'ils sont là, c'est qu'ils l'ont bloquée aussi. »

Un coup, puis un autre. Le bois gémit.

Célie tâta la couture de son corsage, poussa le sceau dans le creux entre ses seins, sous la toile de chanvre rugueuse. Le métal froid, la forme carrée, les arêtes de la gravure contre sa peau. Puis elle attrapa une liasse de papier, la glissa dans sa poche, et prit la main de Jean.

La porte céda dans un fracas, des fragments de bois volant, et trois hommes en habits civils entrèrent en braquant des pistolets. L'un d'eux — un petit homme au visage grêlé qui semblait connaître les lieux — parcourut la pièce du regard.

« Le citoyen Garnier-Petit ? »

« Il n'est pas là », dit Jean, d'une voix qui se voulait ferme mais qui tremblait sur la dernière syllabe.

L'homme grêlé fronça les sourcils, puis ses yeux tombèrent sur Célie. Il s'arrêta. La dévisagea. Célie soutint son regard, le menton levé, son bonnet d'homme bien enfoncé.

« Qui êtes-vous ? »

« Un apprenti de Province, dit-elle. Venu s'essayer chez Garnier pour les caractères. »

Il rigola, un ricanement sec. « Vous en avez, de la confiance. » Il fit signe aux autres. « Fouillez tout. Papiers, presse, tout. »

Ils ne trouvèrent rien avant trois minutes. Puis l'un des hommes tira un long tiroir sous l'établissement et en sortit la pile de faux passeports — les passeports Danon, encore humides d'encre, les cachets à peine séchés.

Le visage grêlé s'éclaira d'une satisfaction mauvaise.

« Et voilà. » Il sortit une montre de sa poche et l'ouvrit, regarda l'heure. « Conciergerie, vous deux. »

La marche fut courte et longue à la fois. Paris était encore dans le gris de l'aube, les rues désertes, la Seine maussade. Les gardes ne parlaient pas. Célie, les mains liées — par un vieux cordon sale que l'un des hommes avait tiré de sa poche — marchait devant Jean, qui ne cessait de jeter des regards désespérés autour de lui, comme s'il cherchait un visage connu, un sauveur possible.

La Conciergerie. Célie avait entendu le nom, l'avait prononcé dans une lettre une fois, ne l'avait jamais imaginé pour elle-même. Le palais semblait trop beau pour recevoir tant de morts. Ils la firent passer sous un porche bas, descendre des escaliers humides qui sentaient le vieux cuir et la paille pourrie.

Dans une salle à peine éclairée, un greffier les compta, les nota, les assigna chacun à une cellule. Il posa sa plume et récita les noms comme il aurait lu une liste de courses.

« Laurent, disant Célie. » Il leva les yeux. « Métier ? »

« Graveur. »

« Graveur de faux ? » Il ricana. « Nous verrons cela. »

Jean avait son propre nom, celui qu'il portait pour de vrai, et son propre acte d'accusation pour l'atelier de Garnier-Petit — pour ses complices, il faudrait voir.

On les mena par un couloir bas, aux pierres ruisselantes, jusqu'à une porte de fer. Un garde s'approcha pour ouvrir, et les deux prisonniers furent poussés dans une grande salle séparée en deux par une palissade de bois grossier.

Avant d'être poussé de l'autre côté, Jean se retourna brièvement. Célie se pencha vite contre le garde, feignant une faiblesse pour ralentir l'entrée de la cellule, et murmura : « Garnier-Petit — s'il revient, dites-lui chêne et citron. »

Jean, les yeux écarquillés, n'eut pas le temps de répéter. Le garde le planta comme un piquet et le fit disparaître derrière la palissade. Célie resta seule dans sa zone — un rectangle d'un peu plus de deux mètres sur trois, occupé par une planche qui tenait lieu de lit, un seau d'eau, une fenêtre haute qui laissait entrer une lumière grise.

Le sceau pesait contre sa poitrine, un battement de plus.

Elle resta debout. Elle ne savait pas combien de temps s'écoula. Une heure, peut-être deux. Le greffier revint avec un autre homme, vêtu de noir, une plume à la main.

« Citoyenne Laurent. Vous êtes accusée de fabrication de faux passeports et de faux cachets civiques. L'atelier de Garnier-Petit était connu des sections comme un lieu de réunion contre-révolutionnaire. Vous reconnaissez ? »

« Je ne suis pas citoyenne Laurent », dit-elle, avec une assurance qu'elle ne ressentait pas. « Je suis citoyen Laurent, graveur, et je n'ai fabriqué aucun passeport. »

Quelqu'un rit derrière elle. L'homme grêlé était apparu dans l'embrasure de la porte.

« Le citoyen Laurent ne sait pas ce que c'est qu'une case à cocher, alors très bien. Nous allons laisser cela à l'examen. Les passeports sont signés de votre main — nous les ferons examiner par un graphologue. En attendant, la conciergerie a beaucoup de temps pour vous. »

Il s'approcha, très près, et Célie sentit l'odeur de ses vêtements mouillés, d'alcool.

« Vous travailliez pour quelqu'un, mon garçon. Ou vous travailliez seule. C'est tout à l'heure que cela se décidera. Le procureur vous posera les questions auxquelles vous ne voulez pas répondre, et l'on saura très vite si vous avez une famille quelque part, une mère, un père, qui paierait une jolie somme pour ne pas être accusé à votre place. »

Il se tourna vers le greffier.

« Interrogez l'apprenti d'abord. Lui, il a peur. »

Il sortit. Le greffier haussa les épaules et le suivit.

Célie s'assit sur la planche. L'après-midi passa. Le soir venue, une détenue d'à côté lui glissa un morceau de pain sec à travers une fente du mur. « Vous êtes pour combien ? »

« Rien », dit Célie.

« Tout le monde dit cela. »

Quelques heures plus tard, un murmure monta le long du couloir, porté de bouche en bouche, jusqu'à sa voisine, jusqu'à Célie. Le bruit était maigre mais il suffit à faire naître une étincelle d'espoir : l'apprenti avait été relâché.

« Faute de preuves, dit la voisine. Encore un chanceux. »

Mais Célie ne ressentit pas la joie qu'elle avait espérée. Jean était sorti — cela signifiait qu'il n'avait pas livré la mention du chêne et du citron, ou qu'il ne l'avait pas comprise. Mais sa sortie signifiait aussi autre chose : elle demeurait seule.

Quand elle ferma les yeux, le sceau de la famille pesait dans son corsage comme une pierre tombale. Mais quand elle les rouvrit, la pierre se rappela à elle comme une promesse.

Elle restait. C'est ainsi que l'on protège les autres.

Jean sortirait. Et elle — elle compterait les jours. Elle garderait le silence. Elle survivrait avec ce que seul son sang lui avait donné : un sceau, un nom, et une dette qu'elle paierait quand l'heure viendrait. Peut-être qu'elle mourrait sur l'échafaud. Peut-être qu'une étoile plus clémente la laisserait vivre assez longtemps pour voir Paris s'apaiser.

Mais elle ne révèlerait jamais sa véritable identité, jamais l'initiale qui habitait l'anneau comme une mémoire vivante. Charlotte Laurent, fille du sang, trahie déjà — et pourtant obstinée encore.

À travers la muraille gémissante, elle entendit la Seine couler, indifférente.

Et elle attendit.