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Le Serment du Chasseur

Lire le chapitre 1: The Redcoats' Demand

La brume s’accrochait aux crêtes comme une peau de bête mal tannée, et Callum MacRae la traversait sans bruit, le fusil en bandoulière, trois lièvres à la ceinture. Il avait marché depuis l’aube, suivi les traces dans la terre molle des combes, écouté le vent parler entre les pins. C’était son métier, lire le paysage comme d’autres lisent les Écritures. Sa récompense, le poids des bêtes, l’odeur du sang frais, la certitude d’un feu ce soir.

Puis il vit la fumée.

Pas celle d’un seul toit, ni même de deux. Une colonne épaisse, grasse, sale, qui montait de l’endroit où se nichait le village de Glenmoor—où se nichait sa maison. Callum s’arrêta net, les narines frémissantes. Cette fumée-là ne venait pas des cheminées. Elle sentait le tissu brûlé, le bois vert, et quelque chose d’autre, quelque chose de pire : l’ordre.

Il dévala la colline à grandes enjambées, les lièvres battant contre ses cuisses, le fusil cognant son épaule. La brume se déchira au bord du plateau, et il vit.

Des tuniques rouges. Partout. Une cinquantaine d’hommes, peut-être plus, campés en cercle autour du village, leurs tentes plantées à même le pré communal, les chevaux entravés près de l’église. Des soldats jetaient des meubles par les fenêtres des maisons, en tiraient des paillasses, des chaudrons. Une vieille femme—la veuve McGregor, il la reconnut à son châle—s’accrochait au bras d’un soldat qui lui arrachait un crucifix des mains. Le soldat le jeta dans le feu.

Callum sentit son sang se glacer, puis bouillir. Sa main se referma sur la hampe de son fusil. Il pouvait abattre ce soldat d’ici, à cent cinquante mètres. Il l’avait déjà fait, des balles plus difficiles que celle-là.

Non. Il compta jusqu’à trois. Il était un loyal sujet. Le roi George, son roi. Les rebelles, des traîtres qui semaient le trouble dans une terre déjà assez dure sans qu’on y ajoute le couteau. Les soldats étaient là pour ça. Pour le bien.

Mais pourquoi ici ? Pourquoi Glenmoor ?

Il descendit encore, jusqu’à ce que sa silhouette devienne visible. Un sergent le repéra aussitôt, hurla quelque chose. Deux soldats se détachèrent du groupe, mousquets levés, baïonnettes au canon. Callum leva les mains lentement.

— Je suis Callum MacRae. Je reviens de la chasse.

Ils le poussèrent en avant, sans lui demander de poser les armes. À travers le village, il vit des visages connus—des voisins, des cousins éloignés, tous rassemblés au centre, près du grand chêne. Les femmes serraient les enfants contre leurs jupes. Les hommes tenaient leurs chapeaux, les mâchoires crispées. Personne ne le regarda. Tous regardaient l’arbre.

Et ce que l’arbre portait.

Duncan.

Son frère, debout sur une charrette à foin, une corde autour du cou, l’autre extrémité passée sur une haute branche. Ses poignets étaient liés dans le dos, mais ses yeux—les mêmes yeux clairs que leur mère—étaient sauvages, pleins d’un feu que Callum n’y avait jamais vu.

— Callum ! cria Duncan. Ne les écoute pas ! Ils ne peuvent rien prouver !

Un coup de crosse. Duncan vacilla, cracha du sang, mais garda le menton levé. Callum voulut courir, voulut hurler, mais ses pieds refusèrent de bouger. Il resta planté là, à dix pas de la charrette, les mains pendantes, le cœur broyant ses côtes.

Un officier sortit de la maison MacRae. Grand, droit, épaulettes dorées, visage rasé de près sous un tricorne soigneusement posé. Ses bottes étaient cirées jusqu’à briller, insolentes dans la boue écossaise. Il tenait un papier entre ses doigts gantés.

— Capitaine James Thorne, se présenta-t-il d’une voix de professeur, mélodieuse et glacée. Et vous devez être Callum MacRae. Votre réputation vous précède. Le meilleur pisteur de toutes ces collines, à ce qu’on dit.

— Laissez partir mon frère, dit Callum. Il n’a rien à voir avec vos histoires.

Thorne sourit, un pli mince et précis. Il déplia le papier.

— Duncan MacRae. Dix-neuf ans. A été aperçu il y a huit jours, à deux lieues au sud, en compagnie de trois hommes connus pour être affiliés à la rébellion. On a trouvé sur lui des lettres.

— Des lettres de rien, dit Callum. Il livrait des provisions à la ferme des McAllister.

— Des lettres chiffrées, corrigea Thorne. Un code que nos hommes ont déjà identifié comme celui utilisé par les messagers du prétendant. Votre frère, monsieur MacRae, est un rebelle.

Duncan cracha à nouveau, cette fois en direction de l’officier.

— Fergus MacAllister est un vieil homme qui ne sait même pas signer son nom. Je lui portais du tabac. Vous cherchez des fantômes, vous en trouverez.

Un autre coup. Cette fois Duncan tomba à genoux, la corde se tendit, et une voix dans la foule—une femme—poussa un cri aigu. Callum fit un pas en avant, mais deux baïonnettes se dressèrent entre lui et la charrette.

Thorne leva la main, calmement.

— Vous voyez, monsieur MacRae, le problème. Votre frère assure son innocence. Je n’ai pas le temps d’établir la vérité. Mais j’ai besoin d’un homme comme vous.

Callum le regarda, méfiant.

— Quel genre d’homme ?

— Un homme qui sait lire une piste. Un homme qui connaît ces montagnes comme sa propre paume. Un homme capable de trouver celui que nous cherchons depuis trois mois, celui qui se terre dans les glens de Glencoe, qui rassemble les clans et qui signe ses lettres d’un nom de guerre. Le Faucon.

Le Faucon. Callum avait entendu ce nom murmuré dans les tavernes, chuchoté entre les fermiers, prononcé avec fierté par certains. Un chef de bande, un agitateur, un homme dont la tête était mise à prix pour deux cents guinées. Un homme insaisissable, disait-on, qui connaissait les chemins de transhumance secrets entre les crêtes.

— Je suis un loyal sujet, dit Callum lentement. Je n’ai jamais porté les armes contre le roi.

— Je le sais. Et c’est précisément pour cela que je vous demande. Trouvez le Faucon. Ramenez-le-moi, vivant de préférence. Et votre frère sera relâché.

La charrette grinça. Duncan releva la tête, les yeux écarquillés, le sang coulant de sa lèvre fendue.

— N’y va pas, Callum ! Ils te mentiront. Ils sont tous des menteurs ! Fergus te le dira, si tu le cherches. Fergus—

Un soldat le frappa à la tempe. Duncan s’effondra, pendant un instant, la corde le tenait par le cou, l’étranglant demi-conscient. Les soldats le redressèrent, le visage déjà gonflé.

Callum sentit ses poings se serrer si fort que ses ongles percèrent ses paumes.

— Et si je refuse ?

Thorne haussa les épaules avec une élégance terrible.

— Je ne suis pas barbare, monsieur MacRae. Votre frère aura un procès. Il sera jugé selon la loi du roi. Et selon cette loi, la correspondance avec un ennemi du trône se paie de la corde. Une corde que je vois déjà tendue là-haut.

Il désigna la branche du geste négligent d’un homme qui parle du temps qu’il fait.

Callum regarda Duncan. Son petit frère, avec qui il avait couru dans la bruyère, qui lui avait volé ses premiers appâts, qui avait ri si fort que leur mère les grondait tous les deux. Le garçon qui attachait encore ses cheveux en arrière comme un enfant, malgré sa barbe naissante.

Puis il regarda Thorne. L’officier le détaillait comme on examine un cheval à la foire, calculant son prix, son usage, sa date de mise à bas.

— Donnez-moi un homme que je connaisse, dit Callum. Un soldat qui sache se taire et marcher sans faire de bruit. Et dites-moi où vous avez vu ses traces pour la dernière fois.

Le sourire de Thorne s’élargit, juste assez pour montrer une canine.

— Mes hommes ont relevé des empreintes au nord-est de Loch Eil, il y a quatre jours. Des bottes anglaises, volées à un régiment. Une colonne de fumée à plus de dix lieues. Vous partirez au lever du jour.

— Et Duncan ?

— Il restera ici. En sécurité. Dans ma garde. Aussi longtemps que vous serez utile.

Callum ne répondit pas. Il regarda une dernière fois son frère, qui retrouvait peu à peu ses esprits, puis il tourna les talons et marcha vers la maison de son père.

Il avait besoin d’un sac. De poudre. De plomb. Et d’un plan.

Derrière lui, Thorne donnait des ordres aux soldats, qui répartissaient les villageois dans leurs maisons, refermaient les portes, éteignaient le feu près de l’arbre. Derrière lui, Duncan criait encore quelque chose, mais le vent s’était levé, et les mots se perdirent dans la brume qui redescendait des collines.

Callum entra dans la maison. Le foyer était froid. Sur la table, une miche de pain entamée, une cruche de bière à moitié bue. Il posa les lièvres à terre, sortit son sac de chasse du coffre, y glissa des cartouches, des mèches, un couteau, un silex.

Son fusil, il le nettoya lentement, comme toujours. C’était un bon musket, son héritage, celui de son père mort à Culloden, il y avait vingt ans de cela. Lui aussi avait servi le roi. Lui aussi était mort pour lui, une balle dans la poitrine sur un champ boueux, perdu pour une cause perdue.

Callum leva le fusil vers la fenêtre, lui fit traverser un rai de lumière. L’acier luisait, froid et précis.

Il y avait un moyen. Il y avait toujours un moyen. Mackinnon, le vieux briscard du nord, savait traquer le Faucon depuis des mois sans succès. Callum le trouverait en un jour, peut-être deux. Puis il le livrerait, reprendrait Duncan, et irait loin, très loin de ces collines où même les arbres semblaient écouter.

Mais au fond de lui, une voix—celle de son frère, surtout, celle de son frère criant à travers la foule hurlante—lui répétait les mots qu’il n’avait pas voulu entendre.

« Fergus te le dira. »

Qui était Fergus ? Et pourquoi Duncan l’appelait-il, avant même que la corde ne le presse ?

Callum sortit dans la nuit tombante. Les soldats avaient allumé leurs feux, et des ombres rouges dansaient autour des flammes. Il regarda vers l’arbre du centre. La charrette était encore là, la corde toujours en place, se balançant doucement sous la brise.

Duncan était rentré, conduit entre deux baïonnettes vers une grange reconvertie en prison.

Callum resta là, longtemps, à regarder cette corde vide.

Puis il murmura, presque sans s’en rendre compte :

— Fergus MacAllister. Qu’est-ce que tu sais, vieil homme ?

Le vent lui répondit par le silence des crêtes. Mais dans ce silence, la décision de Callum MacRae se grava comme une entaille dans la pierre.

Demain, il partirait.

Mais il ne suivrait pas la piste du Faucon.

Il suivrait celle de son frère.