Le Vent De Suzhou
Lire le chapitre 12: — LA MAISON DES FAUX
On l'enferma dans une pièce où étaient empilés papiers anciens, pigments, sceaux et cadres.
Les hommes qui dirigeaient l'atelier voulaient son talent. Sa connaissance du trait, des lavis et des styles pouvait rendre les faux plus crédibles.
Mufeng refusa.
On lui montra Yonghe.
Elle était prisonnière elle aussi.
« Tu vois », dit-elle avec un humour sans joie, « je ne travaillais pas pour eux. »
Elle et Wu Siqin, l'homme qu'il avait aperçu plusieurs fois à ses côtés, enquêtaient depuis des mois sur un réseau dirigé par Hu Jinrong. Qinghe Gallery leur servait de point d'observation.
« Pourquoi ne rien m'avoir dit ? »
« Parce que tu as le talent rare de transformer une information dangereuse en aventure personnelle. »
« C'est injuste. »
« Tu as bu une bouteille offerte par un inconnu au bord d'un canal. »
Il ne trouva rien à répondre.
Forcé de peindre, Mufeng utilisa un pigment traditionnel à base de gamboge dans une zone où il savait qu'un restaurateur attentif remarquerait l'anomalie. Il fit également passer un signe graphique que Qiu Bin, familier de ses habitudes de pinceau depuis l'enfance, pouvait reconnaître.
Le signal sortit de la maison avec une œuvre.
Qiu comprit.
La police aussi.
Avant leur arrivée, les ravisseurs décidèrent de déplacer les prisonniers par bateau.
La fuite eut lieu sur le canal, dans la nuit.
Un homme sortit un couteau. Mufeng se plaça entre lui et Yonghe. La lame ouvrit son flanc.
Ils tombèrent tous deux à l'eau.
Yonghe nageait mieux que lui, mais Mufeng, blessé, refusa de la lâcher lorsqu'elle heurta une poutre immergée.
Des sirènes approchaient.
Sur la berge, haletante, Yonghe lui demanda :
« Pourquoi as-tu fait ça ? »
« Parce que je suis très mauvais pour rester en dehors des problèmes. »
Elle se mit à rire, puis à pleurer.
Il l'embrassa.
Ce ne fut ni élégant ni préparé.
Ce fut vrai.
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