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Le Vent De Suzhou

Lire le chapitre 6: — PARIS

La crise arriva sous la forme d'un courriel en français et en anglais.

Une série de canapés livrés en Europe contenait une mousse dont plusieurs indicateurs chimiques dépassaient les normes contractuelles. Le client exigeait la destruction du lot, le paiement des frais et des pénalités.

Mei Hongfeng entra dans le bureau de Mufeng et posa le dossier devant lui.

Cette fois, elle ne cria pas.

« Paris Vent représente presque dix ans de travail. Si on les perd, on perd une partie de l'Europe. »

Le fournisseur de mousse avait changé un mois plus tôt.

Mufeng ne trouvait aucune validation portant sa signature.

Qin Yuedong, soudainement hospitalisé pour une grave rechute gastrique, ne répondait plus aux appels. Le directeur des achats, Wang Yougang, se trouvait au Japon.

Cai proposa d'attendre.

Mufeng décida de partir.

À Paris, il fit refaire les analyses par un laboratoire indépendant. Le défaut fut confirmé.

Il n'essaya pas de négocier la réalité.

Huashi paierait la destruction, les pénalités et présenterait des excuses formelles.

Steven, représentant britannique de Paris Vent, apprécia la clarté mais refusa de poursuivre la collaboration.

« Une entreprise qui vend du mobilier pour des foyers ne peut pas demander une seconde chance comme on demande un deuxième café. »

Mufeng comprit.

Le dernier soir, il invita Steven à dîner. Mei le surveilla comme si elle craignait qu'il sorte soudain une enveloppe pleine d'argent.

« Vous avez un objectif », dit Steven.

« Oui. »

Mei manqua de s'étouffer.

Mufeng poursuivit :

« Je veux vous remercier pour dix années de travail avec notre société. Et je veux que la relation personnelle survive à la relation commerciale. »

Il lui offrit une petite peinture du canal Zhihe, signée de son nom.

« Elle ne vaut presque rien », précisa-t-il. « Si je deviens célèbre dans cent ans, vos petits-enfants pourront se féliciter de votre bon goût. »

Steven éclata de rire.

« Ou vous reprocher de m'avoir encombré le grenier. »

Ils se quittèrent sans contrat.

Mais pas en ennemis.

Sur le chemin de l'hôtel, Mei dit :

« J'ai cru que vous alliez le corrompre. »

« C'est ce que j'ai fait. »

Elle le dévisagea.

« Avec une rivière, un dîner moyen et mon charme. »

Mei se mit à rire malgré elle.