Les Fantômes du Santa Catalina
Lire le chapitre 34: The Curse Lifts
La coque du *Sea Serpent* tanguait doucement contre les pontons du port de Nassau quand Mack sortit de la salle d'audience. Le soleil des Bahamas lui brûla les paupières, et il cligna des yeux, encore engourdi par le martèlement du gavel qui avait déclaré son acquittement. Il s'arrêta au sommet des marches de pierre, inhalant l'air salé comme s'il émergeait d'une plongée trop profonde.
Rosa l'attendait appuyée contre la rambarde, ses cheveux noirs tirés en arrière, un sourire fatigué aux lèvres. Elle tenait son téléphone comme un trophée.
— Tu as l'air d'un homme qui vient de voir un fantôme, dit-elle.
— Plutôt un qui en a enterré un.
Il descendit les marches et s'arrêta devant elle. Avant qu'il puisse dire quoi que ce soit, elle se pencha et l'embrassa sur la joue. Une chaleur étrange, inattendue, lui remonta le long de la nuque.
— Merci, Rosa. Pour les documents. Pour tout.
— Tu n'aurais jamais dû être accusé en premier lieu. Et je n'aurais jamais dû mettre autant de temps à trouver la vérité. Elle rangea son téléphone dans sa poche. Maintenant, viens. Il y a quelqu'un sur le bateau qui veut te voir.
Ils marchèrent le long du quai, entre les coques écaillées des chalutiers et les mâts des voiliers de plaisance. Le *Sea Serpent* se dressait au bout de l'embarcadère, ses lignes usées mais fières. Mack l'avait quitté quelques heures plus tôt, convaincu qu'il ne le reverrait plus jamais. Pourtant, il était toujours là, amarré, attendant.
Pete se tenait à la proue, torse nu, un chiffon graisseux à la main. Quand il vit Mack, il jeta le chiffon et sauta sur le pont avec un bruit sourd.
— Alors ? demanda-t-il, les bras croisés.
— Alors quoi ?
— Tu as l'air d'un homme qui sort de prison, mais sans les barreaux. Pete sourit largement. Je te l'avais dit, mon vieux. La vérité finit toujours par remonter à la surface.
Mack monta à bord, sentant le bois familier vibrer sous ses pieds. C'était un sentiment étrange, comme retrouver une maison qu'on croyait avoir perdue. Tout était là : les cordages noués, la peinture écaillée, l'odeur de gasoil et de sel. Mais quelque chose avait changé. Une tension qui l'accompagnait depuis des mois—non, des années—avait disparu, laissant un vide léger, presque désorientant.
Jake sortit de la cabine, une tasse de café fumante à la main. Il s'arrêta en voyant Mack, puis hocha la tête lentement.
— Alors, patron. On navigue ou on reste à quai ?
Mack le regarda. Le gamin avait grandi en quelques semaines. Ses épaules s'étaient élargies, son regard avait perdu cette hésitation anxieuse qu'il avait en arrivant à bord, poursuivi par ses propres démons.
— On navigue, répondit Mack.
— Bien. Parce que je crois que j'ai encore des choses à apprendre de toi.
Mack voulut protester, dire que Jake était libre, que sa dette était payée, mais les mots moururent dans sa gorge. La vérité était qu'il avait besoin de lui. Pas pour l'argent, plus pour l'argent. Pour autre chose. La compagnie, peut-être. La rédemption.
Rosa monta à bord, et Pete s'approcha d'elle, lui chuchotant quelque chose à l'oreille. Elle hocha la tête, puis se tourna vers Mack.
— Il y a une dernière chose. Le document officiel de transfert du *Sea Serpent*. Je ne vais pas le signer.
Mack fronça les sourcils.
— C'est ton bateau maintenant. On avait dit...
— On avait dit beaucoup de choses quand on pensait que tu allais en prison. Rosa s'approcha, les yeux brillants. Le *Sea Serpent* a besoin d'un capitaine qui le respecte. Pas d'une avocate qui n'a jamais tenu une barre.
— Mais ton travail au cabinet...
— Je peux faire les deux. Je suis déjà venue ici assez souvent pour connaître ce bateau comme ma poche. Et puis, il y a un vieux dicton : on ne change pas une équipe qui gagne.
Mack la regarda, puis laissa échapper un rire – un vrai rire, profond, qui lui remonta du ventre. Cela faisait si longtemps. Il se souvint du poids du bronze dans sa main, du froid dans l'eau de la cale inondée, de la voix du capitaine Pimm murmurant depuis la brume. Tout cela semblait appartenir à un autre monde.
— Bon, dit-il enfin. Alors qu'est-ce qu'on fait de ce vieux rafiot ?
— On le renomme, proposa Jake. Le *Redemption*.
Mack se tourna vers lui, surpris.
— Quoi ?
— Tu m'as raconté ce que tu cherchais en venant ici. Pas l'or. L'autre chose. Jake but une gorgée de café. Le *Redemption*, ça sonne bien.
Pete applaudit des mains.
— J'aime ça. Un nom qui veut dire quelque chose. Contrairement à *Sea Serpent*, qui faisait penser à un serpent de mer, c'est-à-dire un mensonge.
— Ce n'était pas un mensonge, murmura Mack. Mais peut-être que c'était le moment de changer.
Ils passèrent l'après-midi à repeindre la coque, à gratter les anciennes lettres devenues illisibles. Mack insista pour tenir le pinceau lui-même, appliquant chaque couche de blanc frais sur le bois fatigué. Rosa apporta de la peinture bleue pour les lettres, et Pete mania l'échelle avec une agilité surprenante pour un homme de sa corpulence.
Quand le soleil commença à décliner, teintant le ciel d'orange et de pourpre, le nouveau nom s'étalait fièrement sur la proue : *REDEMPTION*.
Mack recula pour admirer le travail. Ses bras le brûlaient, mais c'était une douleur bonne, honnête.
— Ça te plaît ? demanda Jake.
— Ça me plaît.
Pete sauta sur le quai et défit les amarres. Le moteur toussa, puis se mit à ronronner. Mack prit la barre, sentant la direction répondre à ses mains. Il guida le bateau hors du port, doucement, sans hâte, comme s'il voulait contempler chaque recoin de la baie.
Le ciel s'assombrissait. Les lumières de Nassau s'éloignaient derrière eux. Mack garda le cap vers l'est, où l'océan s'étendait à perte de vue, d'un bleu de plus en plus profond.
Rosa vint se tenir à côté de lui, s'appuyant sur la rambarde.
— Où va-t-on ?
— Nulle part en particulier, répondit Mack. Juste... ailleurs.
Le vent soulevait ses cheveux, et il respirait l'air marin sans cette oppression qui lui serrait la poitrine depuis des mois. Il pensa à l'argent, aux pièces d'or qu'il avait rendues, aux deux cartes au trésor brûlées ou offertes, à l'obligation de rendre à l'amiral Reyes ce qui lui appartenait. Il pensa à Maria, à son corps finalement rendu à la mer, à la prière murmurée sur les vagues. Il pensa au bronze, à la cloche, au navire englouti qui reposait maintenant en paix dans les profondeurs.
Et il sentit, pour la première fois, que rien ne le tirait plus vers le fond.
— Je crois que le poids est parti, dit-il à voix haute.
Pete, assis sur le pont, leva les yeux.
— Quel poids ?
— Celui que je portais depuis toujours. Mack se tourna vers eux. Je suis libre.
Il ne savait pas exactement ce qu'il voulait dire par là. Pas la liberté juridique que lui avait accordée le tribunal. Pas la libération d'une dette financière. Quelque chose de plus subtil, plus interne. Le poids des choix qu'il avait faits, des mensonges qu'il avait entretenus, des morts qu'il s'était reprochés – tout cela semblait s'être dissipé dans l'air salé.
Jake s'approcha, la tasse toujours à la main, maintenant vide.
— Patron ? T'as besoin de quelque chose ?
— Non. Mack secoua la tête en souriant. Je crois que j'ai enfin tout ce qu'il me faut.
Il fixa l'horizon. Le soleil était presque couché, ne laissant qu'une lueur dorée au bord du ciel. Les étoiles commençaient à percer une à une au-dessus de l'Atlantique.
Rosa posa doucement sa main sur son bras.
— Et le trésor ? Le second, celui que Tolbert a volé ?
Mack soupira, un mince filet d'inquiétude traversant son calme. Mais il ne dura qu'un instant.
— Tolbert a fait son choix. J'ai fait le mien.
— Et les fantômes ?
— Ils ne me suivent plus. Je le sens. Ils ont eu ce qu'ils voulaient. Maintenant, je suis juste un homme avec un bateau, un équipage, et l'océan devant moi.
Le *Redemption* avançait dans la nuit naissante. Ses feux de navigation luisaient faiblement, dessinant la silhouette de la proue sur les vagues. De Nassau, seules quelques lumières restaient visibles, de plus en plus lointaines.
Mack laissa sa main glisser sur la barre, confiant son cap aux étoiles. Demain, il y aurait un autre voyage. Une autre épave, peut-être, pas une quête d'or mais une exploration honnête. Le monde sous-marin recelait encore des mystères innocents, des récifs à cartographier, des épaves à identifier pour les marins perdus.
Pour la première fois de sa vie, il n'avait pas de compte à régler.
Le vent se leva légèrement, frais sur son visage. Il ferma les yeux une seconde, savourant l'instant. Puis il les rouvrit et fixa l'horizon sombre.
— On rentre à la maison, dit-il doucement.
Mais il ne parlait pas d'un port. Il parlait de cette paix qui l'avait enfin trouvé.
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