Les Lettres de Sainte-Cécile
Lire le chapitre 10: The Hidden Crypt
La clé grinça dans la serrure de la vieille porte de bois, et Théo poussa le battant avec une précaution qui trahissait des heures de films policiers. L'odeur de pierre humide et d'encens ancien les enveloppa immédiatement.
— Par ici, murmura-t-il en allumant sa lampe torche.
Emma le suivit dans l'escalier en colimaçon qui s'enfonçait sous la nef. Les marches étaient usées par des siècles de pas, certaines cassées, et elle posait chaque pied avec une prudence excessive. Au-dessus d'eux, l'église Saint-Michel dormait dans son silence du soir.
Le crypte était petite. Pas plus de six mètres sur quatre. Des voûtes basses pesaient sur leurs têtes, et des tombes plates tapissaient le sol, leurs inscriptions à moitié effacées par le temps. Théo dirigea sa lampe vers le mur du fond, où une niche s'ouvrait dans la pierre.
Elle contenait une boîte en fer blanc. Pas plus grande qu'un carton à chaussures. La rouille avait rongé les coins, mais le couvercle était intact.
Théo la souleva et la posa sur une tombe. Il souleva le couvercle avec une douceur que son impatience démentait à peine.
Emma retint son souffle.
Des lettres. Des dizaines de lettres, certaines nouées par des rubans fanés, d'autres simplement pliées. Une photographie en noir et blanc dépassait de la pile.
Théo la prit le premier. Il la retourna vers la lumière. Emma reconnut immédiatement les deux visages — celui de sa grand-mère, et celui de la femme qu'elle commençait à connaître comme Marguerite. Ou était-ce Jeanne ? Les deux sœurs se ressemblaient comme des reflets dans des miroirs légèrement déformés. Elles souriaient, bras dessus bras dessous, devant une maison qu'Emma ne connaissait pas. Derrière elles, une date écrite à la main en petites capitales : Mai 1945.
— C'est la photo, souffla Théo. Celle qu'on a volée chez ma grand-mère.
— Tu es sûr ? Ce n'est pas la même ?
— Ma mère l'a décrite des centaines de fois. Les deux sœurs devant la grange. Mai 1945. Il n'y a pas de doute.
Emma prit la photo, puis une des lettres du dessus. L'écriture était serrée, nerveuse. Pas celle de sa grand-mère — elle connaissait trop bien ces boucles régulières pour les avoir lues dans les archives familiales.
*Jeanne,*
*Tu comprends que je ne peux pas te laisser faire ça. Si tu pars avec cet enfant, il n'y aura plus de retour possible. Marcel ne te laissera pas partir si facilement, et il me le fera payer à moi. Tu sais comme il est.*
*Reste. Je t'en supplie. Nous trouverons une autre solution.*
*Elodie*
Emma lut la lettre deux fois. Trois fois. Le souffle court.
— Théo, dit-elle lentement. Cette lettre est adressée à Jeanne. Signée Elodie. Ma grand-mère s'appelait Elodie.
— Mais alors…
— Elle écrivait à sa sœur Jeanne. Et elle parle d'un enfant. Elle parle de Marcel qui ne la laissera pas partir.
Il y eut un silence épais entre eux, chargé de l'air humide de la crypte.
— Marcel était mon arrière-grand-père, dit Théo. S'il est le père de cet enfant…
— Et si l'enfant était ma mère ? Le registre des naissances indique que Jeanne est née chez Marguerite en février 1945. Mais ta grand-mère était Jeanne. La nôtre était Elodie. De qui parlait-on vraiment ?
Théo fouilla dans la boîte, ses doigts courant sur les enveloppes. Il en sortit une, plus récente, le papier jauni mais l'encre encore claire. Il la déplia, et Emma vit sa mâchoire se serrer.
Il la lui tendit. L'écriture était masculine, anguleuse, pressée.
*Jeanne,*
*Je sais où tu es. Je sais ce que tu portes. Personne ne traverse Marcel Dubois, tu le sais très bien. Reviens avant la fin de l'été et nous pourrons encore arranger cela à l'amiable. Mais si tu ne rentres pas, je trouverai un moyen de te faire revenir. J'ai toujours trouvé des moyens, et je n'ai pas l'intention de m'arrêter maintenant.*
*Ne me force pas à faire ce que je ne veux pas.*
*Marcel*
Emma avait la bouche sèche. Elle releva les yeux vers Théo.
— Il la menaçait. Elle était enceinte de lui, et elle s'est enfuie.
— Et ma grand-mère savait tout. Elle a essayé de la convaincre de rester.
— Mais c'est Jeanne qui est morte en couches ? Ou c'est Elodie qui a pris sa place ?
— Je ne sais pas.
Un bruit sourd résonna au-dessus d'eux. Tous deux figèrent. Des pas, lents, pesants, sur les dalles de l'église, puis la porte de la crypte s'ouvrit dans un grincement.
Le prêtre se tenait en haut des escaliers, sa silhouette noire découpée contre la lumière de la nef. Il tenait un crucifix dans une main et une lampe de poche dans l'autre. Son visage était dur dans l'ombre.
Il descendit lentement, sans dire un mot, jusqu'à ce qu'il se tienne face à eux, à trois mètres à peine.
— Vous n'auriez pas dû venir ici, dit-il. Sa voix était plus triste que fâchée. Ce qui est sous cette église ne vous appartient pas.
— Ce sont les lettres de ma famille, dit Emma, s'efforçant de garder une voix ferme. Ma famille. Mes origines. Elles ont été cachées ici.
Le prêtre regarda la boîte ouverte, les lettres éparpillées. Il soupira, un son profond qui semblait venir de très loin.
— Le père Duchamp a scellé cette crypte en 1985. Il m'a dit qu'il faisait cela pour protéger des vivants. Il n'a jamais voulu m'expliquer de quoi.
— De qui protégeait-il ? demanda Théo.
Le prêtre ne répondit pas. Il fixa Emma, puis la photo qui était tombée à ses pieds. Il se baissa pour la ramasser, l'examina longuement à la lumière de sa lampe.
— Cette femme, dit-il en pointant le visage de la seconde jumelle, je la connais. Elle venait à l'église quand j'étais enfant. C'était dans les années soixante. Elle s'asseyait toujours au dernier rang et priait pour un homme qui n'est jamais revenu.
— Ma grand-mère, dit Emma doucement. Elle venait ici.
— Elle vous ressemblait beaucoup.
Le prêtre rendit la photo à Emma. Son visage s'était adouci, mais il y avait toujours cette vigilance dans ses yeux.
— Je ne vous empêcherai pas de prendre ces lettres. Elles ne racontent pas une histoire que je souhaite protéger. Je voulais seulement…
Il hésita.
— Je voulais que celui qui découvrirait tout cela soit prêt. Parce que ce qu'il y a là-dedans n'est pas simple, et cela ne finira pas bien pour tout le monde.
Il fit un signe de croix, puis remonta les escaliers sans un mot de plus.
Emma regarda Théo. Sa lampe à la main tremblait légèrement.
— Une photo, dit Théo. Il l'a dit, non ? Nous pouvons prendre une photo ?
Emma n'était pas sûre qu'il ait dit cela du tout, mais elle sortit son téléphone et photographia méthodiquement chaque lettre, chaque enveloppe, la boîte en entier sous tous les angles. Les éclairs blancs semblaient dérisoires dans ce lieu ancien, mais elle captura tout, chaque page, chaque mot, chaque signature.
Quand ils remontèrent enfin à la surface, la nuit était complète. Les étoiles s'étiraient au-dessus du clocher. Théo ferma la porte de la crypte avec le verrou que son grand-père lui avait donné, et ils restèrent un moment sur le parvis, respirant l'air frais comme des naufragés.
— Je vais les déchiffrer, dit Théo. L'écriture est petite et ancienne, il me faudra plusieurs jours. Mais je te promets que je vais tout décoder. Chaque lettre.
— Deux jours, dit Emma en regardant son téléphone. Ma mère trouve déjà étrange que je sois ici sans prévenir.
— Deux jours alors. Mais Emma… il y a une chose que je dois te dire.
Théo hésita, serrant la boîte contre sa poitrine.
— Mon arrière-grand-mère, Jeanne, la femme que Marcel a épousée, elle n'est pas morte en 1945 dans la rivière. Elle est morte en 1972. Et les registres de la paroisse indiquent qu'elle a été enterrée ici.
— Et Marcel ?
— Marcel est mort la même année. On a dit que c'était un accident. Mais ma mère a toujours dit — elle a toujours su que Marcel les avait tuées, l'une après l'autre.
Emma sentit un frisson lui remonter le long de la colonne vertébrale.
— Ma grand-mère avait peur de Marcel. Elle en parlait dans ses cauchemars, d'après ma mère.
— Elle avait raison d'avoir peur.
Théo baissa les yeux vers la boîte.
— Parce que l'une de ces lettres est datée de 1971. Marcel écrivait encore à Jeanne. Six mois avant sa mort. Et il savait exactement quelle église elle fréquentait à Glasgow.