LES LETTRES QUE NOUS N'AVONS PAS ENVOYÉES
Lire le chapitre 14: DÉVENDRE UNE LIBRAIRIE
Fintan utilisa plusieurs expressions professionnelles pour signifier à Maeve qu'elle était folle.
— Vous avez accepté une offre par écrit.
— Et aucun contrat définitif n'est signé.
— L'acheteur a déjà engagé des frais.
— Je les négocierai.
— Avec qui ?
Maeve regarda la carte d'un avocat que Julian lui avait recommandée.
— Avec mon avocat.
— Vous avez un avocat ?
— Depuis environ quatre minutes.
La conversation coûta à Maeve une matinée, plusieurs centaines d'euros probables et le sentiment désagréable de découvrir que revenir sur une décision n'était ni aussi dramatique ni aussi simple que dans les romans. Mais le résultat restait clair : Bellwether n'était pas vendue.
Restait à éviter qu'elle ne fasse faillite.
Maeve passa l'après-midi devant des tableaux de chiffres. Nora avait maintenu la librairie à flot grâce à ses économies. La vente de romans d'occasion à des habitués qui négociaient deux euros ne suffirait pas.
Quand Julian arriva, il trouva Maeve entourée de feuilles.
— Vous avez l'air malade.
— J'ai appris la notion de marge brute.
— Toutes mes condoléances.
Elle lui montra sa liste : rencontres d'auteurs, ateliers de reliure avec Siobhán, samedis jeunesse, commandes universitaires, vente en ligne des ouvrages rares, partenariat café avec Bekele, estimations payantes, ouverture tardive une fois par mois.
— Vous savez organiser des événements, dit Julian.
— Je sais organiser des événements que je déteste. C'est presque la même compétence.
— Vous aurez besoin d'aide.
La résistance arriva automatiquement.
Puis Maeve pensa à la liste de Nora.
3. De l'aide.
— Oui, dit-elle.
Julian la regarda comme s'il venait d'observer un phénomène astronomique.
— Ne faites pas cette tête.
— Je n'ai rien fait.
— Votre visage vient de publier un article.
Il proposa des contacts à Trinity. Sarah connaissait une autrice jeunesse. À son nom, Maeve se raidit malgré elle.
Julian le vit.
— Ça vous dérange ?
— Non.
Trop vite.
Maeve soupira.
— Je ne sais pas comment gérer le fait que votre ex-femme fasse partie de votre vie. Ce qui est normal, puisqu'il y a Lucy. Mais j'ai l'impression d'entrer dans une maison déjà construite.
Julian s'assit.
— Sarah compte parce qu'elle est la mère de Lucy, et parce que douze ans ne deviennent pas insignifiants juste parce qu'un mariage se termine. Ce n'est pas une histoire d'amour inachevée.
Maeve pensa à Evelyn, à Liam, à Thomas. Les sentiments humains se moquaient décidément des catégories propres.
Le soir, Julian monta pour la première fois dans l'appartement de Nora. Maeve y vivait depuis les funérailles sans presque rien déplacer.
Ils préparèrent des pâtes. Il coupa l'ail. Elle chercha une casserole. Ils se cognèrent deux fois dans la petite cuisine avant de trouver un rythme.
Après le dîner, Julian lava la vaisselle.
Maeve resta dans l'encadrement de la porte.
Une scène banale : un homme qu'elle désirait, dans la cuisine d'un logement attaché à une librairie qu'elle avait décidé de garder, agissant comme si demain faisait naturellement partie du décor.
Elle sentit son cœur accélérer.
— Vous êtes silencieuse, dit Julian.
— C'est agréable.
— Oui.
— C'est aussi terrifiant.
— Les deux peuvent coexister.
Maeve traversa la pièce et l'embrassa.
Plus tard, couchée à côté de lui dans la chambre d'amis parce qu'elle ne supportait pas encore l'idée de dormir dans la chambre de Nora, elle regarda sa main ouverte sur le drap.
Elle posa la sienne dedans.
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