Les Plans de Nous Deux
Lire le chapitre 22: Repaying the Debt
Le taxi s’arrêta devant la maison des Hollis à l’heure où les réverbères s’allumaient à contrecœur. Maggie ajusta son cache-col avant de gravir les marches, la lettre de sa mère encore pliée dans sa poche. Elle n’avait pas eu le cœur de la lire devant Thomas, pas après qu’il eut passé la matinée à lui montrer les moindres détails du plan de leur maison de Stepney — l’évier sous la fenêtre, la chambre d’enfant orientée au sud.
— Tu rentres tard, dit sa mère depuis la cuisine.
— Papa est là ?
— Il finit son service à l’usine. Assieds-toi, je t’ai gardé du potage.
Maggie s’installa à la table tandis que sa mère versait la soupe dans une assiette ébréchée. Il y avait quelque chose de nouveau dans la façon qu’elle avait de ne pas la regarder.
— Maman, qu’est-ce qui se passe ?
— Rien. Juste… j’ai pensé que tu voudrais savoir. Un homme est venu te demander aujourd’hui. Un certain M. Pemberton. Il a dit qu’il vous connaissait, toi et Thomas.
Maggie reposa sa cuillère.
— M. Pemberton du ministère ?
— Il paraît. Il avait une voiture avec chauffeur et un costume qui coûte plus que notre loyer annuel. Il a demandé que tu passes le voir demain matin à son bureau près de Whitehall. Il a laissé une carte.
Elle sortit la carte en carton épais, bordée d’or, et la posa sur la toile cirée. Maggie la retourna. *Alexander Pemberton, Sous-secrétaire adjoint, Ministère de l’Approvisionnement* — au verso, une adresse et une heure griffonnées à la hâte.
— Pourquoi est-ce qu’il te demanderait, toi ? demanda sa mère.
Maggie pensa au jeune homme qu’elle avait recueilli au refuge après l’effondrement de Shoreditch — celui aux yeux fiévreux qui parlait dans son sommeil du bureau de son père, du ministère, de la tour de contrôle. Elle l’avait nourri pendant trois semaines jusqu’à ce qu’un officier vienne le chercher avec des excuses et une enveloppe scellée. Elle n’avait jamais ouvert l’enveloppe.
— Une dette, dit-elle simplement.
À huit heures le lendemain matin, elle traversait la cour pavée menant à l’immeuble de Whitehall. Un planton la fit attendre dans une antichambre aux boiseries sombres avant que Pemberton n’ouvre la porte lui-même, costume impeccable, yeux fatigués d’un homme qui avait vieilli en accéléré entre 1939 et l’année précédente.
— Miss Hollis. Merci d’être venue.
— Vous m’avez demandée. Et vous avez dit que cela concernait Thomas.
Il la fit entrer dans un bureau où les plans bombés dormaient sous des serre-papiers en laiton. Il l’invita à s’asseoir, puis resta debout près de la fenêtre.
— Votre Thomas Elliott est le meilleur démineur que j’aie jamais formé. Peut-être le meilleur du pays. Et vous savez ce que ça veut dire.
— Que vous l’envoyez au-devant des bombes les plus dangereuses.
— Précisément. Son dernier déluge a failli le tuer. La prochaine pourrait le faire pour de bon.
Maggie sentit ses doigts se crisper sur son sac.
— Vous ne dites rien que je ne sache déjà.
— Non, mais j’ai une proposition. Il y a un poste qui s’ouvre à l’instruction. Il forme les nouvelles recrues aux techniques de désamorçage. Bureau fixe, caserne à Aldershot. Presque pas de risque.
— Et il faut bien sûr qu’il accepte.
Pemberton lui fit face.
— C’est pour cela que je vous ai demandée. Il vous écoutera. S’il refuse, je ne peux rien faire. Mais s’il refuse, alors je saurai que c’est un homme qui a choisi la guerre plutôt que la vie. Et vous aussi.
La salle de l’hôpital sentait encore l’éther et le savon phéniqué. Thomas était assis bien droit, la chemise à demi ouverte, les doigts inspectant la gaine de plâtre autour de son avant-bras. Il sourit en la voyant — ce sourire entier, sans arrière-pensée, qu’elle aimait par-dessus tout — mais il s’effaça quand elle posa la carte de Pemberton sur la couverture.
— Il est allé vous trouver, dit-il. Il a contourné le règlement pour passer par vous.
— Thomas, il me propose de vous garder en vie. C’est un don du ciel.
— C’est une chaîne, dit-il doucement.
— Une chaîne ? Ce serait une chaîne que de dormir avec vous toutes les nuits au lieu de prier pour que le téléphone ne sonne pas ?
Il se leva. La lumière de la fenêtre dessina sur son visage les ombres creusées par la chirurgie.
— Maggie, il y a un type cloué sur un chantier à Canning Town en ce moment même. Mon adjoint, Stanley, vingt-trois ans, marié depuis quatre mois. Il démonte une mine qui a atterri dans un chantier naval. S’il fait une erreur, il meurt. Tous les jours, des hommes meurent parce que la personne qui aurait dû être là — la plus formée, la plus capable — était ailleurs. Vous me demandez d’être ailleurs.
— Je vous demande d’être en vie, dit-elle.
— Et si Stanley meurt parce que je n’étais pas là pour prendre sa place, vous pensez que je saurai comment être en vie avec ça ? Vous pensez que je vous regarderai le matin sans voir son visage ?
Il s’approcha et lui prit les mains. Ses paumes étaient chaudes et rugueuses.
— J’ai failli mourir. Je connais maintenant le poids de ma propre mort. Mais je connais aussi le poids de celle des autres quand j’aurais pu l’empêcher. Vous me demanderiez de porter ça toute ma vie, et de porter en plus notre maison, notre enfant, notre avenir ?
— Je vous demande de me choisir, dit-elle, la voix brisée.
— C’est vous que je choisis, Maggie. En choisissant ce travail, c’est vous que je choisis. Parce que je veux pouvoir poser ma tête sur votre épaule dans quarante ans sans me demander combien de morts j’ai laissées derrière moi. Et la seule façon d’être digne de vous, c’est de faire ce que je sais faire. Pas ce qui me rend confortable.
Elle retira ses mains lentement. Le silence s’étira comme un fil d’acier.
— Alors vous repartez, dit-elle.
— Dans cinq jours. Les brèches ont changé la donne. Ils ont besoin de moi.
— Le médecin dit que vous n’êtes pas complètement guéri.
— Le médecin dit que je peux travailler à un rythme réduit. C’est déjà plus que certains autres.
Elle lui tourna le dos pour ne pas voir la douceur obstinée de son visage, celle qu’elle aimait contre tout bon sens.
— Et votre mère ? Elle sait qu’elle vous a presque perdu une fois déjà ?
— Elle sait. Elle m’a fait la même scène, en plus sonore.
— Et vous lui avez répondu quoi ?
— La même chose qu’à vous. Que partir pour se protéger de la guerre, c’est laisser la guerre emporter quelque chose d’autre de plus précieux : la façon dont on se regarde dans un miroir.
Maggie se retourna.
— Pemberton m’a dit qu’il avait une autre proposition. Pour moi.
— Quelle sorte de proposition ?
— Il dit qu’il connaît une place d’assistante de coordination dans un centre de distribution à Islington. Meilleure paie, heures fixes. Que je pourrais faire plus de bien là-bas qu’au refuge.
Thomas sourit — un vrai sourire.
— Et vous lui avez dit quoi ?
— Que je lui répondrais après vous avoir parlé.
Il marcha péniblement jusqu’à la fenêtre et regarda la rue grise.
— Prenez la place, dit-il. Si c’est ce que vous voulez. Mais pas pour moi. Prenez-la pour la femme qui sera là dans vingt ans.
Cette nuit-là, Maggie écrivit à ses parents une lettre dans laquelle elle ne parlait ni du mariage, ni de la maison de Stepney, ni de l’argent planqué sous le matelas. Elle parlait des pommes de terre nouvelles et des nuits sans raids. Elle l’envoya le lendemain, avec la conscience que chaque phrase évitait une vérité de plus.
Et quand elle vint chercher Thomas pour le raccompagner de l’hôpital, elle passa par le bureau de Pemberton pour accepter le poste. Il la regarda par-dessus ses lunettes cerclées d’or.
— Vous m’étonnez, miss Hollis. Je pensais qu’il vous convaincrait de refuser.
— Il m’a convaincue d’accepter. Juste pas de la façon que vous aviez prévue.
Pemberton la considéra un long moment, puis il ouvrit un tiroir et en sortit un dossier beige qu’il posa devant elle.
— C’est le dossier d’affectation de Thomas. Il aurait dû être scellé jusqu’à sa reprise. Mais je préfère que vous sachiez ce qui l’attend.
Maggie ouvrit le dossier. La première page portait un tampon rouge : *SECTION SPÉCIALE — ZONES À HAUT RISQUE*. Le nom de Thomas figurait en tête d’une liste de douze hommes. Et dans la colonne *NOTE*, une écriture précise indiquait :
*Elliott, T.M. — affectation volontaire permanente. Aucune rotation spéciale ne s’appliquera.*
— On vous l’a caché, dit Pemberton. Il a signé une dérogation alors qu’il était encore dans le coma, sous morphine. Son adjoint a confirmé sa signature.
Maggie sentit le monde basculer lentement.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
— Ça veut dire qu’il n’y a plus qu’une chose qui pourra l’arrêter : sa mort, ou votre départ. Et il refuse les deux.
>>>STATE<<< summary: Maggie meets Mr. Pemberton, who offers Thomas a safe desk job to repay his debt; Thomas refuses to abandon bomb disposal, then Maggie accepts a better volunteer position but discovers that Thomas signed a permanent high-risk assignment waiver while still under morphine, meaning only death or her departure can stop him. threads: - Maggie now knows Thomas signed a permanent waiver for high-risk bomb disposal, but has not told him she knows - The choice between Maggie's departure and Thomas's death becomes an explicit ultimatum, changing the shape of their engagement promise - Maggie's letter to her parents remains evasive, avoiding all truth about marriage, house, and money - Mrs. Elliott's hidden distress about the future remains unexplored, now amplified by the waiver - The hidden thirty pounds remains unrevealed to Thomas - The locket and its link to Douglas Elliott remain unconfronted - Maggie's family departure to Canada is now less than two weeks away
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