Les Plans de Nous Deux
Lire le chapitre 27: A Plea for Understanding
La pluie tambourinait contre les vitres du salon tandis que Maggie, assise à la table de la cuisine, fixait la feuille de papier blanc posée devant elle. La lampe à pétrole vacillait, projetant des ombres dansantes sur les murs. Elle avait passé la nuit à composer et déchirer des lettres, chacune mourant dans la corbeille avant d'atteindre sa destination.
Elle trempa la plume dans l'encre. Cette fois, elle n'hésiterait pas.
*« Mon cher Thomas,*
*Je ne sais pas si cette lettre te trouvera encore à Surrey Bridge, ni même si tu daigneras la lire jusqu'au bout. Mais je te la dois. Je te dois la vérité entière, sans fioritures, sans précautions.* »
Sa main trembla. Elle mordit sa lèvre et continua, laissant les mots couler comme une digue qui cède enfin.
*« J'ai commencé à mentir par peur. Pas de toi – de ce que tu aurais pu penser de moi si tu avais connu la vérité trop tôt. J'avais vingt-quatre ans et je me sentais déjà vieille, usée par cette guerre qui nous dévore tous. Quand tu m'as regardée comme si j'étais la seule lumière dans ce tunnel, j'ai voulu rester cette femme que tu voyais. Je n'ai pas compris que c'était précisément cette femme – celle qui ment pour protéger ce qu'elle aime – que tu aurais fini par haïr.* »
Elle s'arrêta, relut les lignes, et serra les mâchoires. C'était trop romantique. Trop larmoyant. Elle froissa la page.
La deuxième tentative fut plus directe.
*« Thomas,*
*J'ai menti sur mon âge. J'ai caché le départ de ma famille pour le Canada. J'ai gardé trente livres sans les dire à personne. Si tu veux détester quelqu'un, déteste-moi pour ça, pas pour les raisons que tu imaginais.*
*Mais si tu veux comprendre, lis la suite.* »
Elle décrivit la première rencontre avec l'agent de recrutement, trop jeune pour être prise au sérieux, trop femme pour être entendue. Elle raconta les années à regarder ses frères partir, à rester, à attendre. Le mensonge sur son âge n'était pas né d'une vanité petite, mais d'une nécessité vitale : sans l'âge déclaré, elle n'aurait jamais eu le droit de servir, jamais eu le droit de se sentir utile dans cette ville qui brûlait.
Pour l'argent, elle écrivit la vérité nue : la frayeur de sa mère, le besoin de sécurité, la honte qui l'avait suivie comme une ombre. Elle n'avait pas volé Mrs Elliott ; elle avait volé la peur de sa propre mère, et elle avait payé le prix en silence.
Pour le Canada – c'était plus difficile. Elle dut poser la plume et respirer. Thomas avait perdu son propre frère dans un bombardement l'année précédente. Il connaissait la douleur de l'absence. Et pourtant, elle lui demandait de comprendre qu'elle avait accepté, pendant des semaines, de le quitter sans un mot.
*« Je ne te demande pas de pardonner, écrivit-elle. Je te demande de comprendre que je ne savais pas encore qui j'étais. Toi, tu l'as toujours su. Moi, j'apprenais encore. Et à chaque vérité que je te devais, j'ai eu peur que tu voies en moi quelqu'un de moins bien que celle dont tu étais tombé amoureux.*
*Je suis cette femme, Thomas. Je suis celle qui a menti par peur, caché par lâcheté, et gardé des secrets par honte. Mais je suis aussi celle qui a traversé les bombes pour te trouver à Wapping, celle qui t'a écrit des lettres chaque jour pendant ta convalescence, celle qui porte ton anneau et qui espère encore, contre toute raison, que tu trouveras la force de voir au-delà de mes fautes.*
*Si tu as besoin de temps, prends-le. Mais sache ceci : je ne partirai pas pour le Canada. J'ai choisi Londres. J'ai choisi cette guerre. J'ai choisi toi – si tu veux encore de moi.* »
Elle signa d'une main ferme : *Maggie.*
Elle relut la lettre une fois, puis deux. Elle était trop longue, trop sincère, trop crue. Mais c'était elle, enfin, tout entière. Elle plia le papier avec soin, le glissa dans une enveloppe et écrivit l'adresse du cantonnement de Thomas, près de Surrey Bridge.
Le matin se levait, gris et froid. Maggie enfila son manteau, remonta le col, et sortit sous la pluie battante. Le trajet fut interminable, chaque pas dans les rues boueuses la rapprochant d'une vérité qu'elle ne pouvait plus éviter. Le cantonnement était une bâtisse sinistre aux fenêtres calfeutrées, gardée par un jeune soldat qui la dévisagea avec méfiance.
— Je cherche le lieutenant Thomas Ashworth, dit-elle, essoufflée.
— Il est en opération. Vous pouvez laisser un message.
— Oui. Je vous prie de lui remettre cela personnellement.
Le soldat prit l'enveloppe d'un air indifférent et la glissa dans sa poche intérieure. Maggie le remercia et resta un instant face à la porte close. Rien n'indiquait qu'elle reviendrait un jour.
Les jours passèrent interminablement. Maggie reprit ses quarts à la station, mais chaque heure sonnait faux. Ses parents parlaient de la valise à faire, des billets pour Liverpool. Son père, depuis la conversation avec Edith, lui jetait des regards de côté, mi-inquiet, mi-fier. Elle ne trouvait de réconfort ni dans les mots de sa mère, ni dans l'agitation du refuge.
Le sixième jour, un jeudi, elle rentra épuisée d'une nuit passée à aider les sinistrés d'une rue de Stepney. La porte de l'immeuble claqua derrière elle et elle monta l'escalier, les jambes lourdes. En tournant la clé, elle remarqua une silhouette assise sur la marche du palier.
Thomas.
Il était en uniforme, le visage fatigué, un bandage frais autour de la main gauche. Il la regardait sans expression, les yeux fixes, comme s'il cherchait en elle quelque chose qu'il ne trouvait plus.
— Thomas, souffla-t-elle, le cœur cognant.
Il se leva lentement. Il ne fit aucun geste vers elle, ne tendit pas les bras. Il sortit de sa poche une lettre – la sienne – et la tint entre eux, inutile.
— Je l'ai lue, dit-il d'une voix rauque. Et je l'ai relue. J'ai passé des nuits entières à la relire.
Maggie osa un pas vers lui. Il ne recula pas. Mais il ne s'approcha pas non plus.
— Je ne peux pas te répondre aujourd'hui, Maggie. Pas comme tu le mériterais.
— Je ne demande pas une réponse, dit-elle doucement. Je demande que tu saches.
— Je sais. Et c'est pire. Parce que je continue d'essayer de comprendre, et chaque fois que je crois y parvenir, je me souviens que tu aurais pu me le dire. Avant l'anneau. Avant que je te promette une vie entière. (Il baissa la tête, sa voix presque brisée.) Pourquoi est-ce que tu ne m'as pas dit tout ça avant ?
— Parce que j'avais peur de te perdre.
— Et pourtant, tu as avancé quand même. Tu as choisi de me confronter avec la vérité après que je t'ai accusée. Ça demande un courage que j'admire.
Il la regarda enfin vraiment. Il y avait dans ses yeux une douleur brute, mais aussi quelque chose de plus tendre – une fissure dans la colère.
— J'ai besoin de temps, dit-il. Pas de distance, de temps. Je ne peux pas effacer ce qui s'est passé en une soirée. Mais je ne te dis pas adieu.
Il tendit la main, sans la toucher, juste à quelques centimètres de son visage.
— Pour Surrey Bridge, c'est demain. Il y a une chance que je ne revienne pas. Je ne veux pas que ce soit sur une dispute.
Sa voix se brisa et Maggie sentit ses propres larmes monter.
— Je t'attendrai, murmura-t-elle.
— Je veux croire que oui, dit-il. Mais je ne te promets rien. Pas encore.
Il tourna les talons et descendit les escaliers, laissant Maggie seule devant sa porte, la lettre toujours froissée dans sa main, la promesse d'attente suspendue dans l'air humide de l'après-midi.
Elle entra chez elle, ferma la porte, s'y adossa. Son regard tomba sur l'enveloppe de Mrs Elliott, toujours dissimulée, la médaille allemande à l'intérieur. Thomas ne savait rien de cette dernière vérité. Et elle venait de comprendre, avec une certitude glaciale, qu'elle devait la lui dire avant Surrey Bridge – peu importe le prix.
Elle rouvrit l'enveloppe, sortit la médaille. Dans le silence de la pièce vide, elle sut que sa confession n'était pas complète. Elle n'avait peut-être plus qu'un jour pour achever ce qu'elle avait commencé.
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