Les Sept Jours de Juillet
Lire le chapitre 9: The Costs of a Rescue
La poussière retombait comme une neige grise sur les pavés brisés. Le cri des chevaux s'était évanoui dans les ruelles, remplacé par les gémissements des blessés et les appels étouffés de ceux qui cherchaient les leurs. Alex tenait Pierre par les épaules, l'entraînant loin de la place à travers une venelle si étroite que leurs épaules frôlaient les murs de pierre.
« Pose-moi, souffla Pierre. Je marche. »
— Tu marches, mais tu boites, dit Alex sans ralentir. Et tu saignes.
— C'est une égratignure. Le cheval m'a attrapé le mollet en passant. J'ai vu pire en allant chercher le pain un jour de disette.
Alex ne répondit pas. Il poussa une porte de bois vermoulu qui donnait sur une cour intérieure envahie de détritus. Au fond, un appentis adossé à un atelier désaffecté servait d'abri à des tonneaux éventrés et à des outils rouillés. Il fit asseoir Pierre sur un billot, s'accroupit devant lui et souleva la jambe du pantalon, déchiré au mollet.
La plaie était nette, profonde d'un doigt, mais sans artère touchée. Le sang coulait en filet continu.
« Il te faut de l'eau claire et un linge propre. Attends ici.
— Tu vas me laisser ? Et si les dragons reviennent ?
— Les dragons sont repartis vers l'ouest. Ils ne reviendront pas avant la nuit. Et Goupil ne te trouvera pas ici.
Pierre le dévisagea. Dans la pénombre, ses yeux d'enfant semblaient ceux d'un homme de cinquante ans.
« Comment tu sais qu'ils sont partis vers l'ouest ? »
Alex s'arrêta sur le seuil. Comment savait-il ? Parce que la charge de cavalerie avait suivi la rue Saint-Honoré, et que l'escadron avait tourné au carrefour, et que les dragons du roi ne s'aventuraient pas dans les quartiers ouvriers après une dispersion. Mais il ne l'avait pas déduit. Il l'avait *su*. Ses connaissances historiques lui fournissaient le schéma : les charges de la fin de journée se repliaient vers les casernes de l'ouest.
« Je les ai vus partir, dit-il simplement. Je reviens dans un instant. »
Il traversa la cour, trouva une pompe dans une arrière-cour mitoyenne, remplit un seau de fer-blanc et déchira un pan de sa propre chemise. Quand il revint, Pierre avait retiré sa veste et s'examinait le bras droit. Des marques de griffes de pavés zébraient son avant-bras.
« Laisse-moi voir, dit Alex. »
Il nettoya la plaie du mollet, la banda avec le tissu propre. Pierre serra les dents sans un son, les yeux fixés sur un point du mur où un cloporte traçait son chemin.
« Tu as eu de la chance, dit Alex en nouant le bandage. Quelques centimètres plus haut, et le fer du sabot t'ouvrait le genou.
— La chance, répéta Pierre. C'est toi qui parles de chance.
— Que veux-tu dire ?
— Tu m'as tiré de là. J'étais par terre, le cheval arrivait, et toi tu es venu. Tu aurais pu rester derrière, à regarder comme les autres. Tu ne l'as pas fait. »
Alex s'assit sur un tonneau renversé, les coudes sur les genoux. Il se sentait vide, lessivé. L'adrénaline refluait comme une marée qui découvre des rochers qu'on n'avait jamais vus.
« Ne me remercie pas, dit-il. Tu m'as été utile. Un employé qu'on perd doit être remplacé.
— "Utile." C'est un mot de riche. Le cuisinier chez qui je travaillais avant disait que les petits étaient utiles, et il me payait en épluchures. »
Alex baissa la tête. Le gamin avait raison, et cette justesse le piquait plus qu'il ne voulait l'admettre.
« Bon, dit Pierre. Tu as raison sur la plaie. Il faut reconnaître quand on a de la chance. Mais la chance ne paie pas le pain. Ils disent que le blé va renchérir encore. La femme du boulanger de la rue Saint-Denis a dit qu'on allait passer à seize sous la livre.
— Quatorze, corrigea Alex machinalement. Et encore, si les convois de l'Île-de-France arrivent avant la semaine prochaine.
Pierre le regarda, les yeux plissés.
« Tu sais toujours tout sur le blé, hein ? Et sur les dragons. Et sur les ministres. Tu es quoi, toi, Alexandre ? Un espion ? Un anglais ? Tu parles bien français, mais tu as un accent qu'on entend pas d'habitude. J'ai connu un homme de Lyon qui parlait comme toi.
— Philadelphie, je t'ai dit. J'ai grandi entre les deux langues.
— Philadelphie. Et là-bas ils savent combien coûte le pain à Paris ?
— Je lis les gazettes.
— Le prix du pain n'est pas dans les gazettes. Il est dans les cours des fermes, sur les quais, dans la bouche des porteurs. Pas dans les journaux du matin. »
Alex soutint son regard. Il aurait pu mentir de nouveau, mais quelque chose dans les yeux de Pierre — une lucidité dure, forgée dans la rue — rendait le mensonge indigne.
« J'ai un bon réseau d'informateurs, dit-il.
— Des informateurs. Tu veux dire que tu payes des gens ?
— Oui.
— Alors paye-moi une avance, dit Pierre avec un sourire sans joie. J'ai besoin de manger, et j'ai manqué ma livraison. Le bonhomme pour qui j'étais allé chercher le billet, celui du portail près de la place, il va m'attendre dans le vide. Il croira que j'ai pris l'argent et que je me suis enfui.
— Quel billet ? Qu'est-ce que tu devais livrer ?
Pierre fouilla dans sa poche et en tira un morceau de papier plié en quatre, sale et froissé. Il le tendit à Alex.
« C'est tout ce que j'ai pu sauver. Le message que je devais porter. Le bonhomme m'a payé d'avance pour que je le remette en main propre à un gars dans la foule. Mais quand les dragons ont chargé, j'ai tout laissé tomber sauf ça. Je l'ai gardé par réflexe. Je ne sais pas ce qu'il y a dedans. »
Alex prit le papier, le déplia. L'encre était pâle, l'écriture serrée et nerveuse, comme tracée à la hâte :
*Chevalier, la barrière de Passy sera surveillée demain soir. Changez de passage. Le grenier est connu. Dites à l'ingénieur que son plan est reçu et que la porte de l'arsenal peut s'ouvrir si on a les bons mots. Faites vite. Les choses bougent. — R.B.*
Alex relut le message deux fois. Le cœur battant plus vite qu'il ne voulait l'admettre. R.B. — Rose Blanche. La femme disparue. La détenue de Passy. Et cet "ingénieur" dont on parle — un ingénieur à l'arsenal. L'arsenal de la Bastille.
« Pierre, dit-il lentement. Le bonhomme qui t'a payé, tu le connais ? »
— Jamais vu. Un homme en manteau sombre, la voix étouffée par un foulard. Il m'a donné douze sous et m'a dit de porter le message à un porteur de chaise avec une cocarde noire à son chapeau. Il devait se tenir près de la fontaine de la place, à l'angle de la rue Saint-Nicaise. Mais quand la cavalerie a chargé, je n'ai vu ni cocarde ni porteur de chaise. J'ai couru. Et puis le cheval m'a attrapé.
« Tu as gardé ça, dit Alex. Tu aurais pu le jeter.
— Douze sous pour un morceau de papier, ça se garde. On ne sait jamais à qui le revendre.
Alex se leva, marcha jusqu'à l'entrée de l'appentis, regarda la cour vide. Le soir tombait, bleuissant l'air au-dessus des toits. Quelque part, une cloche sonnait les vêpres.
La barrière de Passy. L'ingénieur. Le grenier connu.
Il lui fallait trouver la jeune femme avant que d'autres ne la déplacent. Mais ce message — ce message *confirmait* qu'il y avait un réseau. Que des gens à l'intérieur des institutions préparaient quelque chose. Qu'une femme nommée Rose Blanche avait des contacts parmi les prisonniers — ou les gardiens — de la Bastille.
« Pierre, dit-il en revenant s'asseoir. Tu peux me conduire à Passy ce soir ? »
Le gamin le regarda avec un mélange de méfiance et d'intérêt.
« Passy ? C'est à une heure de marche. Et il fera nuit noire d'ici deux heures.
— Je te paierai le double de la journée.
— Le double. Pour une marche de nuit dans un quartier où les patrouilles du duc arrêtent les passants sans raison ?
— Je connais les patrouilles. Elles passent à heure fixe sur le quai, jamais dans les chemins de terre.
Pierre éclata d'un rire bref.
« Encore les informations. Tu as l'air d'un homme qui sait tout et qui n'a rien.
— C'est une définition possible.
— Et si je refuse ?
Alex regarda le papier dans sa main. Les mots de Rose Blanche dansaient devant ses yeux. Il savait ce qui allait arriver dans les jours qui venaient. La chute de la forteresse. Les centaines de morts. La foule, les Suisses, le gouverneur de Launay qui perdait la tête et ordonnait de tirer.
Mais il savait aussi autre chose. Quelque chose qu'il n'avait jamais lu dans les livres d'histoire. Que des gens avaient tenté, avant le 14 juillet, d'organiser une reddition sans effusion de sang. Qu'un réseau — des réformateurs, des officiers tièdes, des gens de la cour même — avait cherché une issue négociée. Et que ce réseau avait un nom de fleur blanche.
« Si tu refuses, dit Alex d'une voix calme, je te paie quand même pour aujourd'hui, et je te souhaite une bonne nuit. Je trouverai le chemin tout seul.
— Tu ne connais pas Passy.
— Je découvrirai.
Pierre resta silencieux un long moment. Il se massa le mollet à travers le bandage, testa la douleur en fléchissant la jambe. Puis il se leva, avec une grimace, et fit deux pas dans la cour.
« Le double, dit-il enfin.
— Marché conclu.
— Et tu me racontes, un jour, d'où tu sors vraiment. Quand tu voudras. Pas maintenant. Mais un jour. »
Alex lui tendit la main. Pierre la regarda comme on regarde un objet étrange — puis la serra.
« On y va dans une heure, dit Pierre. Je connais un raccourci par les carrières abandonnées. Ça nous fera gagner vingt minutes, mais ça passe sous le jardin d'un noble qui a des chiens.
— Tu as peur des chiens ?
— Non. Mais eux, ils n'ont pas peur de moi. »
Ils quittèrent l'appentis. La nuit tombait, et les premières étoiles perçaient au-dessus de la Seine lointaine. La rue commençait à se remplir de murmures — on parlait de la charge, du sang versé, des dragons du prince de Lambesc. Des mots comme "tyrannie" et "trahison" flottaient dans les conversations, portés par les fenêtres ouvertes et les attroupements devant les portes.
Alex s'engagea dans la ruelle sombre derrière Pierre, le message de Rose Blanche plié au fond de sa poche. Il n'y a pas de petites actions, pensait-il. Chaque pas qu'il faisait dans cette ville était un pas dans un jardin de conséquences, et certaines fleurs portaient des épines qu'on ne voyait qu'après la blessure.