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Les Sept Jours de Juillet

Lire le chapitre 10: The Engineer's Plan

Ils restèrent dans la cour cachée jusqu'à ce que la lumière du ciel passe du cuivre au plomb. Pierre avait cessé de saigner du genou, mais il marchait encore en boitant, et Alex ralentissait son pas pour qu'il puisse suivre. Les hurlements du faubourg s'étaient tus, remplacés par une rumeur sourde, une colère qui ruminait sous les pavés.

— L'homme qui devait recevoir le message, dit Alex à voix basse. Ton contact. Tu n'as aucun moyen de le retrouver ?

Pierre secoua la tête, crispant la mâchoire.

— Il s'était engagé à me trouver. Pas l'inverse. Si je manque le rendez-vous, il disparaîtra comme une fumée. C'est une règle chez ceux qui travaillent dans l'ombre.

— Mais la note parle d'un ingénieur. D'une porte d'arsenal.

Le garçon s'arrêta net, se retourna vers Alex. Dans la pénombre, son regard était plus aigu que son âge.

— Vous ne l'avez pas lue. Vous l'avez seulement gardée.

C'était vrai. Alex l'avait glissée dans sa poche sans oser la rouvrir, comme si la déchiffrer l'obligerait à agir. Il sortit le papier froissé, le déplia avec précaution. L'encre avait bavé à une ou deux lettres.

— *L'ingénieur qui connaît les veines du monstre sait où le frapper à mort. La porte de l'arsenal est faible, mais il faut un levier. Parlez-en à son frère, le faiseur de montres, rue des Rosiers.*

— Un faiseur de montres, murmura Pierre. Rue des Rosiers. Je connais cette rue. C'est du côté du Marais.

Alex rangea la note. Le poids des mots dans sa poche lui semblait soudain plus lourd qu'auparavant. Le monstre — cela ne pouvait désigner qu'une seule bâtisse.

— Qu'est-ce qu'on attend ? demanda Pierre. La nuit va tomber, et vous m'avez promis Passy.

— Nous y allons. Mais d'abord, une halte.

---

La rue des Rosiers était étroite et mal éclairée, une veine sombre dans le cœur bouillonnant du Marais. Les boutiques fermaient une à une, les volets claquaient, et l'odeur du pain chaud s'échappait d'une boulangerie sur le point de se verrouiller pour la nuit. Alex compta les portes. À la septième, une enseigne de bois représentait une pendule dorée, usée par les ans. *Jacques-Philippe Viennot, Horloger.*

Il frappa. Une voix âgée répondit de l'intérieur ; un verrou gronda.

— Qui va là ?

— Je viens pour un ami qui se soucie de mécanique et de vieux murs.

Il avait improvisé, espérant que la formule évoquerait quelque chose. Le silence qui suivit fut long, tendu. Puis la porte s'ouvrit d'un cran, révélant un homme d'une cinquantaine d'années, les mains tachées d'huile, des lunettes remontées sur le front. Il avait les yeux d'un homme habitué à mesurer le temps en battements.

— Vous en savez beaucoup pour un inconnu.

— Peu, mais ce que je sais pèse lourd. Votre frère travaille à la Bastille.

Le visage de Viennot se ferma comme un étau.

— Mon frère est mort il y a trois ans. Je n'ai pas d'autre famille.

Et il tenta de refermer la porte, mais Alex plaça son pied dans l'ouverture.

— Écoutez-moi. Une femme a disparu. Une réformatrice, connue sous le nom de Rose Blanche. Elle a laissé une note qui mentionne votre frère et une porte d'arsenal. Si vous savez quelque chose, si vous pouvez m'aider à comprendre ce qu'elle voulait dire...

— Rose Blanche ? répéta Viennot d'une voix soudain plus sourde.

Il jeta un regard dans la rue, à gauche, à droite. Pierre se tenait adossé au mur d'en face, faisant semblant de lacer une chaussure. Un passant pressé les frôla sans un regard.

— Entrez. Mais si vous me trahissez, vous ne sortirez pas vivant de cette rue.

La boutique était une caverne de forgeron du temps. Des pendules sur les murs, des rouages épars sur une paillasse, des ressorts suspendus comme des chiens de chasse muselés. Viennot versa deux verres d'un vin âpre sans demander, puis s'assit face à Alex, les mains croisées sur la table.

— Mon frère n'est pas mort. Il est prisonnier. À l'intérieur de la Bastille, il est *employé*. Enquêteur des murailles. Les gouverneurs changent, mais les pierres restent, et quelqu'un doit savoir si elles s'effondreront. C'est lui qui est chargé de dire au gouverneur où la bâtisse est faible.

— De Launay le laisse faire ?

Viennot ricana sans joie.

— Le gouverneur de Launay ne sait pas lire les plans. Il ne sait même pas où sont ses propres latrines. Il s'entoure de gens qui lui disent ce qu'il veut entendre — que la forteresse est imprenable, que le peuple est un troupeau peureux. Mon frère, lui, voit les fissures. Et il les note. Chaque mois, il copie ses rapports en double et il me les fait passer par un porteur invisible.

— Une femme. Rose Blanche.

Viennot hocha lentement la tête.

— Elle a été la messagère. Nous avons perdu le contact il y a plus d'une semaine. Je suppose qu'elle a été arrêtée. Depuis, je n'ai plus reçu le dernier rapport de mon frère. Le seul exemplaire resté dans la main de qui ? Dieu le sait.

Alex sentit son cœur battre plus vite. La femme prisonnière près de Passy, l'ingénieur enfermé dans les murs, l'informateur disparu. Une chaîne commençait à se dessiner.

— Il faut que je voie votre frère.

Viennot fronça les sourcils.

— Vous ne le verrez pas. Pas de l'extérieur, pas comme ça. Il est prisonnier au même titre que les détenus, seulement on le nourrit et on l'évite. La seule façon de le joindre...

Il s'interrompit, se leva, alla fermer les volets avec des gestes saccadés. Ses doigts tachés d'huile tambourinaient sur le bois comme des rouages fous.

— ... c'est qu'il entre à votre service. Que quelqu'un d'assez important fasse une demande. L'ingénieur de la forteresse peut recevoir un ordre de réparation, si l'ordre vient d'une autorité qu'il ne peut refuser.

— Quoi, par exemple ?

— La Cour des Aides. Le Parlement. Le commandement militaire de la Ville. Ou alors...

Il laissa la phrase en suspens, les yeux brillants à travers les verres de ses lunettes.

— Ou alors l'ambassade d'Amérique. Les nouveaux venus ont une influence qu'ils ignorent. Un mot d'eux au gouverneur et il fera ouvrir la porte de l'arsenal pour un simple contrôle.

L'ambassade. Alex avait déjà foulé ce terrain, mais ses cartes de visites s'étaient peut-être épuisées. Il y avait un risque, un gros — chaque fois qu'il utilisait le nom des États-Unis pour ses propres fins, il cousait un fil supplémentaire dans une toile qu'il ne contrôlait pas.

— Je vais essayer, dit-il.

— Je ne vous demande pas d'essayer, monsieur. Essayez et vous vous ferez tuer ; réussissez et votre femme martyr vous survivra peut-être.

La phrase claqua. Alex se leva, salua d'un geste de la tête.

— Une dernière chose, dit-il. Votre frère a-t-il déjà identifié une faiblesse précise ? Un endroit où les murailles seraient plus minces ?

Viennot le regarda un long moment. Ses yeux ne cillaient pas.

— Tout ce que je sais, c'est que certains soirs, quand il ne peut pas dormir, il pense à la cour de l'arsenal. Il dit qu'il y a un endroit où les pierres ont été mal jointoyées. Une vieille porte murée, à demi habitée par les rats, à demi par l'oubli.

Il posa la main sur une pendule mutilée sur son établi, une pièce affaissée dont les rouages semblaient avoir été extraits.

— Cette pendule, il l'a réparée il y a des années. Elle était son cadeau de départ avant qu'il ne soit enfermé. Le ressort principal est en acier de Provence. Il ne casse jamais.

Ses yeux y restèrent posés un instant, comme s'il voyait à travers le temps lui-même. Alex comprit alors, du fond de sa mémoire d'historien, ce que son propre savoir ne lui avait jamais fourni : un nom, un plan, un chemin opérationnel. Il avait une cible, une femme à trouver, et un dessein qui commençait à prendre forme sous ses yeux, trop vaste pour les outils de son époque.

Dehors, la ville grondait comme un animal à jeun.

— À demain, dit Viennot en refermant la porte.

Dans la rue, Pierre se détacha de l'ombre.

— Vous avez votre plan ?

Alex regarda vers l'ouest, là où le ciel s'assombrissait déjà sur Passy.

— Non, dit-il. Mais j'ai un commencement.

Et quelque part, dans la poche de pierre de la Bastille, un ingénieur ignorait encore que son nom venait d'être prononcé dans la nuit.