L'Héritage du Château
Lire le chapitre 18: The Guest Returns
Le matin se leva sur un ciel gris perle, la bruine tamisant la lumière sur les vignes. Élodie était en train de disposer des pâtisseries fraîches sur le buffet du petit-déjeuner quand la camionnette blanche s'engagea dans l'allée de gravier. Son cœur fit un bond. Elle compta les secondes comme on retient son souffle.
Deux personnes en descendirent. Un homme d'une soixantaine d'années, les cheveux argentés coiffés en arrière, vêtu d'un costume bleu marine impeccable. Une femme plus jeune, la quarantaine, en tailleur crème, des lunettes de soleil relevées sur le front. Rien à voir avec le couple « Dubois » qui avait séjourné au château trois semaines plus tôt — ce couple-là était négligé, presque fuyant. Mais il y avait quelque chose dans la démarche de la femme. Une façon de balayer la cour du regard, rapide, calculateuse, avant d'afficher un sourire chaleureux.
Élodie serra la serviette qu'elle tenait. C'était eux. Elle en était certaine, sans pouvoir dire pourquoi. La pommette de la femme. La façon dont l'homme tenait sa tête, légèrement inclinée.
« Bonjour ! » lança l'homme en entrant dans la salle à manger, une valise en cuir à la main. « Nous avons réservé pour deux nuits. M. et Mme Lambert. »
Élodie sourit, le cœur battant. « Bienvenue au Château de la Vallée. Laissez-moi vous montrer votre chambre. »
Elle les fit monter à l'étage, la Chambre des Glycines, et referma la porte derrière eux. Dans le couloir, elle sortit son téléphone et envoya un message à Luc : *Ils sont revenus. Sous un faux nom, déguisés. C'est eux, j'en suis sûre.*
La réponse arriva en moins d'une minute : *J'arrive. Fais-les patienter. Ne les laisse pas explorer la maison.*
Élodie retourna en cuisine, mais à travers la fenêtre, elle vit la femme — Madame Lambert — jeter un regard vers le parc. Vers le puits.
Le temps s'étira. Élodie prépara des cafés, trouva des prétextes pour rester près de la réception, mais chaque minute augmentait la tension dans ses épaules. Elle observa par la fenêtre de la cuisine : la femme était sortie, elle traversait la pelouse d'un pas décidé vers les buissons qui entouraient le vieux puits.
Élodie sortit. « Madame Lambert ? » appela-t-elle. « Votre café refroidit. »
La femme s'arrêta, se retourna avec un sourire de façade. « Oh, je prenais juste l'air. Magnifique jardin, n'est-ce pas ? »
C'est à ce moment que la voiture de Luc se gara dans la cour, la portière claqua. Il avançait d'un pas ferme, une expression que l'on réservait aux flagrants délits.
Le mari apparut sur le perron. « Qu'est-ce que c'est que ça ? »
Luc sortit sa plaque de gendarme. « Messieurs-dames, vous êtes en état d'arrestation pour usurpation d'identité et fraude. »
La femme se figea. L'ombre d'une seconde de panique traversa son visage avant qu'elle ne compose une indignation parfaite. « C'est une erreur ! Nous n'avons rien fait ! »
« Vous vous êtes présentés comme les époux Dubois il y a trois semaines. Nous les avons vérifiés. Les vrais Dubois sont une maison de retraite en Bourgogne. Quant à Raymond Vidal, l'homme dont vous avez utilisé les papiers — il a disparu dans des circonstances suspectes. Alors, je vous repose la question : qui êtes-vous ? »
L'homme sur le perron blêmit. La femme, elle, laissa tomber le masque. Ses yeux se plissèrent, plus durs. « Vous ne trouverez rien. Nous étions payés pour faire un travail, c'est tout. »
« Quel travail ? » demanda Luc en s'approchant.
La femme croisa les bras. « On cherchait un médaillon. Il appartenait à une certaine Amélie Marchand. On nous a dit qu'il était caché dans la maison ou dans le parc. Un code secret, à l'intérieur. C'est tout ce que je sais. »
Élodie sentit le sol se dérober sous elle. Un médaillon. Un code secret. Amélie.
« Qui vous a engagés ? » insista Luc.
La femme haussa les épaules. « Un intermédiaire. Il se faisait appeler Monsieur Chevalier. Je n'ai jamais vu son visage. » Elle jeta un regard froid à Élodie. « Mais vous, vous ne savez pas ce que vous cherchez. Ce médaillon, il vaut plus que cette maison et toutes vos vignes réunies. Et vous ne l'avez même pas. »
Luc les menotta et les poussa vers sa voiture. Avant de refermer la portière, il se pencha. « Une dernière chose. Si vous retournez dans cette propriété, ce sera pour autre chose qu'un séjour confortable. »
La voiture démarra. La cour redevint silencieuse. Élodie resta debout, les bras ballants, le cœur encore en alerte.
« Un médaillon », murmura-t-elle pour elle-même.
Elle entra dans la maison, les pas rapides, en contournant le meuble du salon, montant l'escalier quatre à quatre. La chambre de sa tante. Le vieux coffret en acajou sur la commode. Elle l'ouvrit, ses doigts tremblant : lettres, photos, rubans anciens, un chapelet de perles de verre — et le boîtier de musique, au fond, recouvert de velours bleu fané.
Le boîtier. Le mécanisme jouait « Les Feuilles mortes ». Elle l'avait ouvert des dizaines de fois depuis son arrivée, fascinée par la mélodie, sans jamais s'arrêter à autre chose.
Elle le prit délicatement, s'assit sur le lit de tante Amélie et l'examina sous toutes les coutures. Le bois était lisse, travaillé, avec des motifs floraux incrustés. Le couvercle s'ouvrait sur un cylindre cannelé. Rien d'autre.
Sauf... sous le velours du fond. Une couture plus épaisse, un léger renflement qu'elle n'avait jamais remarqué.
Le cœur battant, Élodie passa son ongle le long de la couture. Le velours céda avec un crissement sec. En dessous, une cavité, et dans cette cavité — une petite clé en laiton, ancienne, avec une tête ouvragée en forme de rose.
Dehors, la pluie recommençait à tomber, martelant les fenêtres à petits coups réguliers. À la fenêtre, Élodie regarda la clé dans le creux de sa main.
Luc revenait du commissariat à pied sous la bruine, remontant l'allée. Il la vit à la fenêtre et s'arrêta. Leurs regards se croisèrent.
Une clé. Un médaillon manquant. Les lettres enterrées au puits. La boîte du banquier à Tours, demain. Chaque élément était une pièce d'un puzzle qu'elle commençait seulement à mesurer.
Mais si le médaillon contenait un code — et si quelqu'un d'autre le cherchait depuis tout ce temps — alors ce qui se trouvait au bout de ce fil était bien plus lourd qu'une simple histoire de famille.
Luc ouvrit la porte, ôta sa veste trempée. « Ils seront interrogés ce soir. »
« Luc. » Élodie tendit la main, la clé brillant entre ses doigts. « Je sais quoi chercher. »
Il s'approcha, ses yeux tombant sur l'objet, puis sur elle. « Où l'as-tu trouvé ? »
« Le boîtier de musique d'Amélie. Il y a une cavité cachée sous le velours. »
Luc la prit, l'examina. « Une rose. » Il fit tourner la clé entre ses doigts, une ride entre ses sourcils. « La banque du village, rue des Tanneurs. Elle a des coffres individuels datant des années soixante. »
Élodie prit une inspiration. « La femme a dit que le médaillon vaut plus que toutes mes vignes réunies. Et Julien a un rendez-vous demain avec la clé de l'autre coffre, à Tours. » Elle regarda Luc droit dans les yeux. « Nous devons y aller ce soir. Avant que disparaissent d'autres pièces de cette histoire. »
Dehors, la pluie redoublait. Quelque part dans la nuit, un corbeau cria au-dessus des vignes, et au puits, à cinquante mètres de la maison, le vent faisait claquer la corde oubliée contre le mur de pierre.
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