L'Héritage du Vignoble
Lire le chapitre 11: The Search for the Cache
La clé grinça dans la serrure de la porte de chêne qui menait aux caves. Camille poussa le battant et l'air froid, chargé d'humidité et de vieux tanins, lui mordit le visage. Elle alluma sa lampe frontale, balayant les faisceaux jaunes sur les voûtes en pierre qui s'étendaient dans l'obscurité.
— Tu es sûre que ton journal dit quelque chose de précis ? demanda Lucas derrière elle, sa voix résonnant faiblement.
Camille sortit le petit carnet à la couverture de cuir élimé qu'elle avait trouvé dans sa chambre abandonnée. Les pages jaunies étaient couvertes de l'écriture fine de sa mère, une écriture qu'elle n'avait pas vue depuis vingt ans. Elle tourna les pages jusqu'à la dernière entrée, datée de la veille de sa disparition.
— « Le troisième pilier, à gauche, sous les fûts de 1985. Un creux qui n'en est pas un. »
Elle leva son regard vers la rangée de piliers massifs qui supportaient la voûte. Le troisième — celui marqué d'une croix gravée par un ancien maître de chai, témoignage d'une vendange qu'il avait jugée miraculeuse. Lucas éclaira le pilier à son tour. Les deux faisceaux se croisèrent sur la pierre humide, couverte de moisissures noirâtres et de calcaire suintant.
— Je ne vois rien, murmura-t-il en s'accroupissant.
Camille fit courir ses doigts sur la pierre, sentant le froid qui s'infiltrait jusque dans ses os. Elle tapota. Un son mat, puis un autre. Encore. Et là, un léger creux sonore, presque imperceptible.
— Ici.
Elle sortit son couteau de poche et gratta les joints de mortier qui entouraient la pierre. Le mortier était fragile, effrité. Quelques minutes de travail et la pierre bougea, pivotant sur un axe invisible. La cavité révélée était petite, à peine la taille d'un coffre à bijoux. Camille tendit la main à l'intérieur.
Rien.
Ses doigts ne rencontrèrent que la poussière et les toiles d'araignée. Elle élargit le passage, s'enfonça jusqu'au coude. La cavité était vide. Vide depuis longtemps.
— Non, souffla-t-elle. Le cachet que m'a laissé Jean-Marc indiquait clairement cet endroit. Il a été déplacé.
Elle sortit le petit morceau de papier que Jean-Marc lui avait donné à l'hôpital, plié et humide de ses larmes. Le dessin était schématique, mais la croix correspondait exactement à ce pilier.
Lucas se releva, son visage à moitié éclairé par la lampe frontale. Quelque chose dans son expression avait changé, un voile qui retombait. Camille le regarda plus attentivement.
— Quoi ?
— Rien, dit-il trop vite. C'est juste… tu es sûre du journal ?
— Sûre. Ma mère n'était pas du genre à écrire pour le plaisir. Elle notait des coordonnées pour elle-même, pas pour nous. Ce carnet, c'est sa carte au trésor.
Elle se releva aussi, époussetant ses mains sur son pantalon. Lucas restait immobile, les bras légèrement croisés. Dans la lueur des lampes, ses traits semblaient plus anguleux, plus durs.
— Lucas ? Il y a autre chose que tu veux me dire ?
Un long silence s'étira entre eux, brisé seulement par le goutte-à-goutte régulier de l'eau qui filtrait quelque part dans les profondeurs de la cave.
Il prit une inspiration profonde, puis recula de deux pas.
— Camille, je ne m'appelle pas Lucas Fontaine.
Elle cligna des yeux, comme si elle avait mal entendu.
— Je m'appelle Lucas Moreau. Et je ne suis pas venu travailler ici par hasard. Je suis journaliste d'investigation. Je couvre les fraudes dans l'industrie viticole.
Le mot frappa Camille comme un coup de poing. Elle recula contre le pilier, son dos heurtant la pierre froide.
— Les fraudes.
— Oui. Le chaptalisation de 1982. Les vins de la maison Delacroix. Tout ça, c'est mon sujet depuis trois ans.
Elle sentit le sol du chai se dérober sous ses pieds. Les semaines passées dans les champs, les nuits à lutter contre le gel, ses mains sur les sarments, son regard dans le sien quand il parlait de la vigne avec une passion qu'elle avait crue sincère — tout cela se fissurait comme un millésime mal bouchonné.
— Tu espionnais ma famille.
— J'enquêtais, oui.
Elle rit, un son amer qui rebondit contre les voûtes.
— Tu couchais avec moi par enquête ?
— Non, répondit-il fermement, et sa voix trembla pour la première fois. C'est arrivé après. Et je ne m'attendais pas à ça.
— Quoi, à ce que je te fasse confiance ? À ce que je te montre le cadavre de ma mère dans un caveau que je n'ai jamais trouvé ? Tu te sers de moi pour ton article, Lucas, ou quel que soit ton putain de nom.
— Je me sers de toi, peut-être. Mais je me sers aussi de ce que je sais. Et je sais que dans son journal de cave, ton père a noté la falsification des registres de 1982.
Camille se figea.
— Quoi ?
— J'ai passé six mois à analyser les archives publiques et les données de teneur en sucre du millésime. La chaptalisation de 1982 n'a pas été une décision collective comme ton oncle le prétend. C'était ton père. Il a ordonné le sucrage des moûts pour masquer un gel précoce, puis il a fait détruire les registres originaux.
— Mon père est mort. Tu n'as aucune preuve.
Lucas sortit son téléphone de sa poche. Il fit défiler l'écran et lui tendit. Camille vit une photographie : une page de registre manuscrite, datée du 14 avril 1982, portant la signature de son père — une signature qu'elle connaissait par cœur — accompagnée d'une note en bas de page : « Ordonner destruction des registres de fermentation. La production a été ajustée. M.D. »
— Marcel Delacroix. Ton père.
Le nom résonna dans le silence du chai. Camille rendit le téléphone d'une main tremblante.
— Ce journal, d'où vient-il ?
— D'une source qui a travaillé pour la maison pendant trente ans. Il m'a été confié anonymement il y a deux mois.
Deux mois. Une éternité. Elle fixa Lucas, revoyant soudain d'innombrables détails : ses questions trop précises sur les techniques de vinification, son intérêt pour l'année 1982, la manière dont il enregistrait parfois des conversations au dictaphone sur son téléphone qu'il croyait discret.
Lucas s'approcha d'un pas. Il tendit la main vers son épaule, mais elle l'esquiva.
— Je sais que tu ne me fais plus confiance. Mais écoute-moi. Si ton père a falsifié les registres, cela ne salit pas ta mère. Elle n'était pas là en 1982. Elle est partie en 1985, trois ans après, c'est pour ça qu'elle est partie.
Camille tourna la tête vers lui, les yeux brillants.
— Tu crois qu'elle est partie parce qu'elle savait ?
— Je crois que ta mère avait un carnet plein de secrets, un vignoble en cachette sous un pseudonyme, et une gamine de trente ans qui lui ressemble comme deux gouttes de vin. Elle savait quelque chose que personne ne veut dire.
Le silence s'alourdit encore. Camille regarda la cavité vide dans la pierre, puis elle pensa à Jean-Marc, allongé dans son lit d'hôpital, qui lui avait dit : « Ne fais pas confiance à Lucas Fontaine. »
— Mais pourquoi le nom ? demanda-t-elle. Pourquoi t'es-tu présenté sous un faux nom ?
Lucas baissa les yeux, puis les releva. Sa voix était basse, presque cassée.
— Parce que le vrai Lucas Fontaine — celui qui possédait des parts dans les cuves de la maison Delacroix en 1984 — était le frère aîné de ma mère. Il a été retrouvé noyé dans la Garonne quinze jours après que ta mère a disparu.
Le sang de Camille se glaça.
— Tu enquêtes sur la mort de ton oncle.
— Oui. Et je crois qu'ils font partie de la même histoire.
Un son lointain leur parvint : des pas qui descendaient l'escalier de la cave. Camille se figea. Lucas aussi. Les pas s'arrêtèrent au pied des marches, hésitants, puis une voix familière s'éleva :
— Camille ? T'es en bas ?
Bernard.
Lucas plongea la main vers la poche intérieure de sa veste.
— Donne-moi le journal, murmura-t-il.
— Pour quoi faire ?
— Parce que si ton oncle te voit avec ce carnet, il saura que tu sais. Et s'il découvre qui je suis, il ne laissera rien traîner.
Camille hésita, le petit carnet au creux de sa paume. Les pas montèrent de nouveau, puis s'arrêtèrent net. Bernard s'était arrêté à la porte du chai, scrutant l'obscurité.
— Camille ? Lucas ? C'est toi que j'entends ?
Elle regarda Lucas. Le mensonge dans ses yeux. La vérité qui s'approchait à grands pas. Et en dessous de tout cela, la certitude que ce carnet contenait la clé de tout — et qu'en le donnant, elle perdait la seule chose qu'elle possédait encore de sa mère.
Elle le glissa dans sa poche.
— Viens, dit-elle à voix basse à Lucas. Nous sortons par le tunnel des tonneaux.
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