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L'Héritage du Vignoble

Lire le chapitre 6: The Uncles' Ultimatum

La lumière du salon les frappa de plein fouet quand Jean-Marc les fit entrer par la porte de service. Camille cligna des yeux, encore aveuglée par l'obscurité des caves, le poids du registre contre sa poitrine sous sa veste. Laurent se tenait devant la grande cheminée éteinte, un verre de cognac à la main, sa mâchoire serrée comme un étau dès qu'il la vit.

« Où étais-tu passée ? demanda-t-il, la voix tranchante comme une lame de sécateur. »

« À la cave », répondit Camille, soutenant son regard sans ciller. « Il paraît que c'est la partie la plus intéressante de l'héritage. »

Bernard, assis dans le fauteuil de leur père, se leva d'un bond. Ses mains tremblaient légèrement lorsqu'il reposa sa serviette. « Tu n'avais pas le droit d'y aller. Cette zone est condamnée. »

« Le testament ne la condamne pas. Et je dois te remercier, Bernard. Tu m'as beaucoup appris sur l'histoire de ce domaine. » Elle laissa les mots suspendus dans l'air, lourds de sous-entendus. Le visage de son oncle pâlit d'un cran.

Lucas entra derrière eux, les mains dans les poches. Laurent le dévisagea avec une hostilité à peine masquée. « Je ne me souviens pas de t'avoir invité à dîner, Fontaine. »

« Camille m'a invité. Et j'étais engagé par son père avant sa mort. Je reste pour elle. »

« Pour l'argent, tu veux dire. »

La table était dressée pour six, mais seuls quatre couverts étaient servis. La gouvernante, Maria, apparut avec une soupière fumante, puis se retira sans un mot. Camille s'assit à la place de son père, celle qui faisait face à la fenêtre donnant sur les vignes. Personne ne fit de remarque, mais Laurent pinça les lèvres.

On mangea en silence pendant de longues minutes. Le potage était excellent, mais Camille pouvait à peine avaler. Chaque bouchée avait le goût du mensonge que son père avait enterré, et que sa mère avait porté comme une croix.

Laurent reposa sa cuillère avec un claquement net. « Allons droit au but. Ton petit spectacle de ce matin était touchant, mais il ne change rien aux faits. Marelle & Fils a prolongé leur offre jusqu'à la fin du mois. Tu signeras avant. »

« Je ne signerai pas. »

« Alors Bernard et moi contesterons le testament devant les tribunaux de Bordeaux. » Laurent sortit une enveloppe de sa poche intérieure et la posa entre les assiettes. « Nous avons déjà consulté notre avocat. Le testament de notre frère est contestable — il a été modifié deux semaines avant sa mort, dans des conditions que nous estimons irrégulières. Tu passes des années à Paris pendant qu'il se mourait ici, et tu arrives à peine pour réclamer un domaine que tu n'as jamais travaillé. »

« Je n'ai jamais été prévenue de sa maladie. Les deux seuls appels que j'ai passés ici en trois ans, c'est vous qui les avez refusés. »

Bernard regarda son assiette, coupable. Laurent, lui, ne flancha pas.Un silence pesant s'installa. Camille sentit le regard de Lucas sur elle, mais elle ne détourna pas les yeux de son oncle.

« Tu sais quel jour c'est aujourd'hui ? demanda finalement Laurent, la voix plus douce, presque mielleuse. »

« Jeudi. »

« Le 14 mars. Quarante-deux ans jour pour jour que ta mère a quitté ce domaine dans une voiture de location, avec deux valises et un nom que plus personne n'osait prononcer. »

Camille sentit son cœur se serrer. Elle connaissait la date de départ de sa mère — c'était inscrit dans sa propre histoire comme une cicatrice — mais elle n'avait jamais fait le lien avec le calendrier précis. Laurent le savait. Il le savait et il avait choisi cette date pour cette conversation.

« Ta mère n'est pas partie par accident ou par faiblesse, continua Laurent. Elle est partie parce qu'elle ne pouvait plus regarder les bouteilles s'aligner dans cette cave. Parce que chaque gorgée de ce vin qu'elle avait tant aimé lui rappelait ce qu'on avait dû faire pour le sauver. »

Camille sentit le vin monter en elle, un mélange de colère et de chagrin. « Ma mère est partie parce que vous leur avez fait porter le poids d'un mensonge que vous aviez organisé entre hommes. »

Bernard sursauta. « Comment sais-tu... »

« Je sais. » Elle posa la main sur sa veste, sur le registre. « Je sais tout. Le gel d'avril 1982. Le chaptalisation massive. Le miracle inventé pour sauver la réputation du domaine. Et je sais qui en a porté le prix. »

Laurent se leva. Son visage était devenu rouge brique. « Tu ne sais rien de ce que ça coûte de sauver une maison comme celle-ci. Ta mère, elle, a fui devant la réalité. Toi, tu n'as même pas cette excuse. Tu as choisi de ne jamais revenir. »

« Je suis là maintenant. Et je ne pars pas. »

Laurent pointa un doigt vers elle. « Un mois. Tu as un mois pour trouver une solution à cette dette, pour faire tes preuves sur des vignes qui n'ont pas été taillées comme il faut parce que le domaine n'a plus les moyens d'engager du personnel à l'année. Un mois, et si tu n'as pas 500 000 euros — ou un miracle — je lance la procédure, et je fais publier ce que je sais de ta mère dans chaque journal viticole de la région. On verra alors si le nom Delacroix vaut encore quelque chose, ou si son histoire est une seule invention amère. »

« Tu ne ferais pas ça. Tu détruirais le domaine aussi. »

Laurent sourit — un sourire froid, calculé. « Je n'ai plus rien à préserver. J'ai passé toute ma vie ici, et qu'est-ce que ça m'a rapporté ? Un frère mort, un autre réduit à l'ombre de lui-même, une nièce qui me traite comme l'ennemi. Le vin de 1982 a fait la fortune de Delacroix. Si je dois le défaire, je le déferai — et je m'assurerai que tout le monde sache que le sang qui coulait dans ce tonneau était plus fort que le raisin qu'on y a mis. »

Il quitta la table sans un regard en arrière, laissant Bernard seul, hagard, face à Camille et Lucas.