L'Hôte d'Hiver
Lire le chapitre 22: The Clues
Le matin avait gelé les fenêtres de la cuisine en fines dentelles de cristal. Maren posa deux tasses de café sur la table de la salle à manger, encore vide à cette heure — les écrivains ne descendaient jamais avant neuf heures — et déplia la carte que l'inconnu de Burlington avait envoyée.
Julian arriva derrière elle, les cheveux encore humides de la douche, et s'arrêta net en voyant le papier étalé.
— C'est ça ? demanda-t-il, la voix légèrement rauque.
Maren hocha la tête. L'oiseau de bois était posé entre eux, petit, patiné par des années de manipulation, les ailes gravées au couteau. Elle le fit glisser vers Julian.
— Il y avait aussi une lettre, dit-elle. Pas de signature. Juste une phrase en bas de page : « Trouve le bon cœur. »
Julian prit l'oiseau, le tourna entre ses doigts. Quelque chose passa dans son regard — une fissure, un souvenir qui cherchait la surface.
— Mon père fabriquait ça, dit-il enfin. Des petits oiseaux comme celui-ci. Il les cachait dans la maison quand j'étais petit, et je devais les trouver. Il appelait ça le jeu du cœur perché.
Maren retint son souffle. La carte, elle, était plus prosaïque : une reproduction grossière de la vallée, avec des pistes de randonnée tracées à la main. Un cercle rouge entourait un sentier qui grimpait vers les contreforts des Green Mountains, à environ huit kilomètres de l'auberge. Ancien chemin de draveurs, notait une écriture fine en marge. Cabane abandonnée.
— On ne peut pas y aller tous les deux, dit Julian avant même qu'elle ne pose la question. Les écrivains ont besoin de toi ici. L'atelier d'aujourd'hui.
Il avait raison. Maren le savait. Le premier cycle de la retraite était un succès — six participants, des paiements qui couvraient enfin deux mois d'hypothèque — et elle avait promis une session d'écriture guidée avec un historien local qui venait de Montpelier. Elle ne pouvait pas disparaître pendant six heures.
— Je peux appeler Sam, proposa-t-elle. Il connaît les sentiers mieux que personne.
— Non. S'il y a quelque chose là-haut qui concerne mon père, je dois le voir moi-même.
Maren ouvrit la bouche pour argumenter, puis se tut. Elle comprenait. Depuis la lettre, Julian n'était plus tout à fait le même — ses épaules s'étaient redressées, une tension nouvelle habitait ses gestes. L'espoir était un muscle atrophié, et il le faisait travailler.
— Prends le sac de randonnée dans le vestibule, dit-elle. Il est préparé. Eau, barres protéinées, lampe frontale, trousse de premiers soins. Et un chargeur de téléphone externe.
— Oui, chef.
Le sourire qu'il lui lança était ténu, mais il était là.
— Reviens avant la nuit. Je ne veux pas avoir à expliquer à tes écrivains ce qu'est devenu leur directeur de résidence.
Il se pencha, hésita une seconde, puis appuya ses lèvres sur son front. Un geste si léger qu'elle le sentit à peine, mais elle s'y accrocha longtemps après qu'il eut franchi la porte.
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La matinée fila dans une activité frénétique. Maren coordonna la session avec l'historien, régla un problème de chauffage dans la chambre Bleue, et s'occupa de Lucille, une participante qui avait une réaction allergique à quelque chose dans le plat du déjeuner. À quatorze heures, alors qu'elle rinçait des verres dans la cuisine, la neige commença à tomber.
Elle s'arrêta, le torchon à la main, et regarda par la fenêtre. Les flocons étaient serrés, secs — pas les gros flocons paresseux de décembre, mais une neige fine qui semblait venue d'ailleurs, plus haut, plus froid.
Le baromètre n'annonçait rien de bon.
Elle envoya un texto à Julian. Aucune réponse. Deux heures plus tard, elle en envoya un autre. Puis un troisième, à dix-sept heures.
Rien.
Le crépuscule tomba comme une toile de plomb. Les écrivains se regroupèrent au salon, attirés par le feu qu'elle avait allumé, et Maren s'efforça de sourire, de servir du vin chaud, de parler de l'atelier du lendemain. Mais ses yeux allaient sans cesse vers la fenêtre, vers la route qui disparaissait sous une couche de blanc de plus en plus épaisse.
À dix-neuf heures trente, elle laissa la garde à Paul, le plus âgé des participants, et s'éclipsa dans le bureau qu'ils avaient aménagé avec la carte de l'état. Elle composa le numéro de la station des gardes forestiers. Pas de réponse. La ligne du shérif, elle, sonna trois fois avant qu'une voix enregistrée ne lui demande de rappeler aux heures de bureau.
La panique commença à grimper le long de sa colonne vertébrale.
Elle retourna dans la cuisine, fouilla dans le tiroir du téléphone, et trouva le numéro de Sam Lachance — l'ancien propriétaire de la ferme voisine, celui qui connaissait chaque arbre de la vallée. Il décrocha à la deuxième sonnerie.
— Maren ? Il est tard, qu'est-ce qui se passe ?
— Julian est parti sur le sentier du vieux chemin de draveurs ce matin. Il n'est pas revenu. La neige tombe fort, et je n'ai aucun moyen de le joindre.
Un silence. Puis la voix de Sam, plus basse :
— Ce sentier-là n'a jamais été sûr, même par beau temps. Il y a des passages où le terrain s'effondre. S'il est monté jusqu'à la cabane — je suppose que c'est la cabane qui est marquée sur ta carte ?
— Je crois.
— Cette cabane, on ne parle pas beaucoup d'elle par ici. C'était au domaine Marchand, à l'époque. Une sorte de refuge que le vieux Richard avait fait construire pour son frère.
Le frère de Richard Marchand. Le père de Julian. Maren s'agrippa au bord du comptoir.
— Est-ce que quelqu'un sait...
— Ce que je sais, dit Sam lentement, c'est que l'homme qui a signé les papiers de construction, il y a quarante ans, s'appelait Armand Marchand. Et que son nom est disparu de tous les registres à partir de 1984. Comme s'il avait été effacé.
La ligne crachota. Sam soupira.
— Je préviens les gens du village. S'il n'est pas revenu d'ici minuit, on partira le chercher. Mais Maren — garde l'auberge ouverte. Si Julian est en difficulté, la dernière chose dont il aura besoin, c'est de revenir dans une maison fermée.
Elle raccrocha, les mains tremblantes. Dans sa poche, le papier de Lily crissa doucement sous ses doigts. Elle l'en sortit, le déplia distraitement, et le relut pour la dixième fois. Demande-lui au sujet de la dette.
Mais Julian n'était pas là pour qu'elle lui demande quoi que ce soit.
Dehors, le vent se leva. La neige redoubla. Il était vingt heures, et les lumières de l'auberge dessinaient un petit carré doré dans la nuit blanche qui avalait la montagne.
Elle entendit soudain une porte claquer au-dessus — une chambre, peut-être la Bleue. Quand elle leva les yeux vers le plafond, une fine poussière de plâtre tomba du joint d'une poutre, près de la cheminée du salon d'à côté.
Le souvenir lui revint d'un coup : l'attic box. Le locket que sa grand-mère avait laissé, cacheté, et qu'elle avait promis d'ouvrir un jour.
Ce jour pouvait bien être ce soir.
Maren gravit l'escalier en colimaçon, tira la trappe de l'ancien grenier, et disparut dans l'obscurité poussiéreuse — là où la neige ne pouvait pas la suivre, là où les réponses dormaient depuis des décennies. Derrière elle, la maison se taisait dans l'attente du retour — ou de l'absence — d'un homme dont le nom l'avait menée ici, bien avant qu'elle ne connaisse celui qui le portait.
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