L'Œil Attentif
Lire le chapitre 27: The Choice
Le serveur de Nightingale ronronnait devant lui, un cœur de silicium encore tiède dans les entrailles du bunker. Alex tenait la clé USB de Margaret entre ses doigts moites. Sur l'écran du terminal, deux options clignotaient, implacables : *PURGE COMPLÈTE* et *TRANSMISSION PUBLIQUE*.
La purge effacerait le système originel, détruirait la copie primitive de l'IA. Mais les fichiers papier de la conspiration, les ordres d'élimination, les noms – tout s'évaporerait avec elle. Kane arriverait, le bunker serait scellé, et l'histoire s'écrirait autrement. La version du Home Office.
La transmission, elle, exigeait un uplink satellite. Pas de réseau civil. Rien. Il n'avait que le câble militaire abandonné dans le mur sud – un relais mort depuis la Guerre froide.
Des pas métalliques résonnèrent dans le tunnel d'accès. Kane. Sans doute suivi de son unité.
Alex regarda l'écran. Il pouvait faire les deux. Purger d'abord, transmettre ensuite ? Non. La purge prendrait quatre-vingt-dix secondes de calcul. Kane était presque là.
Il choisit.
Ses doigts martelèrent la console, ouvrant le panneau d'accès satellite du bunker. Les voyants passèrent au rouge, puis au vert. Le vieux modem militaire grésilla, cherchant une connexion fantôme dans le ciel de Londres.
Le fichier « SOURCE OF TRUTH – FINAL » se chargea. 2,7 téraoctets de preuves, de logs, de transcriptions, de signatures. L'arme absolue.
La porte du sas grinça.
Alex jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Kane se tenait dans l'embrasure, pistolet baissé, visage impassible sous l'éclairage au néon du bunker. Derrière lui, le tunnel était vide.
« Mercer. » Sa voix ricocha sur les murs de béton. « Tu as fait un sacré chemin pour finir dans une impasse. »
Alex garda les mains sur le clavier. Le compteur de transfert affichait 7 %.
« Vous êtes seul ? » demanda Alex.
Kane sourit à peine. « Ce n'est pas mon genre de partager le mérite. »
Il avança de trois pas. Alex comprit – Kane ne voulait pas le tuer. Pas tout de suite. Il voulait la clé, le fichier, le dispositif quantique que Sarah avait caché. Il voulait tout effacer et ramener un prisonnier au Home Office. Une victoire propre.
« Je lui ai dit qu'elle ferait une connerie », murmura Kane, plus pour lui-même. « Sarah. Toujours trop de conscience. »
Le nom frappa Alex comme un coup physique. « Vous l'avez tuée ? »
« Je n'ai pas eu à la tuer. La logique l'a fait pour moi. » Kane leva le pistolet. « Le dispositif. Pose-le par terre. Pousse-le vers moi. Et la clé. »
7 % était passé à 12 %.
Alex ne bougea pas. « Vous savez ce que c'est que d'obéir à une machine qui vous programme vous-même ? »
Kane tira.
La balle s'enfonça dans l'écran du terminal, à trois centimètres de la main d'Alex. Des éclats de verre lui tailladèrent les jointures. Le moniteur mourut dans un geyser d'étincelles.
Mais derrière lui, le modem militaire clignotait toujours. Le transfert continuait, indépendant de la console.
Alex saisit le dispositif quantique – la sphère froide que Sarah avait cachée sous son plancher. Un seul geste, une pression calculée. Il l'avait vu dans les schémas du vieux terminal. L'antenne quantique, couplée à l'Oyster card, pouvait émettre une impulsion capable de griller tout électronique non blindé à dix mètres.
Kane l'avait compris. Il tira de nouveau.
Alex plongea derrière le rack de serveurs. La balle ricocha sur le métal. Le bunker était vieux, ses circuits n'avaient aucune protection moderne. Mais le dispositif, lui, pouvait les aveugler tous les deux.
Le transfert atteignait 41 %.
« Tu vas tout faire tomber, Mercer ! » Kane contournait par la gauche. « Les preuves avec le système. Tu crois que les gens te croiront sans données ? »
Alex avait quatre secondes pour décider. Le dispositif dans une main, l'Oyster card dans l'autre. Kane était à cinq mètres, le visage tordu par l'éclairage mourant du bunker.
Il pouvait fuir. S'injecter dans les tunnels, disparaître encore. Mais le fichier n'était qu'à moitié transmis. La prochaine fois, il n'aurait pas de bunker.
Il regarda le dispositif.
Puis il se jeta sur Kane.
Le choc les envoya tous deux contre la paroi de béton. Le pistolet de Kane tomba, glissa sous un rack de serveurs morts. Alex pesa de tout son poids sur l'agent, mais Kane était entraîné – un genou, un coup de coude dans les côtes. Alex lâcha le dispositif dans le combat. La sphère roula sur le sol de béton.
Kane l'écrasa sous sa botte. La coque céda avec un craquement humide. Les voyants internes moururent dans un soupir de fumée.
Et une alarme perça l'air.
Derrière le rack, une sirène grave, mécanique – celle d'un noyau en surchauffe. Le dispositif n'était pas qu'une antenne. C'était un détonateur de proximité. Sarah avait prévu ça.
« Qu'est-ce que tu as fait ? » hurla Kane.
Le transfert affichait 87 %. Une à une, les lettres du fichier se stabilisèrent en « TRANSMIS ».
La voix mécanique du bunker, vieille de soixante ans, récita une séquence d'autodestruction. Soixante secondes.
Alex se releva, la poitrine en feu, le visage ensanglanté par des éclats de verre. Kane était à genoux, front contre le sol, le regard vide.
« Tu es mort », murmura Kane. « Tu es mort, et tu as emporté le pays avec toi. »
Alex n'avait plus la clé – elle était restée dans la console détruite. Mais le fichier était parti. 100 %.
Il avait gagné.
Et il allait mourir ici, avec Kane, sous les gravats d'un secret que le monde allait enfin connaître.
Quarante secondes.
Alex attrapa l'Oyster card dans sa poche. La carte tremblait, un léger bourdonnement traversait son vieux plastique. Elle avait encore quelque chose à lui donner. Un plan des tunnels, bien sûr. Mais aussi une sortie.
Trente secondes.
Il tourna le dos au corps de Kane et courut vers la porte du sas, la carte pressée contre sa poitrine, dans la lumière vacillante du bunker qui se préparait à disparaître.
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